VIE ET MORT DU FRUIT NON DÉSIRÉ

 

 

Dans un paillis deux amoureux s’enlacent, les baisers succèdent aux baisers, les bouches se rejoignent. Il fait chaud les corps en sueur exhalent une odeur enivrante et excitante . Le jeune homme torse nu, puissant de jeunesse couvre de caresses une belle paysanne. Bientôt dans la fièvre des corps des barrières tombent, François téméraire fait jaillir à sa vue deux jolies mamelons.

Fermes, voluptueux et dressés notre berger y boit à volonté. La belle  se cabre et s’offre aux tendres étreintes. La suite ne se fait guère attendre, robe et jupon sont troussés. Dame nature en ce début d’été permet aux deux amants quelques libertés. François nu dans le pailler emporte la virginité de sa belle fée.

Nos Adam et Eve de Verdelot ayant pris goût à la volupté se revoient sans compter. Prudents ils ne se font pas remarquer par leur entourage un peu coincé. Mais la semence par trop donnée fait germer dans le sein de l’amour ensauvagé un œuf non désiré.

Marie Louise Guyot 24 ans annonce avec quelques craintes la nouvelle à son amant, François Luc Cré 21 ans ne trésaille pas de joie et pressant des difficultés.

Marie à la vue de la figure dépitée de François se met à pleurer, qu’elle sera sa destinée

Une grossesse sans être mariée dans cette dure société villageoise n’est guère appréciée le poids de la culpabilité retombe le plus souvent sur le dos de la femelle excitatrice des sens. Jetée dehors un bébé à la mamelle se transforme souvent soit en mendicité soit en prostitution .

François est honnête et ne fait pas preuve de lâcheté, il promet de réparer et de donner au fruit de ce doux péché son joli nom de Cré.

François et Marie Louise sont mineurs et de parents ne vont pas pouvoir se passer . Comment faire et comment présenter la chose.

Aux yeux de la communauté, Marie Louise est une étrangère, née à Chailly en Brie distant de 13 kilomètres elle ne peut être considérée que comme une voleuse d’homme à marier. De plus et pour compliquer, orpheline de père, sa mère remariée n’habite point non plus dans la localité.

François pur produit de Verdelot habite avec  père et mère au hameau de Pilfroid. Humble famille de manouvriers et de bergers, apparentée à beaucoup de famille de la vallée. La nouvelle est dure à avaler et c’est de haute lutte que François obtient l’autorisation parentale de convoler.

François, Marie Louise et le père Cré se rendent maintenant à la Ferté-Gaucher où gîte Marie Madeleine Lhuillier mère de l’imprudente engrossée.

Évidement l’affaire fut conclue au grand bonheur des deux mineurs. La mère de Marie Louise n’a par ailleurs aucun autre choix, quoi faire d’une traînée que personne ne voudrait. Sans le sou, ayant mit Pâques avant  les rameaux cette moins que rien ne peut que bénir le ciel d’être tomber dans cette famille.

Au sein de la communauté cette union maléfique est très mal vue et de joyeux quolibets accompagnent notre paysanne qui s’arrondit à vue d’œil, heureusement la parentelle fort nombreuse des Cré la protège d’outrages plus importants.

Le mariage arriva enfin et le mardi 21 mars 1775 devant une assistance nombreuse en l’église Saint Crépin et Saint Crépinien le curé marie les deux amoureux.

Les parents de François sont évidement présents ainsi que la mère de Marie Louise qui a fait le déplacement de la Ferté-Gaucher. Preuve à tous que l’union précipitée des deux amants s’est imposée à la communauté Briarde la présence du notaire Nicolas Beguin, d’Antoine Courtois bourgeois, de Louis Beschard marchand et futur maire de Verdelot ainsi que de Nicolas Neuchatel également marchand. Ces notables villageois firent taire les grincheux.

La noce fut traditionnelle malgré la difficulté de Marie Louise à effectuer le moindre pas de danse. Il était d’ailleurs plus que temps car le 29 mars cette dernière entra dans les douleurs de l’enfantement . L’accouchement fut long et douloureux, Marie Jeanne Dulphy sage femme et belle mère l’assiste de son mieux. Un être difforme sort de cette longue lutte et Marie Jeanne avant que toute vie ne s’extraie de cet amas de chair asexué l’ondoie selon les formules consacrées.

Le fruit interdit de l’amour de deux jeunes êtres, diable mérité issu du péché véniel est immédiatement cousu dans un drap. Vilain chaton ne méritant pas cortège, le petit mort né est emmené au cimetière où il est enseveli sous quelques pelletées de terre.

Un mariage et un enterrement ponctuent les débuts de cette famille qui fort heureusement ne dévia plus de la norme villageoise.

LA NUIT DE NOCES

 

Charles et Anne s’éclipsent  dans la nuit, main dans la main ils s’éloignent des flonflons du bal.

Ils décident de prendre des chemins détournés pour perdre d’éventuels poursuivants, c’est un jeu mais la tranquillité de leur nuit de noces en dépend .

Seul le propriétaire de la maison où ils se rendent connaît leur destination, il n’est pas question de passer la première nuit en commun dans leur futur domicile.

Ils arrivent enfin à destination, jetant un dernier regard dehors, ils s’engouffrent dans la maison vide qui leurs a été prêtée, ils sont anxieux, c’est une première pour eux.

Le secret a t ‘il été bien gardé, des noceurs sont certainement à leur recherche.

