LE BERGER ET LA FILEUSE, Épisode 18, Les prussiens aux portes de chez nous

 

Vous parlez d’une engeance, j’étais bien mieux avec mes chiens et mes moutons de plus on venait toujours me voir pour soigner quelques petits maux.

La Justine se vengea car figurez vous que le moment de la lessive étant arrivé, elle fit un tas de mes affaires et les ignora au moment de les mettre dans la buée. Au lavoir elle eut donc son heure de gloire en contant son exploit. Après quand je passais dans les rues du village j’entendais ces foutues fumelles qui en rigolant chantaient  » le père Édouard a la chemise sale  ».

Puis que faire j’avais couru mais non de non c’était point ma faute, c’était son foutu cotillon en dentelle qui m’avait retourné les sens.

La Marguerite naquit en mai 1870, aucun problème pour cette venue, apparemment nous n’en aurions pas d’autre car Justine ne pouvait plus me sentir.

Heureusement par oui dire nous avons pu placer la Eugénie comme servante dans une maison bourgeoise. Fini pour elle, les traites, le fumier, les gorets, elle s’occuperait maintenant du linge de madame, de la propreté de la maison, de la corvée de bois, elle devait même astiquer un tas d’argenterie tout pareil qu’à l’église. Ce fut pour elle un changement, il paraît même qu’il y avait une sorte de pompe qui amenait l’eau dans la maison. Le sol de la maison n’était pas en terre battue et il y avait une sorte de cabinet d’aisance ou tout le monde faisait ses besoins. Plus besoin de s’accroupir derrière un paillis ou une haie, c’était un progrès soit disant.

Il faut quand même en parler, l’événement de l’année 1870 ne fut pas la naissance de mon quinzième enfant. Nous étions sous la férule de l’empereur Napoléon, celui à la barbiche et neveu de celui qui nous avait mis dans la merde au début du siècle. Moi je connaissait sa tête car une fois on m’avait montré une pièce ou il était. J’avais aussi acheté une fois à un colporteur un espèce d’almanach ou il y avait des images de lui de sa femme et du petit prince. Il vivait aux tuileries à Paris moi qui pensais qu’un roi vivait dans un château j’en fus un peu surpris. Eh ben ce couillon il a fallu qu’il déclare la guerre aux prussiens, je vous demande un peu.

Au village lorsqu’on a appris que la guerre était déclarée on s’est rassemblé autour de l’instituteur du village le Pierre Gosselin. Il nous a expliqué le pourquoi et le comment, j’ai rien compris de cette histoire de dépêche d’Ems et de succession en Espagne. Je voyais pas bien le rapport entre tout cela et une guerre avec les prussiens, de toute façon la plus part d’entre nous on savait pas où c’était la Prussie. Nous on était Normand et on s’inquiétait de savoir si on pourrait voir arriver des ennemis chez nous.

Monsieur Gossin nous expliqua que les prussiens nous avait déjà envahis en 1814 et en 1815 et que leur roi avait même été jusqu’à Paris avec les troupes des vieux moustachus nommés  » vorwarts  »

Au vrai chacun craignait pour lui même, les moissons n’étaient point faites et certains avaient des fils dans l’armée.

Moi il n’y avait que l’Édouard qui pouvait être concerné, mais il avait tiré un bon numéro alors nous étions tranquilles.

Restait que ce grand bêta, ainsi que son frère le Henri il voulaient s’engager pour défendre la patrie.

C’est encore moi qui commandait ces deux marioles, la patrie elle avait bon dos, mais les prussiens l’étaient pas encore en pays de Caux.

De toute façon ce fut rapide, une défaite monumentale, que nous suivions avec les journaux qu’on nous lisait au café.

Le nigaud de Napoléon le petit fut même fait prisonnier, une vraie raclée.

A la capitale on proclama la république comme en l’année de mon mariage. Les combats continuèrent et des détachements de prussiens arrivèrent en Normandie. De vrais sauvages, ils réquisitionnaient nos bêtes et nos grains. Ceux qui résistaient étaient fusillés, les maisons étaient brûlées. Nos filles et nos femmes étaient forcées et la panique s’installait. Des corps francs et des soldats faisaient le coup de feu dans le bocage ce qui entraînait d’autres représailles.

Moi à la ferme je fus amputé de quelques moutons et le patron pleurnicha toutes les larmes de son corps quand son seul cheval fut volé par un officier Uhlan.

Il paraît que dans une ferme du coin une petite servante fut déshabillée et obligée de servir les officiers dans cette tenue, après la pauvrette fut livrée à une compagnie. A ce qu’on dit elle a perdu la raison. Heureusement pour nous autres aucune de mes filles n’eut à subir la soldatesque.

Je crois bien qu’Édouard et son frère Henri se sont joints à un groupe de partisans pour faire le coup de feu.

Puis au bout de quelques mois la paix fut signée, les allemands gagnaient un empereur, nous nous avions perdu le notre. Le curé nous dit que nous avions perdu l’Alsace et la Lorraine, ouf nous les Normands nus ne devenions pas teutons.

