LE BERGER ET LA FILEUSE DU PAYS DE CAUX, Épisode 9, Entre deux grossesses, notre promenade à Fécamp

 

Pour loger notre belle marmaille , il nous faudrait trouver une maison un peu plus grande, pour le tissage pas de problème, on pouvait travailler dans n’importe quel village, les métiers fonctionnaient à plein dans l’ensemble du pays de Caux.

Moi je dus me trouver un autre troupeau à garder, à la foire de la Saint Jean je me louais en signalant que j’étais berger en m’accrochant un morceau de laine, de plus j’avais ma houlette en main nul ne pouvait me manquer.

Comme de juste je trouvais un emploi à la ferme Tranchard, ce n’était pas loin de la maison car nous avions élu domicile au hameau de la Roussie, tout de suite j’ai aimé cet endroit, vallonné, boisé avec cette petite rivière et ses nombreuses sources.

La maison que nous avons trouvée était toute en longueur avec un étage mansardé. De plus la pièce de tissage était superbement éclairée et cela était un sacré luxe.

Mais le fin du fin fut que les beaux parents auraient leur chambre et qu’Augustin dormirait dans la mansarde. Pour l’instant nos quatre enfants dormiraient autour de nous. Au niveau de l’intimité certes nous nous étions habitués mais je dois dire que le premier soir quand nous avons inauguré notre nouvelle chambre avec la Justine nous avons fait plus de bruit qu’ à l’accoutumée. De plus je soupçonnais l’Augustin de se livrer à quelques turpitudes quand il nous entendait moi et sa sœur.

Bref que du bonheur, nous étions un peu à l’écart du bourg principal et la Madeleine devrait marcher un peu pour aller à confesse.

Nous fumes heureux et je le prouvais à ma belle qui devint grosse, nous étions bien partis pour faire une grande famille. La Madeleine disait que j’étais pire qu’un lapin et que j’allais tuer sa fille. Qu’est que j’y pouvais si elle était fertile….

En février 1855 nous eûmes un petit Léon, là encore baptême et relevailles, nous avions changé de curé mais le tintouin était le même.

Figurez vous qu’avec la Justine nous n’avions jamais vu la mer, vous parlez qu’elle était loin à peine deux heures de marche, alors un dimanche nous avons sauté la messe enfin Justine car moi le berger à moitié sorcier , le curé se passerait bien de moi. En plus on disait que j’étais Bonapartiste, moi je m’en foutais complètement du  » Badinguet  » mais un jour ou j’avais bu au cabaret j’avais crié vive l’empire, alors évidemment j’étais catalogué.

La Justine n’avait jamais loupé une messe depuis son enfance et c’est un peu repentante qu’elle prit la route.

Nous passâmes au hameau de Coté Coté, puis devant le château de Franqueville, nous étions émerveillés de tout et encore plus Justine qui à part son métier et sa cuisine n’avait pas beaucoup bougé.

Après une pause à Contremoulins nous traversâmes le village de Toussaint, puis au détour de la colline nous apparut le petit port de Fécamp. Vraiment cela nous fit une drôle d’impression, dans un énorme trou semblant être creusé dans la ligne des falaises se tenait ce petit bourg morutier.

Le vent fouettait leur visage et les embruns salés leurs séchaient les lèvres, la mer pleine à cette heure avait pris mauvaise figure. Quelques trois mats armés pour la pêche à la morue dansaient dangereusement en bordure de quai. Malgré le gros temps, des hommes et des femmes s’affairaient au déchargement de poissons. Justine et moi nous les observâmes, ces petites mains semblaient fourmis, tant l’activité était intense. Nous étions dimanche mais le poisson ne pouvait attendre que le jour du seigneur se passe.

Tout leurs paraissait pittoresque, les mots employés, les tenues et même les visages. Les vieux loups de mer à la peau brûlée et ridée semblaient parcheminés comme les vieux documents des anciens terriers.

Dans la rue de nombreuses fileuses profitaient de leur congé dominical pour flâner le long de quai et provoquer les nombreux marins. Le langage était fleuri et Justine devint rouge comme coquelicot à plusieurs reprises. Ces dernières, filles de la cote ou de la campagne se tuaient dans des immenses filatures ou se travaillait le lin de façon mécanique. Justine se disait qu’un jour peut être elle serait obligée de franchir le pas et d’abandonner le tissage manuel à domicile pour venir mourir en ces centres industriels.

Sur le quai quelques veuves vêtues de noir, dans une hiératique immobilité scrutaient le large dans un hypothétique retour de l’être aimé. Se mouchant dans leur jupe des morveux et morveuses transis de froid s’impatientaient car eux au fond de leur petite tête ils savaient que leur père ou leur frère étaient à tout jamais perdus dans les brumes des mers arctiques.

Puis après nous être saoulés de ces senteurs exotiques et de ces matures bruyantes, nous poursuivîmes notre chemin en longeant les falaises. La foule disparut tout à coup, faisant place à quelques promeneurs qui courbés lutaient contre le vent.

Ces falaises de craie nous stupéfiaient par leur beauté répondant en cela à la splendeur des couleurs marines. Toutes les nuances de vert et de bleu défilaient devant nos yeux, quelques rouleaux puissants nous mouillèrent les souliers. Justine faillit tomber s’en tirant par un bas de robe bien humide, nous rigolions à chaque trébuchement. Le temps s’écoulait merveilleux.

Nous arrivâmes à l’escalier Grainval, cela montait sec et le souffle court nous pûmes contempler une dernière fois le spectacle grandiose de la mer qui maintenant commençait son recul.

Nous avions décidé de prendre un autre chemin pour rentrer, Saint Léonard et Tourville, les ifs furent notre itinéraire.

C’est à la nuit tombée que nous pénétrâmes dans notre chaumière. Madeleine s’était occupée des petits, tous dormaient ce qui était fort exceptionnel.

Ma belle mère forte d’une prémonition somme toute féminine avait couché la marmaille dans le même lit et notre couche était pour une fois libérée.

Cette soirée fut divine, Justine particulièrement disposée fut en tous points merveilleuse. Elle qui répugnait à être entièrement nue freinée par une pudibonderie exacerbée jeta ses oripeaux par dessus le rideau de courtil et m’ offrit à la lueur blafarde de la chandelle la vue de son corps délicieux. Plusieurs fois je me replongerais dans les méandres de ses charmes.

Est ce soir là qu’elle tomba pour une sixième fois enceinte ?

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