Charles peut maintenant enlacer sa femme, elle lui appartient et peut en disposer.

Le terme disposer est certes fort, mais j’entends par cette expression que la femme qui était sous la tutelle juridique de son père est maintenant sous celle de son mari. Je n émets pas l’hypothèse que les femmes étaient systématiquement soumises à l’homme sexuellement.

La recherche des mariés par les convives est une tradition qui perdure encore

Cette nuit de noces ils en ont rêvé,Charles a 27 ans et cette abstinence lui pèse, elle a 22 ans et ses sens sont en alerte.

Charles vérifie le lit, il n’y a pas de poil à gratter, ni de grelots attachés au lit, personne n’a donc percé le lieu de leurs futures étreintes.

Nos  paysans sont un peu empruntés, vierges tous les deux, il leur faut se découvrir.

Tout habillés ils se couchent et s’enlacent, leurs lèvres se rejoignent et leur langue dans un duel sans merci s’affrontent en un combat délicieux.

Charles le paysan aux mains calleuses caresse doucement les jambes de son épouse, sa main s’aventure sous la robe et remonte vers le saint lieu.

Il est temps maintenant de se dévêtir, Charles emprunté, délace le tablier et la robe de sa femme, elle est maintenant en chemise, offerte et se glisse dans le lit.

La chandelle éclaire de sa faible lueur son homme qui se déshabille, ce n’est pas le premier homme qu’elle voit se dévêtir, mais ce n’est pas son père ni son frère qu’elle observait à la dérobée mais l’homme qui va bientôt la posséder.

Charles la rejoint dans le lit et reprend ses caresses. Il trousse maintenant sa belle et atteint rapidement l’humide toison. Anne se fait chatte et miaule de plaisir.

Il est temps que les amoureux se rejoignent.

 

L’âge tardif des mariages était dû simplement aux problèmes matériels que posaient une union, réunion d’une dote suffisante, possibilité de logement, morcellement des terres.

De plus les unions tardives retardaient d’autant les naissances, c’étaient en quelques sortes un moyen contraceptif.

Les paysans de l’époque se mettaient rarement nus, même pour l’amour et la toilette. Il faut bien s’imaginer que chaque maison était peuplée au maximum de ses possibilités,  plusieurs générations et le plus souvent dans des maisons à pièce unique. Les gens ne se baladaient donc pas tous nus chez eux et ne faisaient l’amour que sous couvert de leur alcôve.

Les paysans avaient une connaissance sexuelle très limitée dans l’aspect physiologique , ils savaient comment faire car les animaux leurs servaient d’exemple. La jouissance féminine n’était pas connue et les curés répétaient tout au long de leurs sermons que les rapprochements entre hommes et femmes ne servaient qu’à la reproduction. Mais ne doutons pas que certains couples devaient y prendre plaisir .

De plus certaines positions étaient, disons déconseillées par l’église ou simplement par la coutume. La position more canino ( levrette ) rappelait celle des animaux et la position d’andromaque était réputée pour empêcher la procréation ( la femme chevauche l’homme ).

Je ne sais évidement pas si les paysans suivaient ces préceptes, l’interdit comme maintenant donnait certainement une pimentation aux rapports

Charles aux combles de l’excitation,  déflore sa belle.

L’étreinte est rapide tant le désir est fort.

Au vrai ils attendaient ce moment depuis fort longtemps, car Anne était promise à Charles depuis presque 2 ans, ils avaient tous les deux résistés à la tentation, ayant simplement échangés des baisers langoureux et de fortes caresses.

Nos ancêtres arrivaient- ils vierges au mariage, l’examen des registres paroissiaux indique que cela n’était pas toujours le cas et que bon nombre de naissances arrivaient rapidement après l’union.

Mais le poids de l’église et des traditions faisaient qu’il n’était guère recommandé de passer à l’acte avant le mariage.

La virginité imposée à la femme jusqu’au mariage est le fait des sociétés patriarcales et de la dépendance ou elles sont tombées. Dans les sociétés matriarcales les femmes choisissaient librement leur partenaire.

Selon Saint Augustin, une femme violée ne perdait pas sa virginité, car pour la perdre le consentement devait être mutuel entre la femme et l’homme. On voit donc que la perte de l’hymen aux yeux des maitres de la pensée chrétienne passait au rang secondaire.

Comment faisaient ils pour résister à la tentation.

Chez les hommes qui ne couraient guère de risque, le recours à la prostitution était possible, mais  il était plus facile de rencontrer une prostituée en ville qu à la campagne et de toutes manières il fallait pouvoir la payer ce qui en ces temps de non circulation monétaire n’était pas facile.

Restait bien sur l’onanisme qui était gratuit mais aussi interdit par l’église.

Petit rappel l’onanisme est la masturbation et vient d’Onan fils de Juda qui ne voulait pas ensemencer la veuve de son frère Er comme la tradition les obligeait, il préféra donc jeter sa semence à terre ( ancien testament ).

Rappelons que l’église considérait comme masturbation toute éjaculation en dehors du vagin donc  » le coit interruptus  ».

La masturbation féminine entrait pour le moins dans l’interdit total.

Mais ne doutons guère que les jeux de séduction de nos ancêtres amenaient ce genre de pratique et que solitaire ou en couple à la faveur de l’obscurité ou dans l’isolement d’une grange nos grands parents succombaient à ces jeux sans risque.

