LE MARAICHINAGE, DE LA COUTUME ANCESTRALE A LA LIBERTÉ SEXUELLE


bourine

Bourines Vendéennes

Marie habitait dans une bourine perdue au milieu des marais, en ce dimanche de mai 1889 elle allait profiter d’un moment d’intimité pour faire un brin de toilette hebdomadaire. Son père et son frère étaient partis s’occuper des bêtes, qui même en ce jour du seigneur requéraient des soins.

Marie alla puiser de l’eau au puits et revint s’installer dans l’unique pièce de la maison.

Elle commença ses ablutions par le visage, de l’eau claire et un chiffon, elle se dévêtit le haut du corps ne le  dévoilant que par morceau, l’entière nudité n’étant point de mise. Après s’être vivement frottée , elle releva son cotillon et fit une très brève toilette intime, seules les filles de mauvaises vies insistaient sur cette partie du corps.

Toute propre elle mit ses atours du dimanche et qu’en revinrent les hommes elle était prête pour se rendre à la messe.

Mais toute dévote qu’elle était, Marie attendait avec impatience un autre moment, en effet dans cette région de Saint Jean de Mont il était de tradition d’aller  » Pêcher les Galants  ».

Les hommes de la maison n’allant pas à la messe, mais directement au cabaret, Marie orpheline de mère s’y rendit avec  son amie Jeanne qu’elle prit sur le chemin menant au village.

maraichine

 

Munie de son grand parapluie, de son tablier neuf et de sa belle coiffe elle courra presque jusqu’à l’office.

La corvée expédiée elle sortit de l’église et se rendit sur la place du village en compagnie des autres jeunes du village.

Commença alors une étrange parade où les jeunes filles bonnes à marier allaient commencer la pêche aux galants.

Alors que Marie déambulait avec Jeanne dans le village elle sentit qu’on la tirait violemment par le jupon, heureuse elle se retourna pour se retrouver nez à nez avec Jean. Sa déconvenue fut grande car elle pensait se retourner sur Pierre à qui elle avait promit sa journée.

tirage-jupon

 

Jean n’était pas un inconnu pour elle, car la semaine précédente elle avait fait  » lambiche  » avec lui pendant 2 heures au cabaret.

La pratique ne lui avait guère plut et Jean ne serait pas son promis.

Il est temps d’expliquer maintenant cette coutume étrange du pays de Mont en Vendée et que pratique tous les jeunes des environs comme l’avaient d’ailleurs pratiqué leurs parents avant eux.

C’est ce que les bourgeois des villes appelèrent le Maraîchinage car pratiqué par les Maraîchins. Les intéressés eux mêmes utilisant le terme faire lambiche.

Cette habitude venue du fond des ages consistait en un accouplement bucco lingual pratiqué en toute liberté en pleine rue, à la foire ou au cabaret.

Nous appellerions maintenant cela se  » rouler des pelles  ».

Cela durait des heures et se voulait une sorte d’essai avant des noces éventuelles.

Un certain cérémonial entourait ces rencontres.

Marie s’était laissée entraîner au cabaret la semaine précédente par le Jean.

Le propriétaire du cabaret avait aménagé une pièce pour les adeptes du Maraîchinage, quelques bancs, des chaises.

 

maraichinage-2

Y m’doute que tan dis pas vraie. Enfonne, si te m’aim crache mé den la goule

 

Ils avaient donc rejoint la jeunesse du village et avaient pris place l’un en face de l’autre sur un banc.

Après quelques béquets  » More Columbino  » Jean et Marie s’étaient accouplés avec leur langue en un long cataglottisme. Il en avait manifestement tiré du plaisir, elle était restée de marbre et au bout d’un temps raisonnable mit fin aux embrassades.

Les filles du pays pouvaient en toute tranquillité essayer plusieurs partenaires, sans que cela ne choque le moins du monde.

Imaginé parents du 21ème siècle, votre fille, effectuer devant vous ce genre d’essai avec un partenaire différent chaque dimanche.

Lorsqu’elle s’aperçut que Jean retentait sa chance elle se mit à hurler et brandit son immense parapluie. Jean au centre de l’intérêt général lâcha Marie et penaud partit dans la direction opposée.

On voit donc que le parapluie au mois de mai avait une première utilité, à savoir chasser l’opportun.

Marie continua sa promenade et vit enfin Pierre arriver sur la place, cérémoniellement il vint tirer sur sa robe et mit sa main gauche sur son épaule droite. Marie se laissa faire et Pierre lui passa son bras gauche autour de son cou.

Ils se rendirent au cabaret et Pierre offrit un café à Marie, puis le manège commença et les langues se cherchèrent.

Les 2 tourtereaux se trouvèrent à leur goût et la joute dura presque 4 heures.

Épuisés mais heureux il fut décidé que Pierre raccompagnerait Marie dans les marais.

On imagine bien l’ambiance régnant dans la pièce avec tous ces jeunes couples dans la force de leur jeunesse s’embrassant pendant des heures.