La vie continuait, moi les moutons fallait bien les faire paître et les faire se reproduire. Il est vrai que le tissage dans les chaumières s’arrêta presque de fonctionner, les communications étaient coupées, la matière première n’arrivait pas et les commandes non plus.

Beaucoup de familles se retrouvèrent dans la gêne voir dans une extrême pauvreté. Moi je ramenais mes gages mais c’était difficile, d’autant que nous aidions le Florentin et Anastasine.

LE BERGER ET LA FILEUSE, Épisode 17, Un coup de canif au contrat

 

En janvier 1868 je me rappelle mon beau père dut aller au Havre pour rencontrer un négociant en tissus, ils étaient plusieurs tisserands du village à s’y rendre pour discuter sur la baisse des prix et sur le manque d’ouvrage qui allait tous les faire crever. Il voulut que je l’accompagne.

Moi je voulais bien mais mon patron serait il d’accord, je fus surpris qu’il accepte mais il me donna quelques courses à faire.

Nous partîmes le lendemain après un bonne assiette de choux au lard, il nous faudrait bien cela pour tenir la journée de marche que nous allions faire.

J’étais un peu inquiet car Justine était sur le point d’accoucher mais bon je n’allais pas guetter au trou .

La journée fut longue et nous ne pûmes arriver avant la nuit, alors nous avons demandé l’hospitalité dans une métairie. Le couple qui la tenait partagea la soupe contre un faible écot et nous dormîmes comme des bébés dans la bonne paille de la grange.

Le lendemain, le grand port s’offrait à nos regards, moi qui n’avait vu que Fécamp je fus surpris par l’immensité des quais et par la taille des navires qui mouillaient au port. Je vus pour la première fois des bateaux avec des grandes cheminée qui crachaient fumée et vapeur d’eau. Il y en avait même un qui avait deux grandes roues sur le coté. Mais ce qui m’ émerveilla le plus ce fut un quatre mats qui mettait à la voilure. Pendant que Florentin et les autres se rendaient pour plaider leur cause moi j’en pris plein les yeux, il y avait du monde partout, des bateaux de pêche encaqués comme des sardines dansaient le long du quai. Un embarcadère où se pressait une foule bigarrée en partance pour Southampton, partout des malles avec des porteurs, des belles dames corsetées portant chapeaux. Des marins s’affairaient pour le départ, puis un coup de corne, les derniers partants se précipitèrent, le ponton fut enlevé, les bouts détachés. Le navire sans effort s’écarta et partit pour l’Angleterre.

Édouard n’a jamais rêvé de partance et de voyage lointain, il rêvassait certes en gardant ses moutons, la tête dans les étoiles mais le corps rivé à son cher pays de Caux, saoul des bruits et des couleurs, les sens en éveil,il rejoignit les autres.

Ces derniers têtes basses, s’étaient fait sèchement éconduire, moins d’ouvrage et baisse des prix.

Ils allaient crever misère ou bien devoir venir à la ville mendier leur pain et se rendre esclave dans des manufactures.

Nous repartîmes immédiatement pour pouvoir dormir en dehors de cette cité inhospitalière, aucun de nous ne fit attention aux singeries des filles de joie qui tentaient de nous aguicher.

Le lendemain chacun reprenait le cours de sa vie, moi mes moutons, ma grosse Justine et ma marmaille.

Ma pauvre n’en pouvait plus les jambes enflées le souffle court, un ventre proéminent près à éclater, elle dut se coucher et attendre la délivrance.

Osithe prit sa place sur le banc de l’ouvrage, les petites effectuaient les tâches ménagères et se relayaient au près de la parturiente.

Anastasine pour ne rien arranger venait d’attraper une mauvaise toux et aucune décoction n’en vint à bout, elle se traînait et aurait bien dû aussi se coucher.

Pourtant l’accouchement se déroula sans problème et petit Louis vit le jour, un beau petiot né coiffé.

Justine en un soupir me dit, mon homme tu me toucheras plus, temps que j’aurais mes jours. Cause toujours tu m’intéresses, je ne la contrariais pas mais dès les relevailles, ma foi j’y goûterai à nouveau. Ce qui fut dit fut fait, La Justine maugréa, tempêta, essaya de calmer ma fougue par des caresses mais rien ne m’en détourna. Ce fut comme cela que je lui fis le quinzième. Nous allions devenir la plus grande famille de Bec de Mortagne.

En fait ce ne fut qu’un éternel roulement, un drôle poussant l’autre ou plus précisément le chassant.

Les grands ou plutôt les grandes s’occupant des petits. Les robes des unes passant sur les fesses de l’autre, les pantalons rapiécés et rallongés passant d’un garçon à l’autre. Moi au contraire de Justine je ne savais plus quels enfants j’avais placé dans telle ferme et bien évidement je me mélangeais dans les prénoms.

Car entre toutes ces naissances, le Edmond fut aussi mis au service de métayer du village. Le dimanche je vous dis que cela faisait une sacrée tablée, moi j’adorais mais Justine avait du travail en conséquence.

Bon certes Édouard et Justine venaient de moins en moins souvent, car ils étaient occupés à se trouver une âme sœur.