Voir en Vendée le Maraichinage

Charles brisa l’hymen d’Anne et quelques gouttes de sang parsemèrent les draps immaculés, la réputation d’Anne Cordier serait intacte et la virilité de Charles Beaumont vérifiée. Il n’avait pas l’aiguillette nouée et aucun sort ne lui avait été jeté. Notre malin vigneron avait mis le pied sur la robe d’Anne pendant la lecture de l’évangile empêchant ainsi le malin de monter.

Ne pas pouvoir honorer sa femme était considéré comme un déshonneur et pouvait conduire à une annulation et à un charivari. Une femme non vierge pouvait également être répudiée.

Malheureusement la rupture de l’hymen ne prouve pas forcement la perte de la virginité et la rupture de celui ci ne conduit pas obligatoirement à des saignements, des embarras devaient donc se produire qu’en la preuve indubitable des saignements n’était pas fournie.

Charles et Anne heureux s’endormirent dans les bras l’un de l’autre, ils savaient qu’une partie de la noce les cherchait et que le repos serait de courte durée.

En effet les premières lueurs de l’aube ne s’étaient pas encore levées qu’un joyeux tintamarre se produisit et qu’un groupe de noceurs, fort avinés ,pénétra dans la chambre nuptiale.

L’un d’eux tient un pot de chambre ou flotte une mixture nauséeuse. Les mariés en chemise se lèvent et sous les encouragements du groupe boivent le breuvage. Anne commence et Charles poursuit ainsi que l’ensemble des convives présents. Maintenant l’un des drôles soulève le drap sous les rires et les applaudissements pour vérifier l’accomplissement du devoir conjugal. Anne rougit et en est humiliée mais la tradition a ses lois. Le drap ne sera pas exposé à la fenêtre.

La tradition du pot de chambre viendrait de la région aveyronnaise et a comme symbolique le passage de l’enfance à l’age adulte et de la condition de célibataire à celui de personnes mariées.

Le couple est en ces époques le pivot de la société paysanne.

La recette du contenu du pot de chambre varie d’une région à une autre et a perduré jusqu’à nos jours. Tombée en désuétude cette tradition à tendance à revenir en force.

Dans la Brie la recette était faite de vin chaud et de pain trempé et s’appelait la  »rôtie  »

L’exposition du drap pour prouver la virginité et la consommation du mariage existe encore dans certaines sociétés. Elle n’était semble t ‘il que très peu pratiquée dans la Brie.

Après avoir fait ingurgiter la rôtie aux mariés, les noceurs allaient chez les différents convives boire le  » lait boullu  » puis allaient se reposer un peu avant de reprendre les agapes du 2ème jour.

Charles Beaumont et Anne Cordier eurent 9 enfants et je descends en droite ligne de ce couple de vignerons Briard.

Anne mourut épuisée par ses nombreuse grossesses et par la rude vie paysanne à l’age de 46 ans, mais Charles tel un vieux cep de vigne vécut jusqu’à l’age fort respectable pour l’époque de 85 ans.

Il porta même dans ses bras ses arrières petits enfants, chose assez rare au siècle des lumières.

Source : la Brie d’autrefois de jules Grenier

Pour se donner une idée des jeux de l’amour avant le mariage  lire mon précédent article :

https://pascaltramaux.wordpress.com/2016/11/18/le-maraichinage-de-la-coutume-ancestrale-a-la-liberte-sexuelle/

 

UN MARIAGE D’AUTREFOIS

Église saint Sulpice dominant le village

Le jour n’était pas encore levé que déjà le cortège se mettait en branle. Pas une âme qui vive dans l’aube froide de ce matin d’hiver, le village est morne et silencieux.

Plus pour très longtemps, Charles donne le signale, aspirant au mariage , il se doit d’aller inviter les derniers convives de sa noce.

Le violoneux et le joueur de fifre ouvrent le chemin et font entendre leurs notes joyeuses au bourg de Saint-Loup-De-Naud. Ils remontent de Courton le bas jusqu’aux premières maisons blotties aux pieds de la vénérable église. Le groupe est conduit par le futur, d’une famille de vignerons implantée depuis des temps immémoriaux sur les collines du village , il a 27 ans et se nomme Charles Beaumont.

Sa promise se nomme Anne Cordier, elle a 22 ans et est issue d’une famille vigneronne. Tous deux de la paroisse, ils se connaissent depuis toujours.

Les mariages en cette époque relevaient le plus souvent d’un accord entre deux parties. Un contrat passé devant notaire tenait lieu de mariage civil et était aussi important que le mariage religieux.

Le mariage entre Charles Beaumont et Anne Cordier était doublement endogame. Endogamie régionale car de la même paroisse et endogamie professionnelle car les deux familles étaient vigneronnes.

Les vignerons Briards possédaient leurs propres parcelles, mais leur taille très réduite ne permettait pas le partage. Pour préserver le patrimoine familial et l’arrondir éventuellement il fallait donc que les jeunes se marient aux grès des intérêts de l’ensemble des fratries.

Dans un joyeux tintamarre, ils arrivent à leur première destination, les musiciens entament une aubade de circonstance et Charles pénètre à l’intérieur de la maison.

Le propriétaire des lieux n’est nullement surpris d’une telle intrusion matinale, il en est fort content et offre le coup à toute la troupe de joyeux drilles.

Il a été convié par Charles au déjeuner d’avant noces qui a lieu à 8 heures et à la noce elle même qui se déroulera à 11 heures.

