LE SEXE EN NOS CAMPAGNES

 

De tout temps, la sexualité a tenu une place considérable dans la vie humaine. Depuis que j’ai commencé mes recherches généalogiques, la question me taraude. Le sexe régissait-il les comportements de nos ancêtres paysans ou les comportement de nos ancêtres régissaient-ils leur sexualité ?

Comment nos ancêtres faisaient-ils l’amour, les interdits, les périodes, la virginité, la masturbation, les positions, autant de thèmes, autant de questions.

Avant de poursuivre, plantons le décor traditionnel, une ferme tenue par une communauté familiale, parents, grand-parents, enfants et parfois une parentelle élargie, frères ou sœurs avec leur propre famille. En général, la place accordée à l’intimité est fort réduite, les pièces sont petites, encombrées de lit ou de paillasse. Les lits sont parfois clos en certaine région mais la plupart du temps sont fermés par des rideaux. Les lits sont toujours occupés par plusieurs personnes, même celui des parents qui accueille souvent les plus petits.

Les granges, écuries ou étables sont également occupées par des dormeurs, fils aînés, valets, domestiques. Les femmes de la domesticité dormant avec les maîtres dans la maison principale et occupant le moindre recoin d’une paillasse souvent escamotable.

Au niveau donc de l’intimité nous étions  proche du zéro, et faire des galipettes en ces conditions demandait des techniques discrétionnaires bien rodées.

Le domicile n’était donc guère un endroit propice pour exalter ses ardeurs sexuelles.

Chaque communauté familiale dépendait d’un communauté villageoise et le poids de celle ci dans les comportements n’était pas petit. Vous y rencontriez, la famille élargie, vos parrains et marraines et leur lignée, vos oncles et tantes, vos cousins et cousines dans un enchevêtrement que même Beaucarnot ne saurait démêler. En bref vous ne pouviez faire un pas sans rencontrer quelqu’un qui vous connaisse. Il fallait donc jouer de subtilité pour y rencontrer une ou un partenaire sexuel sans que la communauté ne s’affole.

Rajoutons à cela, Monsieur le curé avec ses sermons sur la sexualité et la confession des péchés qui était obligatoire. Imaginer la confusion de votre arrière arrière grand mère en train de confesser au bon curé qu’elle s’est faite trousser le vendredi saint ou qu’un de vos arrière arrière grand- père ne soit obligé de réciter un chapelet de prière parce qu’il a osé se prêter au jeu d’Onan.

Convenons avec tout cela que rien ne devait être simple, mais que tous s’évertuaient certainement à contourner le poids sociétal.

L’étude porte évidement sur ce que pouvait être la sexualité dans nos campagnes, loin des turpitudes de la noblesse de cour ou des salons à la mode des grandes villes. Pas d’extravagance à la Marquis de Sade ou à la Mirabeau, pas d’orgie à la Philippe d’Orléans, pas d’homosexualité affichée, non une sexualité ou chacun essayait sans doute de composer avec les poids des coutumes, avec l’église, avec son environnement et peut être aussi avec sa sensibilité.

 

LES INTERDITS

Tout d’abord, il faut poser comme constat que la population était régie dans ses moindres comportements par l’église catholique et que l’amour physique ne servait qu’à la reproduction, tout le reste était au mieux futilité et au pire très grand péché.

L’amour hors mariage

Il était bien entendu interdit, la virginité ( féminine ) était de mise lors de la nuit de noces. Mythe de la pureté originel de Marie ou marchandise intacte la virginité était en théorie obligatoire. La perte de l’hymen lors de la nuit de noce prouvait que la jeune fille était pure et qu’il n’y avait pas tromperie sur la marchandise. J’insiste sur le mot mais je rappelle que le mariage était avant tout un contrat entre deux parties et qu’une des clauses tacites de ce dernier fut que la  » dame du milieu  » ne fut point déchirée.

Il y avait risque de répudiation et la renommée de la famille s’en trouvait pour le moins atteinte.

Certes quelques bizarreries se greffaient de ci de la, une jeunes fille qui s’était masturbée et avait brisé son hymen n’était plus vierge, alors qu’une jeune fille qui s’était faite sodomiser l’était encore.

Les jeunes filles qui avaient goûté aux joies de l’amour avaient recours à des subterfuges pour égarer leur mari sur la perte de leur anneau, petite poche de sang placée dans le vagin ou même utilisation de sangsue.

Bien sur tout cela était bien théorique et les curés fulminaient en chaire pour tous les égarement des paroissiens. En effet il n’était pas rare que des mariages s’effectuent à l’essai en une sorte de concubinage. En certaines régions des soupirants passaient la nuit avec leur promise ( en gardant leur chemise bien entendu ) et en Vendée les rites de séduction allaient fort loin.

Les exceptions ne font point la règle et la majorité des jeunes filles arrivaient vierges au mariage.

Laissons notre imagination de coté, ces jeunes femmes avaient certainement des pulsions qu’elles ne pouvaient pas toujours refréner.

Chez les hommes la difficulté était tout autre, la virginité au mariage n’était pas requise par la société, mais ou trouver des femmes consentantes au fin fond de nos campagnes . Les bordels ou Château Gaillard existaient certes en ville mais en dehors de cela quelle alternative se présentait à nos ancêtres ?