A quelques pas du village un petit pré protégé des regards par un mince talus, abritait déjà 2 couples en pleine action, nullement gênés par l’arrivée de Pierre et Marie, ils continuèrent leurs roucoulades. Visiblement ceux ci n’en n’étaient pas à leur première rencontre car on pouvait apercevoir tranchant avec le vert tapis de mousse une blanche cuisse avidement explorée par un jeune maraîchin

Théoriquement, les couples s’arrêtaient au baiser intrabuccal, mais !!!

Marie ouvrit son parapluie et les deux amoureux reprirent leurs baisers, Pierre n’en obtint pas plus avec ce premier rendez vous.

Il raccompagna Marie à proximité de sa maison.

C’est fort excité que chacun regagna son logis, en s’étant promis un prochain rendez vous.

Voila l’explication d’un parapluie en été, les maraîchines se cachaient des curieux par ce moyen, beaucoup plus efficace que l’antique rabalet des maraîchins ( chapeau ).

Les parapluies de couleur violet poussaient donc toute l’année le long des talus et des chemins.

Paravents dérisoires, peut être, mais le tout à chacun savait ce qui si passait dessous et la tranquillité était coutumièrement acquise.

Il est à signaler que les galants invitaient les filles même devant les parents, car je le répète cette coutume n’avait que pour but de trouver un mari et les parents au courant de la coutume puisque l’ayant pratiquée ni voyaient rien à redire.

Transplantez vous à notre époque et imaginez votre fille tirez par sa robe s’en allant embrasser un garçon en pleine rue pendant des heures.

Lorsque la fille acceptait de se faire raccompagner presque chez elle, il y avait acceptation tacite de la liaison.

Les rendez vous succédèrent au rendez vous et Marie connue bientôt par cœur la bouche de son amoureux, au bout d’un moment les mains de Pierre se firent tactiles, Marie se laissa faire mais exigea de se rendre dans les chambres du cabaret dédiées au maraîchinage.

Eh oui vous avez bien lu des chambres avec plusieurs lits et des chaises étaient mises à disposition des clients, imaginez les ennuis que s’attireraient un patron de bar à l’heure actuelle.

Marie et Pierre s’installèrent donc, l’intimité était toute relative, mais chacun se préoccupait seulement de ses affaires, et comme sous leur parapluie, les amoureux étaient seuls au monde.

Pierre qui avait promis mariage à Marie eut droit de parfaire sa connaissance du corps de Marie.

Le temps passa, les 2 amoureux était maintenant liés et les noces prévues.

Le maraîchinage continuait mais Pierre et Marie cherchait maintenant des endroits beaucoup plus discrets . Un dimanche après vêpres dans une grange déserte le jeux continua. Excitée par l’échange de baisers langoureux, Marie se retrouva naturellement le jupon relevé, Pierre trouva la toison humide de Marie fort à sa convenance et s’aventura à explorer son jolie petit bouton.

Passer sa main par le trou du cotillon de la jeune femme et lui caresser le sexe s’appelait faire miguaillère.

 » Fourr ta main dans ma miguaillère,  tu verras tio p’tit merlaudia

 

L’excitation était à son comble et Marie éprouva une certaine confusion au ravissement de Pierre.

La réunion des corps amenait parfois à la masturbation de la femme par l’homme, alors que le contraire n’avait  » apparemment pas lieu  ». Les médecins de l’époque pudique évoquent simplement quelques sensations voluptueuses ou une simple sécrétion du prépuce.

Je veux bien croire nos médecins du 19ème siècle, mais ces excitations mutuelles  ne devaient  pas être  facile à gérer pour un jeune homme .

Le coït était par contre assez rare en théorie, rappelons le encore une fois le maraîchinage normalement s’arrêtait au baiser lingual.

Pierre et Marie surent restés sages (enfin presque et finir leur découverte mutuelle pendant leur nuit de noce ).

Apparemment ces pratiques n’amenèrent pas une augmentation d’enfants naturels. Des mariages étaient disons le parfois un peu précipités, mais la morale toujours respectée.

Ce becquetage était un véritable jeux sexuel, qui je pense n’a guère d’équivalent à notre époque de soit disant grande liberté.

Bien sur les curé faisaient grise mine et les bourgeois bien pensant et coincés criaient à l’impudicité, ( ces derniers allaient contrairement aux paysans voir des dames tarifées. )

Certains maires tentèrent de l’interdire, mais le maraîchinage coutume ethnique résista et mourut bien plus tard de sa belle mort.

PETITE POÉSIE SUR LE SUJET

Deux par deux, fille et garçon, chacun sa chacune.

S’en vont les jours de pardon, le long de la dune.

Fuyant l’affreux cabaret, à la pièce close.

Ils préfèrent leur marais à l’aspect morose

Lui prend tendrement sa main, frôle son corsage.

S’apprête le maraîchin, au maraîchinage.

Elle porte un parapluie,suivant la coutume,

pour préserver de la pluie son joli costume

Ou plutôt pour abriter, leur chaude tendresse

Car l’hiver comme l’été, le doux nid se dresse.

Ils s’assirent sur le rebord d’un fossé sauvage.

Lui se penche sur le bord du jeune visage.

Il embrasse vivement la lèvre charmante.

Et un doux frémissement, agite l’amante.