En sortant Charles trace maladroitement sur la porte que l’aubade y a été donné. Le cortège continue sa route et frappe à la porte de nombreuses connaissances.

A ce rythme, chacun est fort énervé du vin briard.

Toute la noce n’était évidemment pas invitée de cette manière, la plupart étaient prévenus à l’avance.

Mais il ne fallait pas froisser les sensibilités et n’oublier personne, car le ressentiment en était très fort.

Au vin depuis l’aube les garçons arrivèrent fort échauffés à la maison, le barbier qui officiait depuis un bon moment déjà, les attendait dans un coin de la grange. Les femmes étaient déjà prêtes à servir le déjeuner.

Les noces paysannes se déroulaient sur 3 ou 4 jours. Le mariage avait lieu traditionnellement en Janvier ou Février ou après les travaux d’été. Il n’était jamais pratiqué en décembre pendant l’avent, ni en mars,  ni avril pendant carême.

Faire maigre pendant une noce et ne pouvoir goûter au fruit tant attendu ne pouvaient se concevoir.

Pendant l’été, les travaux des champs n’autorisaient guère de faire la noce pendant 4 jours.

Le choix du jour était aussi important, pas le vendredi, ni le samedi à cause de la passion du Christ.

Le dimanche était jour du seigneur. Il restait si l’on voulait faire une belle noce le lundi ou le mardi.

Les Beaumont et les Cordier se sont accordés pour le Mardi 27 janvier 1717, comme cela la fête se prolongera jusqu’au jeudi et les préparatifs se feront le lundi.

Toute la noce est maintenant arrivée , le déjeuner prélude au festivité a été préparé depuis la veille par les femmes de la maison et particulièrement par les sœurs des futurs, Marie Mauretour et Magdeleine Bodot, les mères respectives étant décédées.

Cette mise en bouche festive est composée d’abattis, c’est à dire de tous les restes des volailles qui seront servies lors des prochains repas. Les têtes, les cous, les ailes, gésiers, crêtes de poulet et testicules de poulet ( rognon blanc ), préparés en ragoût, mettent l’ensemble des convives dans le ravissement le plus complet.

Anne dans sa belle robe rouge se voit offrir par les jeunes filles du village des fleurs qui viennent agrémenter son joli bonnet, Charles qui est du village se voit offrir des fleurs rouges ornées de rubans multicolores.

Au 19ème siècle apparaîtront les fleurs d’oranger signe de la pureté virginale, au 18ème siècle les fleurs de ce type n’existaient pas dans la campagne Briarde. Les fleurs offertes représentaient plus la joie et l’honneur que la pureté.

Il faut signaler que le bouquet n’est offert à l’homme que si il est du village. Même si il ne vient pas de très loin, il est quand même un étranger qui vient ravir une épouse potentielle.

Il faut maintenant partir à l’église, le cortège se forme, il n y a pas long de Courton le Bas à la magnifique église de Saint Loup. Chacun a revêtu ses plus beaux atours et la musique en tête, la noce s’ébranle. Les habitants du village sont tous dehors et félicitent chaleureusement Charles et Anne. Bons nombres viendront ce soir danser avec les convives, un mariage en cette époque est affaire de tous.

Le curé Pouget les attend sous le porche à étages, ouvert sur trois faces par une grande arcature.

Devant les six statues qui encadrent la porte, le père invite la noce à pénétrer dans le sanctuaire.

Mariage de paysans dans une église de roi, l’endroit est magnifique, planté fièrement sur la colline depuis le 12ème siècle ce chef d’œuvre de l’art roman dédié à l’évêque de Sens Saint Loup forme un écrin idyllique à cette future union.

Les jeunes filles de la noce et la fille d’honneur offrent le bâton de la vierge à la mariée, tous de concert se portent jusqu’au chœur.

Le curé bénit l’union de Charles et d’Anne, le bâton lui est ensuite enlevé et le mari lui passe l’anneau nuptial.

Le sacrifice est consommé les deux époux s’agenouillent sous un drap tendu par les garçons de la noce.

Le prêtre bénit les des jeunes épousés sous cet abri.

Image un peu plus tardive mais qui donne une idée exacte d’un mariage sous le drap

Le bâton de la vierge est une bannière représentant la vierge, qui se portait aussi pendant les processions

L’usage de se faire bénir sous un drap s’appelait faire une cérémonie sous le poêle ( de pallium, pièce de tissu rectangulaire )

Pour les chrétiens il symbolise la nuée lumineuse, c’est-à-dire la manifestation de la protection glorieuse de Dieu et montre l’attachement entre les 2 mariés et leur appartenance réciproque.

Dans les débuts de la chrétienté  le mariage se faisait au domicile avec les parents, puis les 2 époux étaient conduits sous un voile devant un prêtre qui effectuait la bénédiction nuptiale.

Cette cérémonie a perduré jusqu’au 20ème siècle dans certaines régions et dans divers pays.

La cérémonie est maintenant terminée, Charles et Anne sortent de l’église, sous le porche la foule se presse, une grande partie du village se trouve réuni, les Beaumont et les Cordier sont apparentés à grand nombre de famille.

Sous les cris une cousine d’Anne s’approche avec une bassine remplit de bouillon épicé, Marie lui tend une cuillère crénelée et l’invite à boire le breuvage, le marié en fait bientôt autant et à la suite l’ensemble de la noce. L’atmosphère est joyeuse et chacun se réjouit de la journée festive qui s’annonce.