Mon fils pensait l’avoir trouvée mais avant de déclarer sa flamme, il fallait bien garnir son gousset, ma fille je ne crois pas qu’elle fut intéressée par l âme des garçon mais plutôt par une autre partie légèrement plus terre à terre.

Je vous ai conté que j’allais voir de temps à autre la petite Eugénie et que je me renseignais auprès de la fermière si tout allait bien.

La petite qu’était bien futée se demanda pourquoi je venais la voir alors que je ne me déplaçais pas pour les autres. Un jour ou le fermier était à la foire, nous étions allongés dans un pré bien à l’abri des regards nous occupant des jeux de l’amour. La curieuse s’approcha et stupeur vit ce qu’elle ne devait pas voir. Je n’eus aucun argument pour ma défense et un dimanche la pie délivra son secret.

Ce fut un joyeux tintamarre, tout vola dans la maison, je me fis agonir de gros mots et la Justine en pleureuse avisa le voisinage.

Il y eut deux camps résolus, les hommes qui comprenait mes misères, car après tout entre toutes ses maternités, ses retours de couche ou bien la période des Anglais moi pauvre malheureux j’étais presque contraint à aller voir ailleurs. De l’autre coté les femmes prenaient fait et cause pour Justine . Il n’y eut qu’une femme pour prendre ma défense et ce fut celle de la petite servante devenue métayère que j’avais prise lorsque j’étais grand valet à Fongeusemare

Malheureusement il y eut des conséquences, le fermier n’approuva guère de porter des cornes, et il mit une belle volée à sa femme. Quand à Eugénie le petite cafteuse, elle fut congédiée sur le champs.

Je me retrouvais donc avec cette casseuse de mariage sur les bras, la Justine qui vivait à l’hôtel du cul tourné, le Florentin qui ne voulait plus jouer aux cartes avec moi au cabaret du village et l’Anastasine qui se signait quand elle me croisait.

LE BERGER ET LA FILEUSE, Épisode 16, Une trallée de drôles

 

Puis ce fut au Léon d’aller dans une ferme faire le petit valet, nous ne pouvions pas le garder et l’ouvrage commençait à manquer, les coûts de fabrication à domicile dépassaient ceux des filatures des villes qui avaient des métiers mécanisés.

Notre jeunesse retournait à la terre ou devait s’enfermer dans les fabriques en s’entassant dans les immeubles vétustes des grandes villes.

Justine meurtrie se refusait obstinément à moi, elle ne voulait plus d’enfant et avait encore mal. Je fus patient car ma Justine je l’aimais, mais bon la nature devait reprendre ses droits.

Maintenant que j’y pense la satisfaction des mâles est sûrement égoïste et pour nous cela tourna à la catastrophe, c’est à dire que Justine fut encore grosse. Nous étions estomaqués et même les petits sentaient que c’était un vrai drame.

Édouard était maintenant un homme, il n’était plus le petit domestique de ferme que l’on chargeait des moindres corvées, non pour la première fois il s’était gagé à la foire et ma foi avait trouvé un fermier qui voulait bien de lui. Dans le cas contraire il eut été contraint de travailler à la journée et n’aurait été embauché que pour les gros travaux. Il était vaillant mon gars , sans le sou mais vaillant.

Sa sœur la Justine avait 18 ans, belle, de haute taille, les cheveux blonds de sa mère, une poitrine fort appétissante, des fesses affriolantes et un petit air mutin qui la faisait passer pour une diablesse.

Certes elle était bonne travailleuse et ne rechignait à aucune tâche mais bon dieu quelle cavaleuse.

Au lavoir c’est tout juste si les femmes ne se signaient pas en parlant d’elle et Justine par ci et Justine par là.

Si elles avaient peur pour leur homme elles n’avaient qu’ à bien tenir leur ménage et satisfaire à leurs devoirs.

Mais le pire étaient tous les célibataires de la contrée qui lui tournaient autour, je ne savais si elle avait encore son pucelage et m’étonnerais pas qu’un jour elle nous ramène un petit bâtard.

Henri lui avait 16 ans et travaillait toujours dans la même ferme à Annouville, les métayers étaient de braves gens et la vie n’était point pénible pour lui.

Ma Osithe petite de quinze ans, espiègle, brune et noiraude comme une petite maure s’exténuait avec sa mère et son grand père au métier. Elle paraissait moins portée sur les garçons que sa  sœur.

La métier de tisserand semblait aussi destiné à mon Léon qu’ allait sur ses 13 ans, malheureusement je pense que lui aussi allait devoir trimer au cul des vaches pour qu’un de ses frères reste au foyer une paire d’années de plus

Ensuite le Edmond, 12 ans une carrure d’adulte et une cervelle de moineau, blond comme les blés , sa distraction favorite étant d’aller mirer les filles lorsqu’elles se lavaient ou qu’elles s’accroupissaient. La Justine avait beau le talocher et moi jouer de la ceinture ce petit vicelard recommençait aussitôt , heureusement il était travailleur et je lui cherchais une place dans une ferme car être cloîtré dans une pièce humide pour tisser du coton ou du lin ne lui correspondait pas du tout.