Elle se livre affolée, à cette caresse.

Qu’elle rend à la volée avec allégresse

SOURCES  : –  Cartes postales, collection archives départementales vendéennes.

                       – Docteur Bartoux, Le Maraichinage, coutume du pays de Mont ( Vendée), Paris 1906.

                       –  La France médicale 1905.

                       – Ensemble des documents consultables sur Gallica.

Si vous connaissez une pratique similaire dans une autre région faites le moi savoir…..

VIERGE AU MARIAGE OU PAS ?

PHOTO 1 un autre 16 ème avec une de mes 8 èmes

Alphonsine Bonnot, mon arrière grand mère avec  ses 2 garçons fruit de son mariage avec Louis Chanu et Thérese Bonnot ma grand mère maternelle. Photo prise à Sablonnières 77 ou à La Chapelle Véronge  77  vers  1902

 

En théorie nos aïeux devaient arriver chastes au mariage, ( surtout les femmes d’ailleurs ). Mais comment des jeunes hommes et des jeunes femmes en pleine explosion hormonale pouvaient- ils résister à la tentation .

L’exposition des corps nus n’était certes pas banalisée en cette époque, les mini jupes, les jeans moulant ( façon orteil de chameaux ) n’étaient pas d’actualité. Mais l’attirance entre les êtres en était peut être plus forte. Nos paysans n’avaient qu’une envie, trousser ces longues robes et goûter au plaisir de la chaire et nos paysannes affolées par les corps musculeux de ces travailleurs manuels devaient plus d’une fois cacher leur humide confusion.

Le spectacle des animaux libres d’amour, des gémissements qui sortaient des alcôves des couples autorisés, des lavandières courbées à la rivière, des corps nus surpris à la toilette, des odeurs corporelles parfumées de foin des soirs de moisson, des corps frôlés lors des danses paysannes attisaient l’envie. Les caresses solitaires suffisaient elles à étouffer la fièvre qui montait des corps.

L’Église, avait elle au cours des siècles réussit à museler le désir des paroissiens en jetant l’opprobre sur les conséquences un peu trop visibles de ces corps fertiles et en condamnant le geste d’Onan, rien n’est moins sur.

Qu’on en juge à présent par une petite investigation dans le quotidien de mes ancêtres du 19ème siècle.

Commençons par mes arrière-grands-parents

Alphonsine Bonnot née le 27 juin 1873 à Jouy sur le Morin ( 77 ) met au monde ma grand mère Thérèse à l’age de 19 ans, elle est fille mère et ne se mariera que 5 ans plus tard.

Amour paysan, amour contraint ?

Même génération, presque même lieu.

Louise Groizier née le 25 février 1862 à Verdelot ( 77 ) met au monde un petit garçon le 9 octobre 1883, elle a 21 ans et n’est pas mariée .

L’enfant est déclaré par le grand père maternel et nommé Achille.

Elle ne reconnaît l’enfant que le 28 janvier 1884 , allez savoir pourquoi ? .

Mon arrière grand père, Jules Perrin reconnaîtra l’enfant le jour du mariage avec Louise soit le 28 novembre 1885, donc 2 ans après la naissance.

L’enfant était il le fruit d’un autre arbre ?

Sur mes 4 arrière-grands-mères, 2 n’étaient plus à l’évidence vierges à leur mariage, quand aux 2 autres avaient elles été plus sages ?

La génération d’avant est visiblement très sage, aucune consommation apparente avant le mariage , ouf l’honneur est sauf…..

Reprenons le cours du temps

Agathe François née le 5 mars 1800 à Verneuil L’Etang ( 77 ) met au monde une petite fille nommée Victorine le 31 mars 1821.

Le mariage avec mon quadrisaïeul Jean Louis Trameau a eu lieu le 27 mars 1821.

Agathe devait être un peu gênée dans sa robe de mariée et la nuit de noce a dû être calme.

J’imagine la tête du curé.

Toujours ma branche paternel

Victorine Tondu naît le 11 mai 1840 à Lizines ( 77 ), les parents se nomment Victor Tondu et Geneviève Beaumont, âgés de 27 et 23 ans, ils se marièrent le 19 novembre 1839. Calculons bien, le compte ni est pas.

Quand à mon ancêtre Marie Rose Ruffier elle fut fille mère à 2 reprises, une première fois à l’age de 19 ans et la 2ème fois à 25 ans. On peut convenir d’une première erreur mais la seconde témoigne sûrement d’un tempérament hors du commun.

Laissons le bénéfice du doute à mon aïeule Denise Torpier qui mit au monde en septembre 1815 un petit garçon nommé François Denis Autréau seulement 8 mois après son mariage avec Jacques Denis Autréau.

Mais notre brave Denise avait 27 ans lors de son mariage que de tentation et de frustration d’attendre aussi longtemps l’amour. La question demeure, petit prématuré ou bien le feu de l’amour à la veille des noces ?

Donc 4 de mes quadrisaïeules sur 12 ont connu l’amour avant la sanctification de Mr le curé.

Je poursuivrai cette petite enquête au 18ème siècle quand mes données généalogiques seront plus étoffées.