Pour l’église les hommes ne devaient pas avoir de rapport non plus, car je le répète en dehors de la procréation point de salut.

Pour sur l’église n’était point dupe et certains de ses membres succombaient aussi au démon de la chair.

Bien évidement il existait de nombreux rapports consentis, mais la normalité revenait au galop et on mariait rapidement les jeunes amants. Par contre les imprudentes au gros ventre, pouvaient être chassées de chez elle et une vie d’errance ou même de prostitution pouvait suivre ce moment d’ égarement .

L’onanisme

L’église considérant que tout émission de semence en dehors de la procréation est péché, cet acte qu’il soit masculin ou féminin était bien évidement proscrit.

La masturbation ou vice solitaire déjà formellement condamné par la transgression de la chasteté avant le mariage l’est encore une fois par l’excitation des organes sexuels et la pollution qui peut s’en suivre.

A l’intérieur du couple l’onanisme conjugal était aussi considéré comme péché véniel ( lorsqu’il n’y avait pas émission de semence ) et l église nommait ainsi tout acte qui stérilisait l’acte sexuel. C’est un acte contre nature disait elle .

Nos bons curés nommaient onanisme conjugal ou masturbation tous les actes qui ne tendaient pas à la procréation, comme le coït interruptus, l’utilisation de capotes, d’éponges utérines et évidement l’utilisation des mains et de la bouche. Le sens en était donc très large.

Au niveau médical, l’interdiction apparaît surtout à partir du 18ème siècle pour culminer fin 19ème. L’acte rendait débile  et amenait  les femmes à la stérilité .

Notons que la masturbation mutuelle était considérée comme plus grave que la masturbation solitaire car il émanait des pratiquants une pensée mauvaise et pernicieuse.

Bon d’accord tout le monde a compris, mais quand était il vraiment, le bas peuple ne lisait pas de livre et le tableau conjugal de Nicolas Venettes ne risquait pas de leur tomber entre les mains. Ces êtres frustres et dénoués de moralité écoutaient ils les sermons de nos bons prêtres, cela reste un mystère, mais gageons tout de même que nos ancêtres savaient parfois désobéir.

Sodomie

Nous passons maintenant dans une autre catégorie qui entrait dans la catégorie des péchés mortels

Il existait deux types de sodomie, celle que l’on nommait  » parfaite  »et que l’on pratiquait entre gens de même sexe et la sodomie imparfaite qui se pratiquait avec un partenaire de sexe différent.

Bon il faut être clair, la sodomie parfaite pouvait se terminer sur le bûcher et les condamnations furent nombreuses au cours des siècles. L’égalité n’existait pas en se sujet, lorsqu’on voulait pratiquer ce genre d’activité mieux valait être noble que journalier.

L’homosexualité était chassée et proscrite.

La sodomie imparfaite était bien moins grave, bien que proscrite, certains jeunes couples la pratiquaient pour patienter et des couples mariés comme contraception.

Notons qu’au Moyen age, la fellation et le cunnilingus étaient rangés dans les pratiques sodomites.

Fellation et cunnilingus

Là encore il y a condamnation avec évidement des nuances. Cette pratique entre gens du même sexe pouvait finir très mal, bûcher, bannissement exposition au carcan, fouet, enfin rien de bien réjouissant.

A l’intérieur du couple, l’église était un peu plus souple, l’acte commencé avec la bouche mais terminé dans les organes génitaux pouvait passer comme acceptable.

Mais soyons un peu terre à terre, nos ancêtres ne se lavaient guère, alors !!!!

Inceste

Bien sur interdit, cette relation sexuelle entre parents proches est pourchassée par l’église qui rappelons le exige pour le mariage des dispenses de consanguinité en cas de cousinage même très lointain.

Cette pratique est  d’ailleurs interdite par toutes les sociétés connues.

L’église allant très loin dans cette interdiction, de nombreuses personnes restaient célibataires car elles ne pouvaient trouver de compagnon ou compagne en dehors de la parentelle.

Adultère

Bien évidement l’adultère n’était pas toléré surtout du coté de la femme qui pouvait être passible d’une peine d’emprisonnement, alors que l’homme n’était qu’amendable, l’adultère ne sera dépénalisé qu’en 1975. De plus la société paysanne ne faisait guère de cadeau et les couples adultérins pouvaient être objet de vindicte  populaire.

Bien terminons pour les interdits et résumons.

Aucune sexualité féminine avant le mariage virginité oblige, pour les hommes ma foi le bordel était toléré.

L’homosexualité était un crime avec toutes les pratiques sexuelles qui allaient  avec.

La masturbation était un péché mortel

La sodomie imparfaite ou sodomie familiale donc sur une femme était tolérée de fait mais restait péché mortel.

La sexualité était encore à caractère reproductif ( du moins au yeux de l’église )

Dans le prochain article nous étudierons ce qui était licite et ce que nous savons des us et coutumes sexuelles de nos aïeux.

3 réflexions au sujet de « LE SEXE EN NOS CAMPAGNES »

  1. Article très intéressant, et qui répond à certains questionnements qui s’installent quand on suit la vie de nos ancêtres… J’aurais juste apprécié un peu plus de précision sur le contexte (époques, dates) de ce que vous évoquez.
    En tout cas ça me donne envie de farfouiller votre blog pour lire d’autres articles 🙂

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