Ma troisième l’Eugénie,10 ans toute mignonne, elle aussi blonde avec des tâches de rousseur, un petit ange avec sa coiffe blanche, on lui donnerait le bon dieu sans confession et en cela on avait peut être tort. Elle aussi allait bientôt partir, je connaissais une fermière qui avait besoin d’une petite servante. Bon autant que je vous dise cette dernière est la femme à la culotte de dentelle que j’ai soignée et sans me vanter vraiment bien soignée, je me réjouissais de traiter l’affaire.  Une poignée de main, un coup de calva et la bonne fermière je lui ferais bien baisser ses affûtiaux.

Ensuite la Marie et la Léonie, 9 ans et 8 ans, inséparables, elles dormaient, mangeaient , relevaient leur robe ensemble et surtout faisaient les quatre cents coups ensemble. Elles cachaient les objets, chatouillaient les pieds des dormeurs et un jour elles avaient même subtilisé le pantalon du grand père. Il n’avait guère apprécié et les deux culs blancs avaient pris une volée d’ortie.

Pour l’instant elles aidaient leur mère à tous les ouvrages de la maison mais là aussi il faudrait bien les placer .

Ensuite il y avait la tripoté d’inutile, le Séverin qu’avait 4 ans et l’ Arsène le diablotin âgé de 3 ans, qu’est ce qu’on allait faire de ces deux sauvageons.

Donc comme je vous disais j’ai emmené Eugénie pour servir la belle fermière, je la trouvais bien petiote mais nous n’avions pas beaucoup de solution il fallait bien qu’elle se mette à travailler un jour. La ferme se trouvait à Contremoulins, ce n’était pas bien loin, la fermière n’avait toujours pas d’enfant malgré mes appositions de mains et mon autre contribution, elle nous reçut et précisa les conditions, la nourriture, les vêtements et des sabots, la petite dormirait non loin des maîtres. Son travail serait de garder quelques ouailles, de traire les vaches et de s’occuper à nourrir les gorets.

Cela faisait beaucoup pour une si petite personne et j’en fis la remarque à la fermière. C’était à prendre ou à laisser, elle mangerait comme nous mais elle travaillerait comme nous.

Avec un grand sourire elle me demanda si je voulais visiter l’endroit. Eugénie restera à nous attendre dans la cuisine.

L’étable était bien tenue, la paille était propre et une douce chaleur enveloppée dans l’acre odeur des bouses nous prenait au plus profond de nous même.

Je savais par divers racontars que son fermier l’était pas bien vigoureux et que de temps à autre un journalier de passage ou un roulier qui se rendait au Havre apportait un peu de bonheur à la patronne. Ce jour là ce fut moi qui en profitais, elle n’avait pas mis son cotillon de dentelle et elle n’eut qu’ à remonter sa robe, elle se pencha et s’offrit. Bon dieu j’y mis du cœur à l’ouvrage et je vous garantis que la bougresse avait les jambes qui flageolaient. Elle rajusta sa robe et sans plus de façon nous rejoignîmes Eugénie.

Le soir j’étais bonne aise et je m’endormais comme une souche, La Justine fut surprise que je ne lui saute pas dessus.

LE BERGER ET LA FILEUSE, Épisode 15, un accouchement dramatique

 

En parlant de bonne santé ma fille aînée en avait à revendre, elle avait quinze ans se savait jolie et rudement bien tournée. Les hommes qui gravitaient autour d’elle étaient aux arrêts comme chien de chasse devant gibier. Elle les aguichait et se moquait d’eux.

Le lendemain ce brave fermier vint me trouver dans mon pré et m’expliqua ce qui c’était passé et la conduite de ma fille. Je lui promis de régler l’affaire.

Le dimanche la Justine arriva toute guillerette, je l’attendais de pieds fermes. Je fis sortir tout le monde, seules ma femme et Anastasine restèrent. Je lui mis d’abord une taloche pour qu’elle comprenne, elle me répondit qu’elle n’y était pour rien si les hommes étaient des animaux.

Je t’en foutrais moi, je défis ma ceinture et lui fis remonter son jupon, elle hurla et se sauva dans un coin de la pièce. Je finis par la rattraper et lui remonter son cotillon, la fessée qu’elle prit, elle s’en souvint toute sa vie. Je ne l’avais jamais battue et d’ailleurs je ne l’avais jamais vue les fesses dénudées. Ma femme m’arrêta, mais croyez vous que la bougresse ferait profil bas, elle me toisa avec insolence en me souriant de toutes ses dents. Ma seule satisfaction fut qu’à la messe, elle eut du mal à s’asseoir. Son comportement à la ferme ne changea guère, il s’avérait que la petite avait le feu au derrière.

L’autre sujet d’inquiétude était la Marie Louise, la fille d’ Anastasine, elle avait 17 ans et n’était point farouche non plus, sa mère qui l’avait eu d’un militaire de passage savait de quoi elle causait car elle avait succombé au bonheur sur un paillis. Pourtant elle n’était pas une oie blanche car âgée de 31 ans. Le village en avait jasé, pour sur l’Anastasine elle aurait du mal à trouver un couillon pour la prendre chez lui avec un bâtard et avec un  age avancé. Bon le couillon ce fut mon beau père, mais il n’eut pas à se repentir, il avait trouvé la perle rare et cette femme dans la force de l’age le changeait tout de même de sa vieille.

