LE DIVORCE DE L’ENFANT, 3ème épisode

Notre dame de Vouharte et la place de l’ancien cimetière

Il n’y avait d’ailleurs pas que dans l’univers du lit clos que les choses n’allaient pas, Jean qui se voyait chef de ménage, fut sous la tutelle de son beau père et de ses beaux frères. Au Breuil tous étaient plus ou moins apparentés, il faisait figure d’étranger et ces paysans bourrus ne faisaient guère preuve d’aménité face à ce jeune freluquet qui leur avait chipé une belle plante.

Oui il connaissait son travail et n’était pas plus mauvais paysan que ces Vouhartais mais il ne se sentait pas à l’aise avec eux.

Au foyer relégué en bout de table comme un drôle, il n’avait point la parole sur les choses de la ferme et des terres qui ne lui appartenaient pas. Sa belle mère le terrifiait d’un regard et sa femme peu encline à venir à son secours éprouvait un sentiment sadique à le voir souffrir.

Le pauvre dépérissait à vue d’œil, déjà point gros il en perdait le boire et le manger, un jour n’y tenant plus il prit son baluchon et s’en alla rejoindre sa fratrie sur Xambes.

Comme on peut bien s’imaginer la nouvelle du départ du Jean Godichon se propagea dans tout le village et bientôt dans celui de Xambes.

Chatain fut fou de rouge et cria à la trahison et à la rupture du contrat, sa femme qui se voyait mourir de honte brailla dans tout le hameau. Seule Catherine fut pénétrée d’une immense satisfaction et espéra vivement que jamais il ne revint.

Une expédition fut montée pour aller chercher le fugitif en son repère, rien ni fit Marie Degail la mère ne peut convaincre son fils et l’oncle qui avait oui dire que rien ne se passait comme il aurait fallut avait pris position pour Jean.

Au cours des semaines plusieurs missions de conciliation furent menées, le curé de Vouharte sur sa mule y cassa son chapelet et même Monsieur Hierard notabilité influente du canton dut manger son rond de chapeau.

Jean réfugié en ses terres dans le giron de sa mère qui en son sein recueillait tous les griefs de cet homme enfant.

L’affaire prenait une mauvaise tournure, se transformant en antagonisme entre la commune de Xambes et celle de Vouharte. Le fait que Catherine se refusa à son mari depuis la nuit de noce faisait les choux gras des lavoirs des deux communes. On se moquait de Jean qui n’avait pas su faire et on reprochait à la pauvrette de ne pas satisfaire à ses devoirs conjugaux.

Les ennuis du couple n’étaient évidement pas lier au sexe, il était simplement incapable de vivre ensemble et rien ne pourrait les faire changer d’avis.

Ces événements matrimoniaux alimentaient les conversations et même le décollement de Robespierre et la fin de la terreur passaient en seconde place.

Monsieur Hierard le maire de Vouharte fut contraint de trouver un solution avant que les parties n’en viennent aux mains.

Depuis des temps immémoriaux, le mariage était indissoluble, tant du point de vue religieux que du contrat passé devant notaire. Les législateurs de la révolution sous l’influence des lumières décidèrent que le mariage pourrait être rompu par un divorce. Ce fut la loi du 20 septembre 1792 qui en même temps qu’elle laïcisait l’état civil autorisait la dissolution du mariage.

Bien sur il y avait quelques contraintes qui furent adoucies par les décret des 4 et 9 floréal an II ( 23- 28 avril 1794 ).

Le maire du village connaissant ces dispositions les proposa à la famille Bonnemain. Ces paysans ne connaissaient évidement pas ces nouvelles lois et aucun mariage n’avait encore été rompu dans la contrée par ces dispositions légales.

Mr Hierard expliqua, Jean n’était point dément, ni criminel, n’avait jamais amené de femme en son domicile, n’avait pas de mœurs déréglées. Aucun désaccord insoluble n’avait pu être constaté, incompatibilité d’humeur et la rancœur ne pouvaient être prouvés, restait l’absence au domicile conjugal depuis plus de six mois.

Le clan Bonnemain, Courtin se laissa convaincre et Catherine requit le conseil municipal de Vouharte pour dissoudre son union.

Le 12 avril 1795 ou le 23 germinal an 3, Jean Baptiste Hierard réunit son conseil en la maison commune.

