LE BERGER ET LA FILEUSE DU PAYS DE CAUX, ÉPISODE 11, la mort de mon fils et les difficultés domestiques

 

Le Florentin en effet voyait depuis quelques mois une tisserande de Saint Léonard, cela le changeait de sa vieille acariâtre, sèche et revêche. Évidemment en ce soir de deuil il aurait pu se passer de cette visite.

Donc pour ce que j’en savais la Justine était malheureusement enceinte, non de dieu comment allait on faire .

Heureusement et comme chaque année je m’évadais en gardant mes moutons et cette année là j’eus une bonne fortune.

Un soir ou je me demandais si je n’allais pas rentrer chez moi surprendre la Justine, j’entendis aboyer mes chiens, sur mes gardes je vis arriver une femme qui de toute évidence n’était point de la paroisse.

  • C’est vous Édouard Orange.
  • Oui.
  • Il paraît que vous arrêtez le feu
  • ben ouai
  • Je me suis renversée de l’eau brûlante sur la cuisse et je souffre atrocement.
  • Vous venez d’où
  • de Fécamp
  • de si loin
  • comment me connaissez vous
  • Par un fournisseur en toile
  • Montrez moi cela

La jeune femme souleva délicatement sa robe et son jupon, sa peau était blanche, ses jambes légèrement duveteuses, en haut de la cuisse une vilaine rougeur.

Édouard fut troublé par cette jambe au fuselé divin, légèrement au dessus de la brûlure, la naissance ondulante d’une belle toison le rendit fou de désir.

Il commença par appliquer sa main au dessus de la blessure de la jeune femme en récitant des formules que lui avait appris le vieux berger.

Immédiatement il sentit la chaleur dans sa main et il dut à plusieurs reprises s’humidifier les paumes pour faire diminuer la température.

Puis délicatement il posa sa main sur la cuisse de la belle, elle ne cilla pas et la thérapie devint caresse.

La petite ouvrière subjuguée, comme hypnotisée par ce berger sale et malodorant couvert d’une guenille de peau se laissa faire. Il la caressa comme jamais il n’avait caressé Justine. Ils ne se couchèrent point en la cabane mais sur un lit de mousse, soyeuse et douce comme une toile de Rouennerie. La petite n’était pas pucelle et sut sublimer ce moment. Édouard fou de désir donna le meilleur de lui même. L’étreinte fut renouvelée. Au matin à l’aube naissante Édouard découvrit la petite endormie au creux de son épaule, il devait s’occuper de ses bêtes et la réveilla. Elle partit en jurant de revenir mais jamais ne revint.

Notre berger qui ne se connaissait aucun pouvoir de séduction sut maintenant qu’il en possédait un et se jura de s’en servir à satiété.

Sur un nuage, il dut bien en redescendre, un matin il vit arriver sa femme en pleurs à son pacage, Jean est passé, Jean est passé cria t ‘elle. En ses yeux paniqués et attristés il revit le regard de Justine lors de leurs premières rencontres. Comme un fou, faisant fi de ses moutons et des étreintes infidèles il rentra en tout hâte en son logis.

Pauvre momie emmaillotée pour l’éternité le petit Jean qui venait à peine de passer sa première année gisait dans son berceau de misère. Dur, froid, les yeux clos, ange sans vie il était parti.

Florentin abattu buvait, pour se remonter, un coup d’eau de vie. Une femme inconnue veillait le petit , le reste de la marmaille s’affairait en de multiples tâches, seule la petite Osithe se rendant compte de la situation pleurait assise en chien de fusil auprès de l’âtre où se mourait un restant de soupe. Je fus peiné plus que de raison, Jean n’était qu’un être sans conscience, dépendant des seins de sa mère, puant la merde et couvert de gale. Je m’occupais avec Léon Donnet le cafetier des formalités, déclaration à la maison commune, et fossoyeur. Je passais aussi chez le menuisier qu’il me confectionne rapidement une petite caisse de bois. Le curé avait été prévenu par les voisines et se trouvait à la maison qu’en je rentrais.