Bon revenons à la petite qui avec la Justine ma fille faisaient les quatre cents coups à la sortie de la messe et dans les fêtes du village. Je ne sais si la Marie Louise se fit cingler les fesses par son beau père mais moi je n’ai plus jamais toucher mon insolente de fille. Elle verrait bien si il lui arrivait malheur .

En terme de malheur je fus servi car tel un métronome Justine ma femme se retrouva enceinte. Elle prit encore quelques kilos et il fallait vraiment être dans son intimité pour voir qu’elle attendait un enfant . A ce rythme nous aurions 20 , car une femme, je crois peut en avoir jusqu’à plus de cinquante ans, comme c’est arrivé à une pauvre veuve du village qui croyant être tranquille a baissé sa garde devant un journalier de passage. Ma femme à moi n’avait pas 39 ans alors vous pensez.

L’enfant arriva en juin 1866, il faisait une chaleur épouvantable, les moutons se mettaient à couvert sous les sous bois et les charretiers devaient faire de nombreux tours pour les fournir en eau lorsque j’étais trop loin de la rivière ou d’une source. Les blés étaient en avance et la moisson serait précoce.

Soit Justine avait mal calculé soit le bébé venait en avance, nous fîmes venir une sage femme, la mère Marie Gallier, elle avait assisté la majeure partie des femmes du village, pensez donc elle a 83 ans. Point du tout sénile et encore forte adroite elle installa la Justine sur son lit de misère examina la dilatation du col et s’aperçut que l’enfant se présentait par le siège ce qui n’était point bon affirmait t’ elle.

Peut être aurait on dû faire quérir un docteur, mais qu’aurait il fait de mieux que cette docte grand mère. Quoi qu’il en soit ce fut un calvaire, jamais Justine ne souffrit autant, cela dura des heures, la Marie n’en pouvait plus et la situation lui échappait.  Je courus enfin chez le docteur qui habitait au village, le temps d’atteler son haridelle et le praticien vint en aide à ma femme. Il repoussa vivement la vieille en la traitant d’ignorante et en quelques manipulations habiles avec des pinces évacua l’enfant du ventre de sa mère.

Le docteur était couvert de sang et d’excréments, Justine était déchirée du haut jusqu’en bas et victime d’une hémorragie.

Le bébé ne pleura pas tout de suite et on pensa qu’il était mort, puis vint un petit cri, d’ailleurs plus une plainte qu’un cri, le petit était vivant.

Le médecin circonspect l’examina et me dit Édouard si tu es catholique dépêche toi de faire baptiser ce petit car je ne pense pas qu’il vivra bien longtemps.

J’avais en fait peu d’inquiétude pour cet être sanguinolent et si peu vivant que je ne m’en préoccupais guère, le laissant aux mains d’Anastasine. Par contre l’état de ma femme me faisait trembler, elle était pale comme la mort, son visage était émacié et il me semblait que des filets blancs étaient apparus dans sa chevelure hirsute. Le docteur avait arrêté l’écoulement de sang et il dut la recoudre. Pendant cette opération elle hurla de douleur et nous dûmes la tenir à plusieurs.

Le médecin ne se prononça pas sur Justine, la nature ferait ce qu’elle devait faire.

Cet accouchement me coûta mes quelques francs d’économie, mais sans la présence du docteur Justine et son bébé seraient morts.

Je me rendis à l’église pour y trouver le curé, le petit Paul serait reçu le lendemain dans la communauté du seigneur. Il fallut également lui trouver une nourrice car sa mère était trop fatiguée.

La vieille Marie qui avait accouché une autre femme du voisinage s’entremit et Paul put téter un peu de lait.

Étonnamment Justine se remit sur pieds assez vite, tout du moins pour nourrir Paul mais aussi Arsène qui n’avait qu’un an et le Séverin qui n’en avait que deux.

Au bout d’un mois elle reprit son labeur devant son métier, elle n’avait point maigri seul son visage restait meurtri par l’épreuve.

Le petit Paul ne profita guère et s’en fut le 20 septembre 1866 à l’age de 3 mois, nous n’avions guère eut le temps de l’aimer.

LE BERGER ET LA FILEUSE, Épisode 14, vie quotidienne et 12ème grossesse

 

Les jours et les semaines passèrent, l’ automne revint et les moutons furent mis à la bergerie, moi tous les soirs je rentrais à la maison. Florentin en tant qu’aîné était en bout de table et moi à sa gauche, Henri et Léon seuls mangeaient à table avec nous. Edmond et Jean trop petits mangeaient avec les femmes près de l’âtre, accroupis ou assis en tailleur sur la terre battue. Bien sur Justine et Anastasine nous servaient et restaient soit debout soit assises dans un renfoncement de la cheminée.

Osithe, Eugénie, et Marie augustine ne quittaient pas non plus les robes des deux femmes. La Léonie petite dernière avait encore droit de temps en temps aux seins, mais à trois ans il fallait bien se rendre compte que cela ne pouvait pas durer. Anastasine à qui on ne la faisait pas lui dit un jour tu vas point sortir tes mamelles jusqu’à ses douze ans quand même et il est pas sur de toute façon que cela empêche d’avoir des enfants.

