DANS L’INTIMITÉ D’UNE JEUNE VEUVE, Épisode 3, un intérieur bourgeois

Ils passent tous dans la salle à manger où on accède par la cuisine, le long d’un des murs un petit meuble de nécessaire en bois, garni de huit tiroirs en carton. Françoise aime cette pièce ou chacun se retrouve pour manger, lire ou parler. Une table ronde en noyer où elle prenait place avec son mari, sa mère et son fils. De simples chaises cannelées et d’ autres garnies de crin et couvertes de vieille dauphine * rien de bien ostentatoire, Jean baptiste s’y installait pour lire et fumer, sa mère prenait son canevas et Édouard jouait avec ses soldats de plomb.

Dans les tiroirs du petit meuble la fripière trouve 2 petites vergettes *, le capitaine les utilisait pour brosser son habit lorsqu’il sortait, manie qu’il avait gardée de l’armée car évidemment son vêtement n’était point sale. La découverte de la boite à humecter le tabac lui fit monter des larmes, elle ressentait encore l’odeur acre de fumeur de son mari. Le petit baromètre à cadran de bois doré que consultait son mari avant d’effectuer une grande marche lui rappelait une foultitude de souvenirs et les promenades bucoliques qu’ils effectuaient en famille.

Le notaire athée fait une réflexion sur les trois livres d’église de format in 12 et in 16 que l’on trouve dans le troisième tiroir. Françoise fréquente l’église et s’abreuve de lecture pieuse, son militaire de mari la traitait de cul-bénit et cela la mettait en rage.

Au fond du dernier tiroir, se trouvent 4 gravures représentant des marines, elles ornaient les murs du précédent domicile mais elles avait été remisées dans ce meuble en arrivant à Anet, le capitaine qui les aimait pourtant n’avait jamais pris la peine de les installer.

Sur la tablette du meuble, une vieille cage à oiseaux rappelle un moment pittoresque de leur vie, son mari l’avait achetée avec la petite perruche qui se trouvait à l’intérieur, il lui annonçait en même temps qu’il partait en campagne. Quand il est parti elle ne savait pas qu’elle portait en elle le fruit de leur amour, il en découvrit le fruit en rentrant victorieux de la campagne d’Autriche.

L’oiseau était mort la cage était inutilisée depuis, sans valeur ni beauté, juste un souvenir.

Outre une petite table à écrire, l’élément central de la pièce est le poêle de faïence, d’un bleu d’outremer il fait la fierté de Françoise, on s’y groupait et on devisait, les hommes y dégustaient le noble breuvage des Charentes. Maître Nugues qui avait quelques fois participer à ces dégustations semblait lui aussi un peu ému.

Ils en ont fini avec cette pièce et entrent dans la grande pièce qui lui est contiguë.

Peu de souvenirs du défunt, car cet endroit est celui de Françoise, c’est sa salle de classe où elle exerçe une sorte de sacerdoce en inculquant les rudiments de savoir aux jeunes filles des environs.

Certes elle ne pratique pas cette activité avec désintéressement car elle arrondit les fins de mois du couple mais elle aime enseigner et elle aime les enfants. Son grand regret étant de n’avoir pu donner à son mari une progéniture plus nombreuse.

Une grande table et une plus petite occupent la majeure partie de l’espace, les élèves prennent place sur 6 bancelles *. Françoise elle se tient derrière un bureau à tiroir. Un encrier en bois, 1 canif et trois règles sont posés dessus.

Sur un petit fauteuil en bois de tourneur, se trouve le modèle de canevas qu’elle présente à ses élèves.

Françoise ne fait classe qu’à des filles, les parents ne confient pas leurs garçons à une femme, cela n’est pas convenable. Un peu d’apprentissage de la lecture, un peu de calcul, de la bienséance, de la couture, de quoi transformer des demoiselles en femme d’intérieur aimantes et attentionnées pour leur mari. Il n’est certes pas dans la norme de trop cultiver ces jouvencelles qui doivent rester sous la coupe intellectuelle, sexuelle et financière de leur cher et tendre.

Françoise maintenant veuve continuera à faire sa classe car son fils reste à sa charge et la pension de Jean Baptiste risque d’être fort juste.

La prisée* sur le premier étage de la maison composé de trois pièces est maintenant terminée.

Comme on peut le voir apparaît dans cet intérieur quelques éléments que l’on ne trouverait guère dans un intérieur paysan.

Tout d’abord des livres qui au début du 19ème siècles étaient encore forts chers et réservés à une élite, puis des gravures qui à n’en point douter n’ornaient pas les murs des métairies.

La présence d’un baromètre témoigne également d’un degré de culture différent de celui des paysans qui prévoyaient la météo de façon empirique.

La cage à oiseaux comme les éléments de décoration montre d’un degré de culture supérieure ou pour le moins différent.

D’autres parts les meubles d’agréments, fauteuils, commodes, bureaux et écritoires n’existaient point dans les intérieurs plus frustres.

Jean Baptiste Serais en temps qu’ancien officier de l’armée Napoléonienne et de sa position d’inspecteur des eaux était un petit notable et la profession de sa femme d’institutrice à domicile renforçait leur notabilité ( modestement, car la place d’un maître ou d’une maîtresse n’atteignait nullement celle qu’elle occupera à la fin du siècle )

Nous pénétrerons plus avant dans l’intimité du couple en entrant dans leur chambre.

Dauphine : Nom d’un petit droguet de laine, jaspé de diverses couleurs.

Vergette : petite brosse

Bancelle : banc long et étroit

Prisée : Estimation d’un bien immobilier par un greffier ou un commissaire priseur en vue d’une succession ou d’un partage.

pour découvrir le premier épisode :https://larbredeviedepascal.com/2019/01/22/dans-lintimite-dune-jeune-veuve-episode-1-le-conseil-de-famille/

pour découvrir le deuxième épisode : https://larbredeviedepascal.com/2019/01/25/dans-lintimite-dune-jeune-veuve-episode-2-promenade-dans-un-inventaire/

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