Ce breuvage s’appelle le bouillon de la mariée, but avec une cuillère délibérément coupante il symbolise les difficultés de la vie que la mariée déjouera avec adresse et sagacité.

La journée continue par les réjouissances mais un petit cérémonial est encore prévu, le cortège s’ébranle au son du violon et du fifre, Charles prend Anne par le bras.

La destination est la demeure paternelle de l’épouse. Arrivée sur place Anne se détache et frappe à la porte close.

  • Père ouvrez moi.
  • Non vous n’êtes plus de cette maison.
  • Je suis votre fille, laissez moi entrer.
  • Si vous voulez entrer, il vous faut alors chanter.

Anne s’exécute alors.

Je suis mariée,

vous le savez bien.

Si je suis trompée,

vous n’en saurez rien.

Ouvrez moi la porte,

je dînerai bien.

Ouvrez moi la porte,

Je vous aimerai bien

etc

La porte s’ouvre enfin et chacun y pénètre, pour se faire servir à boire.

Nicolas Cordier vigneron met en perce pour la circonstance un tonneau de sa production et devant la maison dans le pré les premiers pas de danses s’esquissent en attendant le dîner.

Petit intermède, qui vient rappeler que la jeune fille n’est plus sous la tutelle du père mais sous celle du mari.

Vers 2 heures de l’après midi, on passe à table, les mariés président entourés de la famille la plus proche.

Le repas est gai, mais les jeunes préfèrent la danse, pendant que les plus anciens échauffés par le vin entonnent des chansons paillardes.

Dans le pré, sous l’œil attentif mais compréhensif des aînés des premiers rapprochements se forment augurant de prochains mariages.

Certains plus délurés échappent aux regards et vont se bécoter dans la paille. Combien de petits vignerons Seine et Marnais seront issus de ces tendres enlacements ?

L’heure du souper arrive bientôt, l’appétit aiguisé par les airs endiablés du violon, la noce se met à table de bon cœur. A vrai dire certains ne l’ont pas quittée et sommeillent déjà sur leur chaise dans les bras de l’ivresse.

Charles revêt un tablier et se met à servir, c’est une obligation d’hospitalité, bien sur le service sera effectué par des jeunes garçons du village.

On donnait à ses serveurs le titre de Calvin, c’était une allusion blessante au grand réformateur. Le service dans une noce était considéré comme un ouvrage de chien et l’on attribuait volontiers au protestant l’épithète de  » chien de Huguenot  ». On appelait donc les jeunes qui effectuaient ce service de chien des Calvin.

Bien sur cette tradition n’existe plus et de toutes les noces ou j’ai participé en Seine et Marne jamais je n’ai entendu ce vocable.

Charles et ses Calvin font le service, les plats s’égrainent et le petit vin briard fait son effet.

Les couplets coquins s’enchaînent et tout le monde est fort joyeux.

Au milieu de la nuit un vacarme se fait entendre et une voix psalmodie

  • Ah ben l’bonsoir, la sainte hotée

  • Ah ben l’bonsoir, la sainte hotée

puis un chœur reprend

  • Que l’guillonneau nous soit donné dans vot’e maison

s’ensuit une chanson ou le chœur, puis les mariés reprennent des couplets, puis Charles laisse entrer la troupe chantante. Jeunes filles et garçons du village  ,ils ont revêtu les pires oripeaux et se sont fardés de farine et de suie.

L’un d’eux porte une hotte de vigneron et entame le tour de la table, les convives versent dans le panier les restes alimentaires du repas, agrémentés de bouteilles de vin cela va s’en dire.

Une fois chargée la troupe s’en va partager le repas ainsi constitué, Charles comme de coutume les invite à poursuivre le bal avec la noce.

Aucun paysan n’aurait refusé l’accès au Guillonneau, cette tradition bien ancrée faisait aussi référence à l’hospitalité.

Guillonneau est l’action de guillonner et dérive du mot guinauder qui veut dire mendier.

Puis vint le moment tant attendu de la vente de la mariée, tout le monde est surexcité, un garçon du village qui par ailleurs se serait bien marié avec Anne prend la tête des opérations. Une première enchère arrive, chacun maintenant se dispute la possession de la mariée, les anciens, les femmes et les jeunes garçons se livrent une bataille acharnée. Les commentaires grivois fusent et Anne est rouge de confusion. Charles n’est guère satisfait de la tournure prise, quelle tradition idiote, on se croirait à la foire aux bestiaux ou au marché aux esclaves.

La fin de la vente approche, il n’y a plus d’enchérisseur, un grand benêt de Colombe le village d’à coté, un peu cousin par la mère de la mariée obtient la femme convoitée.

Anne est maintenant prisonnière et Charles doit verser une rançon pour la délivrer, le groupe de turbulents fait monter la somme. Le marié commence à s’énerver et chacun comprend.

La somme demandée est récupérée puis donnée aux demoiselles d’honneur pour l’acquisition de dragées.

Charles a enfin récupéré sa femme et l’invite à danser.

La tradition de la vente de la mariée s’est perpétuée dans la vente de la jarretière. C’est un peu le même principe, des enchères orchestrées par un convive et une robe qui monte ou qui descend en fonction du sexe de l’enchérisseur. La jarretière est un élastique qui autrefois retenait les bas. Elle est placée très haut sur la cuisse et bien sur l’intérêt est que celle ci se dévoile. Si l’enchère finale est remportée par une femme la jarretière reste en place, si un homme gagne il doit enlever le galant élastique lui même.