Antoine Courtin, gros laboureur de la commune âgé de 41 ans et époux de la Marie Chaignaud, c’est un lointain cousin à Catherine, mais qui n’est pas cousin avec les Courtin sur la commune de Vouharte ? . Antoine est l’archétype du coq de village, laboureur presque opulent, hâbleur, fort en gueule, d’un physique de courtaud mais avec une force considérable, c’est naturellement qu’il s’est retrouvé comme officier public à la nouvelle municipalité du village. Il dévisage Catherine avec mépris quand on est une femme on subit la loi de son mari, pour le meilleur et pour le pire.

Jean Beaud est aussi officier public et aussi laboureur, certes il n’est pas du même niveau qu’Antoine, mais sa culture est certainement plus développée. Il est également plus tempéré en ses propos sans toutefois considérer le divorce comme une chose acceptable.

Jean Bloin 51 ans laboureur également est un notable du village, il connaît Catherine depuis son jeune age et l’encourage d’un regard. Ce simple appui réconforte un peu Catherine dans son entreprise.

Dans un coin en pleine discussion avec le maire, il y a Pierre Courtin, laboureur, notable respecté et plus ou moins cousin d’Antoine et de Catherine. D’un physique agréable il a 47 ans il est le mari de la Marguerite Guidon.

Au vrai les Courtin sont si nombreux qu’on leur donne un surnom ou bien on les identifie par leur femme.

Le dernier présent en cette assemblée est Michel Turlais qui a été nommé agent National, laboureur également, autant rester entre soi, il a 44 ans et est chargé du contrôle de l’application des lois et des décrets. Il est redouté et possède une puissance qui peut vous conduire à l’échafaud. Heureusement l’homme est plutôt débonnaire et aucun Vouhartais ne fut guillotiné par son action.

Catherine assise dans son coin écouta les débats forts animés de la réunion, le divorce était chose nouvelle et dure à faire comprendre à ces paysans somme toutes assez frustres et empêtrés du poids coutumier. Mais enfin la loi triompha il fut conclu qu’une citation serait portée à Jean Godichon et qu’elle serait apposée à la maison commune de Vouharte et de Xambes pendant une décade.

Un huissier de Montignac le citoyen François Geoffroy se rendit à Xambes pour y remettre la citation à comparaître à Jean Godichon, après quelques promenades dans les champs pour le trouver

il lui remit copie de de l’opération du conseil municipal de Vouharte. L’huissier afficha une copie à la salle commune de Xambes, comme il en avait affiché une à celle de Vouharte.

Le peu de personne qui n’était pas au courant le furent, en ce 7 mai 1795, le drôle au feu Étienne était la vedette du bourg.

Une bien piètre célébrité que de ne pas pouvoir garder sa femme, se disaient les anciens. Les femme au lavoir beaucoup plus crues claironnaient en rigolant que le Jean avait rien dans la culotte.

En bref il bouleversait l’ordre établit et tous considéraient que les lois nouvelles avaient du bon mais aussi qu’elles avaient aussi du mauvais.

A vouharte cela jasait également, les vieilles crachaient sur le passage de Catherine, et les plus jeunes disaient qu’elle avait le cul serré.

Seule la notoriété et le nombre de la parentelle fit qu’on la laissa globalement tranquille.

Le divorce prononcé les deux furent de nouveau sur le marché des cœurs à prendre. Mais les soupirants de Catherine ne furent pas légion et elle dut attendre 8 ans (01/02/1803 ) avant de trouver le Jean Bouyer dit Charon, cet ancien militaire se ficha du quand dira t’ on et on arrêta enfin d’appeler Catherine la divorcée.

Le Jean se maria un peu plus vite avec la Jeanne Testaud de Saint Amand de Boixe ( 18/07/1799 ), il n’avait que 20 ans pour son deuxième mariage, mais celui ci fut fécond car dès l’année suivante il eut le bonheur d’avoir une fille.

Ainsi se termine l’histoire de ce premier divorce Vouhartais, quelques années plus tard leur vie aurait été tout autre car les Bourbons au cours de leur restauration, restaurèrent l’indissolubilité du mariage.

Ainsi donc de 1816 à 1884, date de la réapparition du divorce les couples durent faire contre mauvaise fortune bon cœur et supporter souvent l’ insupportable.

La période de 1792 à 1816 pour courte qu’elle fut, permis quand même à plusieurs milliers de couples de se séparer.

 

LE DIVORCE DE L’ENFANT, 1er épisode

LE DIVORCE DE L’ENFANT, 2ème épisode

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