J’appris aussi que la femme qui tenait la maison pendant l’effondrement de Justine n’était qu’autre la nouvelle du Florentin et donc ma future belle mère.

Dans un petit carré réservé aux enfants, un trou sombre fut creusé et le petit y fut jeté.

Un enfant c’est bien du désagrément surtout lorsque vous en avez beaucoup, notre aîné Édouard allait un peu à l’école du village, paraît il que c’est mieux pour son avenir qu’il sache lire et écrire, sans doute une belle connerie, moi je ne sais point tous ces genres de choses et je me débrouille.

De toute façon à 9 ans il devait bien travailler un peu à aider sa pauvre mère au tissage. Plus tard on verrait à la placer dans une ferme cela nous fera gagner en nourriture et il apprendra la vie.

En parlant de vie Justine en pleine chaleur donna naissance à Eugénie Élise, belle enfant que j’allais déclarer avant de regagner mon champs.

Je le répète à tout va mais vivre avec ses beaux parents quelle catastrophe. Justine qui supportait avec peine le joug de sa mère se retrouvait avec la nouvelle femme de son père.

En effet Florentin Gréaume avait convolé avec Anastasie Gruchy le  28 février 1859 en la commune de Saint Léonard, elle avait  42 ans, j’espérais  qu’elle n’irait  pas nous faire des petits.

Forte personnalité que cette fumelle, haute de taille et forte de corpulence, une poitrine à faire damner un curé, des longs cheveux blonds nattés et relevés en une sorte de chignon savant. Un joli visage peu marqué par le temps, mon beau beau père en était fou et elle le faisait tourner en bourrique. Pour avoir le droit de se glisser en elle, il fallait qu’il passe par ces quatre volontés.

Cela rendait Justine folle de rage, en plus les deux jeunes épousés faisant fi d’une proximité indéniable faisaient des galipettes sans se soucier de leur petits enfants et de Justine seule en son lit car j’ étais au pacage.

Enfin bref deux femelles dans le même terrier ne pouvait apporter que conflits.

Nous avions quelques difficulté économiques, car le travail du tissage commençait à rapporter un peu moins, il était plus facile de regrouper les ouvrages dans un même endroit, moins de coût de transport. De plus l’industrialisation allait bon train et de grandes filatures qui employaient un grand nombres d’ouvrières corvéables à merci se développaient à un rythme galopant. Tout concourait à faire disparaître le tissage familial. Moi j’étais au courant de tout car j’entendais colporter beaucoup de choses. Tout d’abord une espèce de machine qui crachait de la vapeur, faisant un bruit infernal en se déplaçant sur des morceaux de fer et qui rejoindrait notre capitale à Rouen puis au Havre. Il paraît qu’on pourrait transporter plein de marchandises et que le cheval allait disparaître, moi j’avais un doute.

Il paraît même que des beaux messieurs et de belles dames venaient exprès dans cet engin pour se baigner en s’attifant de tenue ridicule dans l’eau glacée de la Manche. Moi qui trouvait bien idiot de se laver au puits ou à la rivière se tremper le cul pour le plaisir quelle perte de temps.

Bon ce n’ait pas le tout mais je rentrais à la maison de temps en temps en belles saisons et tout le temps quand les moutons étaient à la bergerie. Les enfants me montaient sur les genoux, couraient dans tous les sens, je n’avais guère d’autorité, heureusement Justine et la belle mère les talochaient un peu.

Une réflexion au sujet de « LE BERGER ET LA FILEUSE DU PAYS DE CAUX, ÉPISODE 11, la mort de mon fils et les difficultés domestiques »

  1. Bonjour; Il y a longtemps que je n ai pas mis de commentaire; aussi aujourd’hui je voulais vous dire que c’est un vrai plaisir de suivre cette épopée familiale. J’ai hâte de lire la suite. En espérant que ces pauvres être trouveront un jour le bonheur dans cette vie lourde de labeur. Merci.

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