Bien sur suivant le degré éthylique les propos deviennent un peu osés, cette tradition qui pour être gênante pour la mariée avait l’avantage de garnir la corbeille des mariés de quelques billets.

Bientôt tombée en désuétude et sous le coût des féministes qui trouvent avilissant cette remontée de robe et le dévoilement d’un carré de soie blanche.

Charles et Anne réussirent à s’éclipser, mais échappèrent -ils à l’œil vigilant des noceurs qui guettaient leur sortie.

La noce se poursuit généralement le lendemain, voir le surlendemain, toujours sous le même schéma, danses et ripailles. La noce se déplace également chez les invités des villages voisins où ces derniers sont tenus d’ offrir une tournée de vin Briard. Les convives s’en allaient traditionnellement au bourg pour offrir quelques ustensiles ou babioles. Les moyens financiers de chacun étaient fort réduits voir inexistants, mais c’était symbolique et tout le monde s’y prêtait.

LE MARAICHINAGE, DE LA COUTUME ANCESTRALE A LA LIBERTÉ SEXUELLE


bourine

Bourines Vendéennes

Marie habitait dans une bourine perdue au milieu des marais, en ce dimanche de mai 1889 elle allait profiter d’un moment d’intimité pour faire un brin de toilette hebdomadaire. Son père et son frère étaient partis s’occuper des bêtes, qui même en ce jour du seigneur requéraient des soins.

Marie alla puiser de l’eau au puits et revint s’installer dans l’unique pièce de la maison.

Elle commença ses ablutions par le visage, de l’eau claire et un chiffon, elle se dévêtit le haut du corps ne le  dévoilant que par morceau, l’entière nudité n’étant point de mise. Après s’être vivement frottée , elle releva son cotillon et fit une très brève toilette intime, seules les filles de mauvaises vies insistaient sur cette partie du corps.

Toute propre elle mit ses atours du dimanche et qu’en revinrent les hommes elle était prête pour se rendre à la messe.

Mais toute dévote qu’elle était, Marie attendait avec impatience un autre moment, en effet dans cette région de Saint Jean de Mont il était de tradition d’aller  » Pêcher les Galants  ».

Les hommes de la maison n’allant pas à la messe, mais directement au cabaret, Marie orpheline de mère s’y rendit avec  son amie Jeanne qu’elle prit sur le chemin menant au village.

maraichine

 

Munie de son grand parapluie, de son tablier neuf et de sa belle coiffe elle courra presque jusqu’à l’office.

La corvée expédiée elle sortit de l’église et se rendit sur la place du village en compagnie des autres jeunes du village.

Commença alors une étrange parade où les jeunes filles bonnes à marier allaient commencer la pêche aux galants.

Alors que Marie déambulait avec Jeanne dans le village elle sentit qu’on la tirait violemment par le jupon, heureuse elle se retourna pour se retrouver nez à nez avec Jean. Sa déconvenue fut grande car elle pensait se retourner sur Pierre à qui elle avait promit sa journée.

tirage-jupon

 

Jean n’était pas un inconnu pour elle, car la semaine précédente elle avait fait  » lambiche  » avec lui pendant 2 heures au cabaret.

La pratique ne lui avait guère plut et Jean ne serait pas son promis.

Il est temps d’expliquer maintenant cette coutume étrange du pays de Mont en Vendée et que pratique tous les jeunes des environs comme l’avaient d’ailleurs pratiqué leurs parents avant eux.

C’est ce que les bourgeois des villes appelèrent le Maraîchinage car pratiqué par les Maraîchins. Les intéressés eux mêmes utilisant le terme faire lambiche.

Cette habitude venue du fond des ages consistait en un accouplement bucco lingual pratiqué en toute liberté en pleine rue, à la foire ou au cabaret.

Nous appellerions maintenant cela se  » rouler des pelles  ».

Cela durait des heures et se voulait une sorte d’essai avant des noces éventuelles.

Un certain cérémonial entourait ces rencontres.

Marie s’était laissée entraîner au cabaret la semaine précédente par le Jean.

Le propriétaire du cabaret avait aménagé une pièce pour les adeptes du Maraîchinage, quelques bancs, des chaises.

 

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Y m’doute que tan dis pas vraie. Enfonne, si te m’aim crache mé den la goule

 

Ils avaient donc rejoint la jeunesse du village et avaient pris place l’un en face de l’autre sur un banc.

Après quelques béquets  » More Columbino  » Jean et Marie s’étaient accouplés avec leur langue en un long cataglottisme. Il en avait manifestement tiré du plaisir, elle était restée de marbre et au bout d’un temps raisonnable mit fin aux embrassades.

Les filles du pays pouvaient en toute tranquillité essayer plusieurs partenaires, sans que cela ne choque le moins du monde.

Imaginé parents du 21ème siècle, votre fille, effectuer devant vous ce genre d’essai avec un partenaire différent chaque dimanche.

Lorsqu’elle s’aperçut que Jean retentait sa chance elle se mit à hurler et brandit son immense parapluie. Jean au centre de l’intérêt général lâcha Marie et penaud partit dans la direction opposée.

On voit donc que le parapluie au mois de mai avait une première utilité, à savoir chasser l’opportun.

Marie continua sa promenade et vit enfin Pierre arriver sur la place, cérémoniellement il vint tirer sur sa robe et mit sa main gauche sur son épaule droite. Marie se laissa faire et Pierre lui passa son bras gauche autour de son cou.

