LE BERGER ET LA FILEUSE , Épisode 8, mon métier de berger et les naissances qui s’enchainent

 

Un soir je repris possession de ma femme, je ne pense pas qu’elle était bien prête mais moi je l’étais. Elle dut en parler à sa mère car le lendemain la vipère me fit remarquer que si je l’abîmais je n y  aurais plus le droit du tout, de quoi je me mêle…

Un matin que j’arrivais à la ferme on me dit que le vieux berger était roide dans la paille de la grange, effectivement il était bien passé, on l’enterra le lendemain, une petite cérémonie et le pâtre fut expédié. Comme les moutons n’attendaient pas je les menais à la pâture, le troupeau était d’importance, heureusement j’héritais de deux beaux chiens dressés comme des champions. Ces pauvres bêtes qui avaient perdu leur vieux maître m’adoptèrent immédiatement. Quel sentiment de liberté que de me retrouver dans les prés à surveiller ces magnifiques animaux.

Comme je vous l’expliquerai plus tard je ne rentrais pas le soir à la maison. Le métier était fait d’itinérances mais aussi de beaucoup de présences aux époques ou les moutons restaient dehors.

Justine un soir vint donc me tenir compagnie avec mon souper, elle m’annonça qu’elle était enceinte

Elle n’avait guère tardé. On peut pas dire que j’étais content mais je ne pouvais pas dire que j’étais mécontent, c’était la nature.

En parlant de nature cette soirée là, Justine je la culbutais aux pieds de ma cabane à l’abri derrière une haie d’aubépine. Nous n’avions pas besoin d’être silencieux et Justine émit quelques bruits de satisfaction. Bon il faut avouer qu’elle n’était pas trop à l’aise de se retrouver les fesses à l’air au milieu du pré. Moi je jubilais d’aise et cela redoublait ma vigueur.

Bon bientôt ce ne fut qu’un souvenir, grosse comme elle était.

Elle arriva tranquillement à son terme et comme la première fois abandonna son métier au dernier moment. Ce fut un accouchement d’anthologie, la sage femme arriva que le bébé était déjà langé.

Ce fut une mougeasse et on l’appela Justine comme sa mère. Nous étions à égalité, si nous avions un autre enfant il nous faudrait innover.

Justine prit le berceau et Edouard coucha avec sa mère et moi, évidemment quand j’étais là, vous parlez d’un pratique, comment faire son devoir conjugal avec un enfant en plein milieu.

La pauvre Justine avait deux chiards à la mamelle en plus de son travail, son ouvrage était souvent interrompu et Florentin piquait une gueulante à chaque fois que sa fille sortait un sein. Madeleine en femme qu’elle était ,prenait fait et cause pour la jeune mère, alors notre tisserand bougon tirait une bouffée sur sa pipe et se calmait jusqu’à la tétée suivante.

Au rythme des saisons la vie passait moi j’étais dans ma contemplation, quelle merveille, accoudé sur mon bâton j’observais les nuages, j’étais devenu expert et ne me trompais guère en annonçant une averse. Le temps était souvent capricieux, nous étions proche de la mer et j’en humais les effluves.

Je m’estimais plus heureux que Justine qui se tuait dans l’ atmosphère délétère des poussières de coton et de lin.

Ma femme suivait le cours des saisons et elle fut encore grosse, Augustin mon beau frère disait crûment que sa sœur tombait enceinte rien que de voir le  » bonheur des dames  » de son homme.

Nous avions à peine passé la fête de la nativité que l’on vint me chercher alors que je donnais à manger aux bêtes dans l’étable.

Ce fut un gros garçon joufflu que je nommais Henri Adolphe, ce deuxième prénom était une idée de Justine vraiment n’importe quoi.

Henri trouva sa place dans le petit berceau, mais que faire de Justine. On confectionna un lit et Édouard et la petite y prirent place, le problème était de trouver une place pour ce lit, on pouvait pas pousser les murs. Si cela continuait Augustin devrait prendre un petit avec lui, pour tout vous dire il ne le voulait pas. Il était temps qu’il se trouve une femme pour partir du foyer paternel.

Trois petits en trois années de mariage, l’avenir de mon sang allait être assuré, mais bon il est temps de retourner à mes moutons.

Ce que je préférais dans mon métier, était quand j’emmenais le troupeau au pacage, j’avais trois cents bêtes à surveiller. Lorsque j’arrivais ma cabane roulante se trouvait sur place amenée par des charretiers. Je disposais de claies pour délimiter des parcelles. Quand elles étaient épuisées j’en changeais. Sous ma houlette, aidé par mes chiens je vivais des moments magiques. A la tombée de la nuit j’admirais les étoiles, je les connaissais toutes et j’espère que je transmettrai ce savoir à mes fils. Quand il faisait beau je dormais sous la lune, autrement je me calais dans ma douillette cabane ou m’attentait une brassée de paille. Je n’étais pas complètement isolé, les charretiers de la ferme amenaient des tonnes d’eau pour abreuver les bêtes lorsqu’il n’y avait pas de points d’eau accessibles.

Une servante m’amenait donc à manger et le soir parfois j’avais donc Justine. La nuit mes chiens montaient une garde fidèle et gare à celui qui s’approchait.

L’été j’avais du travail je divisais mon troupeau pour que les béliers puissent saillir les brebis, une trentaine de portières pour un bélier. Mais il y avait des récalcitrantes qui se refusaient, aller savoir pourquoi à un mâle il fallait donc les changer de groupes.

Quand les moissons étaient rentrées je déplaçais mes ouailles pour fumer les parcelles, je commençais par les plus loin comme cela faisait gagner du temps aux charretiers qui  n’utilisaient pas les fumures de l’étable.

Que de bons moments, dommage que ma Justine ne soit en permanence avec moi. La pauvre au cours de l’une de ses visites je l’avais encore mise enceinte.

Ma belle était rythmée comme les cloches de l’église, l’Augustin avait raison. Moi je rigolais pas trop car les marmots il faut bien les nourrir et avant qu’ils puissent travailler à leur tour il allait se passer un moment.

Bon nous n’étions point si pauvres mais l’ouvrage avait tout de fois tendance à baisser, la concurrence des Anglais, nous disait le collecteur.

Osithe ma deuxième fille arriva en septembre 1853, une magnifique petite déjà coiffée par des filets blonds. Cette fois on prit Henri avec nous, Osithe prit le berceau et les deux grands restèrent dans leur lit.

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