MA VIE DE MARÉCHAL FERRANT, Épisode 6, Mon dépucelage et la mort de ma mère

 

Puisque nous abordons le sujet, il n’était guère facile de trouver une partenaire et comme j’étais un peu jeune pour le mariage car je n’avais pas réuni un pécule suffisant, il ne me restait guère d’alternative. Je me fichais comme d’une guigne des préceptes du curé de mon enfance au sujet de la pratique d’Onan et avec mon frère dans le silence de nos paillasses nous nous en donnions à cœur joie.

Mais bon, je n’allais tout de même pas arriver puceau au mariage, avec mon cousin nous nous rendîmes sur le port où nous savions que nous allions trouver notre bonheur. Dans la petite rue du port, sorte de venelle trouant une rangée de maisons et pénétrant dans la rue du temple, une dizaine de belles aguichaient le chaland. Outrageusement fardées, vêtues de vêtements aux couleurs criardes, les seins jaillissants, certaines jeunes et fraîches, d’autres vieilles et édentées attiraient les hommes par divers artifices. Alors que certaines annonçaient les tarifs d’autres retroussaient leurs cotillons, pendant que d’autres encore montraient leurs mamelles. L’énoncé des prix restreignit fortement le choix . Je montais avec une femme qui pouvait avoir l’âge de ma mère, usée, sale et malodorante mais les seins curieusement fermes. Dans un galetas sordide, sur une paillasse crasseuse, la belle de nuit releva jupon, elle m’invita à venir retrouver son origine du monde. Quelques allers et retours et j’étais déniaisé, au vrai malgré mon soulagement j’étais un peu frustré, êtait ce cela l’amour ? Je ne recommencerais pas l’expérience, mais cela me servirait d’expérience le jour de ma nuit de noces.

En juillet 1808 le malheur frappa la maison, maman contracta une sorte de fièvre, elle se traîna quelques temps puis s’alita pour ne pas se relever. Les femmes du secteur se relayèrent pour la veiller et mon père qui pourtant ne quittait jamais son ouvrage montait la voir dans notre triste demeure.

Dans le lit de leur d’amour, elle se mourait, sueur, miasme, urine, défécation , les odeurs se mélangeaient, pâle comme la mort.

Lorsqu’elle voyait mon père elle se forçait à lui sourire. Du revers de sa main caleuse il lui écartait une mèche de cheveux et essuyait sa sueur. La nuit enroulé dans son manteau il se couchait au pied du grabat. Un matin on la trouva, mon père hurla sa douleur, le voisinage comprit et se précipita.

La malheureuse avait retrouvé sa sérénité, les traits apaisés, elle était belle comme à trente ans.

Mon père fut terrassé par le chagrin et pour se calmer alla travailler à la forge comme si de rien n’était. Le curé de la cathédrale passa dans l’appartement et bénit le corps. Deux voisins allèrent à la mairie et déclarèrent le décès à l’adjoint au maire monsieur Hérard, Jean Baptiste Hugon le tailleur d’habit était notre voisin de palier et Thomas Gatar le cordonnier demeurait l’immeuble d’à coté,ils nous furent d’une grande utilité et leurs épouses firent la toilette funèbre.

Ma mère fut lavée et ainsi purifiée, l’eau ayant selon la tradition ses effets, avec de l’étoupe les orifices naturels furent bouchés, cette pratique étant d’ailleurs pour moi un  un mystère. Un drap que ma mère avait dans son trousseau servit de linceul, l’un des frères de ma mère,  tonnelier réalisa une caisse de planche et nous y placèrent la défunte.

Dans l’escalier de bois vermoulu nous eûmes beaucoup de mal à sortir le cercueil, la dignité du moment en prit un coup mais la bière finit par être placée sur une charrette. Le convoi se forma avec le curé et son enfant de cœur, la famille était nombreuse malgré la rapidité de l’enterrement. Nous étions en juillet et la chaleur torride de ce début d’été nous faisait craindre une décomposition fort rapide. En outre bien que le caractère infectieux de la maladie de ma mère restait à démontrer le risque de contagion était réel.

Depuis 1794 les Rochelais n’étaient plus enterrés intra muros mais dans le cimetière général situé au village de Saint Éloi dans l’ancien clos de Gourville. Bien sur ma mère aurait bien dormi auprès des ses ancêtres en les anciens cimetières, mais les scellés avaient été mis pour que les habitants arrêtent d’y enterrer leurs morts et des maisons commençaient à se construire sur ces anciens jardins de repos. Bon,  saint Éloi n’était pas la porte à coté,il fallut traverser toute la ville. De la cathédrale nous priment la rue Gargoullaud, les passants se découvraient ou se signaient, puis nous nous engageâmes dans la rue des sirènes, la rue de la forme où nous longeâmes la grande boucherie. On pénétra ensuite rue des bouchers, au coin de la rue Saint Louis le sieur Belfort fabricant de bières nous regarda passer avec ses ouvriers, là aussi respect au convoi funèbre.

Nous sortîmes de la ville en passant la porte royale, les militaires de faction soulevèrent leur chapeau. Les soldats n’étaient guère des curaillons mais devant un mort même avec un curé en tête on se découvrait. En sortant s’étendait la campagne, nous arrivâmes enfin, j’avais chaud et soif. Le trou était déjà fait, quelques pelletées de terre et ma mère rejoignit ses parents et ses deux premiers maris au paradis des voituriers, des tonneliers et des maréchaux.

Le cimetière était vaste, contrairement à notre petit jardin de paroisse, pour l’hygiène disaient nos édiles, moi je veux bien mais notre intimité avec la mort disparaissait et nos chers disparus ne nous protégeaient plus.

Mon père se retrouva donc seul avec nous, plus de femme à la maison, il n’avait que 51 ans ,allait il se remarier ?

Au vrai il ne quittait plus guère la forge , tard dans la nuit on entendait le marteau frapper sur l’enclume.

Les habitants de la rue porte neuve s’en émurent et lorsque retentissait le bruit chacun disait, tient l’Antoine pense à sa disparue.

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