Elle arrêta et retomba enceinte, vraiment foutue bonne femme, en mars 1864 elle mit au monde Séverin. Le bambin se porta comme un charme et on ressortit le berceau. Nous n’avions aucun enfant à placer car Justine s’opposait à les laisser partir avant douze ans. Par contre les faire travailler au tissage ne lui procurait aucun scrupule.

Edouard et Justine revenaient chez nous le dimanche, ils avaient grandi tous deux et Justine était maintenant une femme car elle avait eu ses menstrues. La petite était bien jolie, j’espérerais qu’elle ne ferait point de sottise et qu’elle ne se livrerait pas à la paillardise avec un valet déluré .

Mais je redoutais tout autant qu’elle ne se fasse forcer par un maître libidineux et profiteur.

Sa mère lui expliqua les choses de la vie et cela ne me rassura qu’à moitié, j’avais tort car la petite serait plus dégourdie que sa mère mais j’aurais raison pour un autre point.

Ma femme devint à la suite de cette 11ème maternité encore plus grosse qu’elle n’était auparavant. Sa poitrine était énorme et tombait sur son ventre, ses mamelons sucés et resucés étaient longs comme mon pouce, des petits vaisseaux sanguins formaient comme une arborescence sur cette opulence. Son ventre rebondissait en de multiples cascades cachant en un ultime rebond sa toison brune fort épaisse. Travaillant tout le temps elle ne prenait pas soin d’elle, une toilette de chat avec l’eau du broc tous les matins, un coup de peigne avant de remettre sa petite coiffe et c’était tout .

Pour la grande toilette il fallait mettre tout le monde dehors ou du moins les garçons moi j’avais pas le droit de rester non plus car Anastasine se lavait le derrière en même temps.

Les garçons allaient chercher l’eau au puits puis  la versait dans une grande gamelle qui se trouvait dans l’âtre. Une fois chaude on la mettait dans un grand baquet, Anastasine l’ainée commençait , elle se mettait toute nue dans l’eau et ma femme lui versait de l’eau sur la tête et lui brossait le dos. Aussi maigre que Justine était grosse, une brindille et une grosse bûche. L’Anastasine elle n’avait point de seins et était plate comme une sole. Je sais car un jour j’ai zyeuté par la lucarne. Autre chose de bizarre elle n’avait qu’une misérable touffe de poil blanc en haut des cuisses, non vraiment je préférais ma grosse Justine.

Ensuite une fois qu’elle était propre, c’est Justine qui entrait dans le baquet on ne changeait point l’eau on en rajoutait et c’était les filles qui faisaient la noria avec les seaux. Une fois séchées et rhabillées les deux femmes lavaient les filles, ce n’étaient que cris et rires. Puis venait le tour des petits mâles, dans une eau enfin changée.

Moi pendant ce temps je prenais un sceau d’eau que je mettais sur la margelle et je me lavais le visage , les mains et les bras et aussi les pieds et bien sur je me rasais. Pour le reste ma sueur se chargeait du lavage. Cet été j’irais quelques fois à la rivière qui courait au bas du village, l’eau qui sortait des sources était glacée mais cela enlevait un peu de vermine qui avait tendance à s’incruster.

Le Séverin aux seins on croyait être tranquille, mais bon dieu la Justine était une vraie lapine, comment faire. Elle avait beau être solide, elle finirait bien par y passer.

En avril 1865 nous naquit un autre gros garçon que l’on nomma Arsène Auguste

A la ferme on se moquait de ma fertilité et les femmes se cachaient en me voyant en se disant entre elles que le berger rien que par la pensée il vous faisait devenir grosse. Les valets me disaient goguenard que je ferais mieux d’utiliser ma main ou de sauter en marche. Tout cela j’avais essayé mais Justine ne voulait pas et moi j’étais pas très doué pour me retenir.

Quoi qu’il en soit elle avait encore deux chiards à la mamelle. Les aînés travaillaient comme des adultes malgré leur jeune age. Léon allait prendre la place de son frère Henri au travail du tissage et ce dernier irait rejoindre la cohorte des petits esclaves dans les fermes.

Quand j’ai conduit ce petit à Annouville vilmesnil cela m’a rappelé mon premier voyage avec Edouard. Même harde sur le dos, même regard d’incompréhension lorsque je l’ai laissé avec un inconnu. Ce qui ne changeait guère non plus c’ était les conditions, le petit serait nourri, habillé, les sabots neufs seraient aussi fournis. Le dimanche et les jours fériés le gamin ferait retour à Bec de Mortagne.

C’était le destin dans beaucoup de famille, le Florentin me racontait qu’autrefois les naissances multiples étaient compensées par les morts des drôles, et que maintenant avec les progrès ils en mouraient moins. Je sais pas trop ce qu’il voulait dire par progrès, moi mes petits ils étaient jamais malades et un seul était parti, pourtant on était bien miséreux. Faut croire que nous étions de la bonne graine.