Ils se rendirent au cabaret et Pierre offrit un café à Marie, puis le manège commença et les langues se trouvèrent.

Les 2 tourtereaux se trouvèrent à leur goût et la joute dura presque 4 heures.

Épuisés mais heureux il fut décidé que Pierre raccompagnerait Marie dans les marais.

On imagine bien l’ambiance régnant dans la pièce avec tous ces jeunes couples dans la force de leur jeunesse s’embrassant pendant des heures.

A quelques pas du village un petit pré protégé des regards par un mince talus, abritait déjà 2 couples en pleine action, nullement gênés par l’arrivée de Pierre et Marie, ils continuèrent leurs roucoulades. Visiblement ceux ci n’en n’étaient pas à leur première rencontre car on pouvait apercevoir tranchant avec le vert tapis de mousse une blanche cuisse avidement explorée par un jeune maraîchin

Théoriquement, les couples s’arrêtaient au baiser intrabuccal, mais !!!

Marie ouvrit son parapluie et les deux amoureux reprirent leurs baisers, Pierre n’en obtint pas plus avec ce premier rendez vous.

Il raccompagna Marie à proximité de sa maison.

C’est fort excité que chacun regagna son logis, en s’étant promis un prochain rendez vous.

Voila l’explication d’un parapluie en été, les maraîchines se cachaient des curieux par ce moyen, beaucoup plus efficace que l’antique rabalet des maraîchins ( chapeau ).

Les parapluies de couleur violet poussaient donc toute l’année le long des talus et des chemins.

Paravents dérisoires, peut être, mais le tout à chacun savait ce qui si passait dessous et la tranquillité était coutumièrement acquise.

Il est à signaler que les galants invitaient les filles même devant les parents, car je le répète cette coutume n’avait que pour but de trouver un mari et les parents au courant de la coutume puisque l’ayant pratiquée ni voyaient rien à redire.

Transplantez vous à notre époque et imaginez votre fille tirez par sa robe s’en allant embrasser un garçon en pleine rue pendant des heures.

Lorsque la fille acceptait de se faire raccompagner presque chez elle, il y avait acceptation tacite de la liaison.

Les rendez vous succédèrent au rendez vous et Marie connue bientôt par cœur la bouche de son amoureux, au bout d’un moment les mains de Pierre se firent tactiles, Marie se laissa faire mais exigea de se rendre dans les chambres du cabaret dédiées au maraîchinage.

Eh oui vous avez bien lu des chambres avec plusieurs lits et des chaises étaient mises à disposition des clients, imaginez les ennuis que s’attireraient un patron de bar à l’heure actuelle.

Marie et Pierre s’installèrent donc, l’intimité était toute relative, mais chacun se préoccupait seulement de ses affaires, et comme sous leur parapluie, les amoureux étaient seuls au monde.

Pierre qui avait promis mariage à Marie eut droit de parfaire sa connaissance du corps de Marie.

Le temps passa, les 2 amoureux était maintenant liés et les noces prévues.

Le maraîchinage continuait mais Pierre et Marie cherchait maintenant des endroits beaucoup plus discrets . Un dimanche après vêpres dans une grange déserte le jeux continua. Excitée par l’échange de baisers langoureux, Marie se retrouva naturellement le jupon relevé, Pierre trouva la toison humide de Marie fort à sa convenance et s’aventura à explorer son jolie petit bouton.

Passer sa main par le trou du cotillon de la jeune femme et lui caresser le sexe s’appelait faire miguaillère.

 » Fourr ta main dans ma miguaillère,  tu verras tio p’tit merlaudia

 

L’excitation était à son comble et Marie éprouva une certaine confusion au ravissement de Pierre.

La réunion des corps amenait parfois à la masturbation de la femme par l’homme, alors que le contraire n’avait  » apparemment pas lieu  ». Les médecins de l’époque pudique évoquent simplement quelques sensations voluptueuses ou une simple sécrétion du prépuce.

Je veux bien croire nos médecins du 19ème siècle, mais ces excitations mutuelles  ne devaient  pas être  facile à gérer pour un jeune homme .

Le coït était par contre assez rare en théorie, rappelons le encore une fois le maraîchinage normalement s’arrêtait au baiser lingual.

Pierre et Marie surent restés sages (enfin presque et finir leur découverte mutuelle pendant leur nuit de noce ).

Apparemment ces pratiques n’amenèrent pas une augmentation d’enfants naturels. Des mariages étaient disons le parfois un peu précipités, mais la morale toujours respectée.

Ce becquetage était un véritable jeux sexuel, qui je pense n’a guère d’équivalent à notre époque de soit disant grande liberté.

Bien sur les curé faisaient grise mine et les bourgeois bien pensant et coincés criaient à l’impudicité, ( ces derniers allaient contrairement aux paysans voir des dames tarifées. )

Certains maires tentèrent de l’interdire, mais le maraîchinage coutume ethnique résista et mourut bien plus tard de sa belle mort.

PETITE POÉSIE SUR LE SUJET

Deux par deux, fille et garçon, chacun sa chacune.

S’en vont les jours de pardon, le long de la dune.

Fuyant l’affreux cabaret, à la pièce close.

Ils préfèrent leur marais à l’aspect morose

Lui prend tendrement sa main, frôle son corsage.

S’apprête le maraîchin, au maraîchinage.