LE BERGER ET LA FILEUSE , Épisode 13, La maladie de Justine

 

Juste après Justine tomba malade, elle se mit à tousser et à avoir de la fièvre. Moi à part remettre une épaule en place, guérir une verrue ou arrêter le feu je ne connaissais aucun remède. Dans un premier temps une connaissance au Florentin tenta de la soigner avec des décoctions et des tisanes, la vieille sorcière comme on l’appelait au village était sur d’elle. Cela nous coûta un poulet et Justine qui crachait du sang faillit passer. Il fallut se résigner à appeler un médecin, celui ci arriva en calèche, chaussure de cuir, redingote, gilet de flanelle et chapeau, jamais un tel personnage était passé sous notre porte.

En pénétrant dans notre misérable demeure il fut pris d’un haut le cœur et sortit son mouchoir blanc immaculé pour se protéger le nez. Bien délicat le carabin aux mains blanches, certes la Justine sentait pas bien bon, un mélange de vomi, de crachat, de sueur, de pisse et de merde alourdissait de ses miasmes notre maison. Après un examen rapide il nous donna quelques médications et surtout nous fit des reproches sur l’état de propreté de la malade. Il en avait de bien bonne, la belle mère travaillait comme une acharnée sur une commande de tissu, ma petite Justine qu’avait juste dix ans et sa sœur Osithe d’à peine 8 ans assuraient la garde de la malade, elles faisaient ce qu’elles pouvaient. Ce n’était qu’en même pas à moi de lui tenir la bassin.

Il fallut quand même obtempérer, on nettoya en grand la maison, on changea la paillasse et les draps , puis Anastasine et les deux petites firent une grande toilette à Justine. Elle traîna des semaines et avait beaucoup maigri. Elle dont les seins lourds débordaient du corsage n’avait plus que des mamelles flasques et tombantes. Puis peu à peu la nature reprit ses droits, elle redevint aussi grasse qu’avant sa maladie puis se remit à l’ouvrage.

Je ne l’avais plus touchée depuis plusieurs mois, heureusement j’avais eu une autre bonne fortune avec la femme d’un fermier des environs, mais je vous en reparlerai.

Un dimanche que nous avions une fois n’est pas coutume réservé à une balade dans le bois de gruville, je fus pris d’une envie. A ma grande surprise Justine me laissa faire, je lui remontais sa robe et son jupon, baissait mon pantalon et le long d’un arbre je la pris. Je crois qu’elle éprouva du plaisir. Elle était peut être plus détendue qu’à la maison où les enfants qui dormaient ou pas et Florentin et Anastasine qui dormaient ou pas juste à coté paralysaient souvent sa libido.

Un semblant de calme s’abattit sur notre foyer, Justine fut placée comme servante de ferme à Mentheville et Henri comme domestique à Annouville. La tablée diminuait et Justine enfin ne me faisait plus d’enfants.

On ne recommença pas l’erreur de mettre Osithe et Léon aux petites écoles, de toutes façons cela ne servait à rien et au métier, Justine, Anastasine et Florentin avaient besoin de petites mains.

Nous vivions une embellie, Justine retrouvait une vie plus normale sans enfant dans le ventre, pourvu que cela dure.

La dernière née marchait maintenant et ne s’alimentait plus que très rarement du lait maternel .

Depuis plus de 12 ans je m’étais habitué à voir ma femme donner le sein, bien il faut quand même dire que si trois enfants étaient placés dans des fermes que Justine ne grossissait plus d’une nouvelle maternité la situation économique de notre ménage laissait à désirer et il n’était point sur de pouvoir conserver le métier à tisser à la maison. Bien on verra, en attendant je vais vous conter l’aventure que j’ai eu avec ma fermière.

Un jour que j’étais au pacage pas très loin de Tourville, une femme déjà âgée vint me trouver pour me demander remède contre la stérilité. Je n’étais pas un saint guérisseur et n’avais strictement aucune idée de ce que je pouvais faire . Elle insista et je me dis après tout que puisqu’elle pouvait croire en mes » pouvoirs  » je pouvais toujours essayer.

Je lui dis il faut que j’appose mes mains sur votre ventre. Ingénument elle me dit d’accord et s’approcha de moi.

  • Directement sur ma peau
  • oui

Alors sans faire de façon elle remonta son jupon puis sa robe, nullement gênée. Je m’attendais à voir un cul, des cuisses blanches et un conin recouvert d’une abondante toison. Mais la bougresse avait revêtu une sorte de caleçon en dentelle qui lui couvrait presque toute la jambe et bien sur son intimité. Edouard se demandait bien quel était cet accoutrement et comment cette femme pouvait faire pour pisser. Devant la stupéfaction du berger, elle lui expliqua que c’était une mode de la ville et que pour l’hygiène ce sous vêtement était souverain.

Edouard ne savait pas ce qu’était l’hygiène mais il fut subjugué par ces froufrous et plus excité que si il avait vu une armée de femelles courant nues dans son pacage.

Bon quoi qu’il en soit je mis mes mains sur son ventre peut être que cette apposition serait miraculeuse ?