Elle porte un parapluie,suivant la coutume,

pour préserver de la pluie son joli costume

Ou plutôt pour abriter, leur chaude tendresse

Car l’hiver comme l’été, le doux nid se dresse.

Ils s’assirent sur le rebord d’un fossé sauvage.

Lui se penche sur le bord du jeune visage.

Il embrasse vivement la lèvre charmante.

Et un doux frémissement, agite l’amante.

Elle se livre affolée, à cette caresse.

Qu’elle rend à la volée avec allégresse

SOURCES  : –  Cartes postales, collection archives départementales vendéennes.

                       – Docteur Bartoux, Le Maraichinage, coutume du pays de Mont ( Vendée), Paris 1906.

                       –  La France médicale 1905.

                       – Ensemble des documents consultables sur Gallica.

Si vous connaissez une pratique similaire dans une autre région faites le moi savoir…..

VIERGE AU MARIAGE OU PAS ?

PHOTO 1 un autre 16 ème avec une de mes 8 èmes

Alphonsine Bonnot, mon arrière grand mère avec  ses 2 garçons fruit de son mariage avec Louis Chanu et Thérese Bonnot ma grand mère maternelle. Photo prise à Sablonnières 77 ou à La Chapelle Véronge  77  vers  1902

 

En théorie nos aïeux devaient arriver chastes au mariage, ( surtout les femmes d’ailleurs ). Mais comment des jeunes hommes et des jeunes femmes en pleine explosion hormonale pouvaient- ils résister à la tentation .

L’exposition des corps nus n’était certes pas banalisée en cette époque, les mini jupes, les jeans moulant ( façon lèvre de chameaux ) n’étaient pas d’actualité. Mais l’attirance entre les êtres en était peut être plus forte. Nos paysans n’avaient qu’une envie, trousser ces longues robes et goûter au plaisir de la chaire et nos paysannes affolées par les corps musculeux de ces travailleurs manuels devaient plus d’une fois cacher leur humide confusion.

Le spectacle des animaux libres d’amour, des gémissements qui sortaient des alcôves des couples autorisés, des lavandières courbées à la rivière, des corps nus surpris à la toilette, des odeurs corporelles parfumées de foin des soirs de moisson, des corps frôlés lors des danses paysannes attisaient l’envie. Les caresses solitaires suffisaient elles à étouffer la fièvre qui montait des corps.

L’Église, avait elle au cours des siècles réussit à museler le désir des paroissiens en jetant l’opprobre sur les conséquences un peu trop visibles de ces corps fertiles et en condamnant le geste d’Onan, rien n’est moins sur.

Qu’on en juge à présent par une petite investigation dans le quotidien de mes ancêtres du 19ème siècle.

Commençons par mes arrière-grands-parents

Alphonsine Bonnot née le 27 juin 1873 à Jouy sur le Morin ( 77 ) met au monde ma grand mère Thérèse à l’age de 19 ans, elle est fille mère et ne se mariera que 5 ans plus tard.

Amour paysan, amour contraint ?

Même génération, presque même lieu.

Louise Groizier née le 25 février 1862 à Verdelot ( 77 ) met au monde un petit garçon le 9 octobre 1883, elle a 21 ans et n’est pas mariée .

L’enfant est déclaré par le grand père maternel et nommé Achille.

Elle ne reconnaît l’enfant que le 28 janvier 1884 , allez savoir pourquoi ? .

Mon arrière grand père, Jules Perrin reconnaîtra l’enfant le jour du mariage avec Louise soit le 28 novembre 1885, donc 2 ans après la naissance.

L’enfant était il le fruit d’un autre arbre ?

Sur mes 4 arrière-grands-mères, 2 n’étaient plus à l’évidence vierges à leur mariage, quand aux 2 autres avaient elles été plus sages ?

La génération d’avant est visiblement très sage, aucune consommation apparente avant le mariage , ouf l’honneur est sauf…..

Reprenons le cours du temps

Agathe François née le 5 mars 1800 à Verneuil L’Etang ( 77 ) met au monde une petite fille nommée Victorine le 31 mars 1821.

Le mariage avec mon quadrisaïeul Jean Louis Trameau a eu lieu le 27 mars 1821.

Agathe devait être un peu gênée dans sa robe de mariée et la nuit de noce a dû être calme.

J’imagine la tête du curé.

Toujours ma branche paternel

Victorine Tondu naît le 11 mai 1840 à Lizines ( 77 ), les parents se nomment Victor Tondu et Geneviève Beaumont, âgés de 27 et 23 ans, ils se marièrent le 19 novembre 1839. Calculons bien, le compte ni est pas.

Quand à mon ancêtre Marie Rose Ruffier elle fut fille mère à 2 reprises, une première fois à l’age de 19 ans et la 2ème fois à 25 ans. On peut convenir d’une première erreur mais la seconde témoigne sûrement d’un tempérament hors du commun.

Laissons le bénéfice du doute à mon aïeule Denise Torpier qui mit au monde en septembre 1815 un petit garçon nommé François Denis Autréau seulement 8 mois après son mariage avec Jacques Denis Autréau.

Mais notre brave Denise avait 27 ans lors de son mariage que de tentation et de frustration d’attendre aussi longtemps l’amour. La question demeure, petit prématuré ou bien le feu de l’amour à la veille des noces ?

Donc 4 de mes quadrisaïeules sur 12 ont connu l’amour avant la sanctification de Mr le curé.

Je poursuivrai cette petite enquête au 18ème siècle quand mes données généalogiques seront plus étoffées.