Ce qui fut miraculeux c’est que cette demi bourgeoise me laissa lui baisser son caleçon froufrouteux et la prendre comme un bélier prend une brebis.

Elle n’avait pas froid au yeux et ma Justine pudibonde ne pouvait lui être comparée. Je ne sais si elle eut un enfant mais si elle se donnait comme cela elle aurait sûrement des difficultés à connaître le père.

J’étais encore tout excité lorsque je rentrais à la maison pour la soupe du soir. Les enfants couraient dans tous les sens, Justine ne tenait plus debout et Florentin mon beau père s’était houspillé avec sa femme. Vous parlez d’un soirée, heureusement je repartais bientôt et pour un soir j’emmenais la petite Osithe avec moi. Elle était ma préférée, douce, affectueuse déjà dure à la tâche et secondant bien sa mère du haut de ses dix ans. Je lui avais promis qu’elle dormirait dans la cabane.

La nuit était déjà tombée, elle se cala le long de moi et je me mis à lui expliquer le ciel. Je ne sais à quelle étoile elle sombra dans le sommeil, mais je dus la porter sur ma paillasse la recouvrant d’une couverture de paille. Moi avec mes chiens, enroulé dans mon manteau je rêvais des beaux accoutrements de ma libre bourgeoise.

LE BERGER ET LA FILEUSE DU PAYS DE CAUX, Épisode 12, Le placement de mon premier enfant

Paul Gauguin

 

Le soir quand je rentrais je reprenais mes droits sur Justine. Elle me fit savoir qu’elle ne voulait plus d’enfants, alors plusieurs fois je me suis retiré avant la fin, elle n’aimait guère recevoir ma semence autrement qu’en elle. Il faudrait savoir ce qu’elle veut .

De toutes façon c’était inévitable elle retomba enceinte, ce fut un véritable calvaire, notre situation économique n’était pas bonne donc elle ne pouvait pas lâcher son ouvrage. Je ne pouvais rien y faire c’était le destin des femmes, être prises, engrossées, toujours trimer, encore une fois accoucher.

Je n’enviais pas ma femme, le soir après sa journée de labeur qui n’en finissait pas je la secouais pour la réveiller .

Elle accoucha de son neuvième enfant en septembre 1859, Anastasie encore une fois l’aida en compagnie de la petite Maria sa propre fille. Eh oui je ne vous en avais pas parlé mais l’Anastasie quand elle a marié le Florentin et bien dans la corbeille elle avait amené une petite bâtarde. Cela nous apportait une charge supplémentaire mais heureusement elle avait dix ans et pouvait travailler comme une femme.

Ce fut une petite fille que ma femme voulue prénommer Marie Augustine. Cinq garçons et trois filles vous parlez d’un cheptel. La difficulté était de vêtir tout le monde, les habits passaient de dos en dos et tant pis pour les pièces au cul et aux genoux, les enfants marchaient pieds nus, on verrait plus tard à les chausser, de toutes les façons on faisait dans l’ordre et le premier serait Edouard.

Justement celui là je pensais à le placer,  une bouche à nourrir de moins serait bien venue, Justine s’y opposa et le curé s’en mêla, je me demande un peu de quoi il s’occupait celui là. Bon les bonnes œuvres nous vinrent en aide et je pus le garder encore un peu.

Justine nous faisait des plats roboratifs et même si nous n’avions pas de belles guenilles nous ne mourions pas de faim, Orange qui s’en dédie. La vie était quand même bien compliquée d’autant  le quotidien se répétait à l’infini, moi il faut l’avouer je commençais par aimer un peu la chopine, une bolée de cidre par ci une rasade de calva par là, cela me détendait et me faisait oublier que je devais retrouver la Justine avec ses chiards et ses jérémiades. Dès fois je n’étais pas bien fin et les aînés prenaient souvent des trempes, puis un jour je ne sais plus trop pourquoi ce fut la Justine que se prit une volée, une gifle puis une autre. Elle bouda un peu mais je crois que j’avais raison d’affirmer que j’étais bien le chef.

Léonie Augustine vit le jour en octobre 1860, à la mairie de Bec de Mortagne on était habitué à me voir. Le curé un jour me prit à part et me demande quand j’allais arrêter avec la Justine.

Par Dieu il est bien marrant le fils du bon dieu je n’ai que 37 ans et la Justine 33, on va quand même pas vivre comme des moines et des bonnes sœurs.

Toujours le même scénario, celui qui naissait prenait la place au berceau et l’autre était calé entre ses frères et sœurs ou bien avec nous.

Notre alimentation était je dois le dire assez frugale, Justine aidée par les petites faisaient de la soupe, cela mijotait tranquillement sur le foyer, le pain qui n’était pas très cher était à la base de tout. Avec des céréales Justine préparait aussi des bouillies à se taper le cul par terre. Nous n’étions point trop exigeants et les petits plus qui venaient agrémenter notre quotidien nous suffisaient amplement. Ainsi une volaille, un lapin ou un peu de lard ravivaient nos dimanches. Hélas ce n’était pas souvent car je vous l’ai déjà dit l’ouvrage commençait à manquer pour nos tisserands. Pour sur nos filles ne feraient pas le même métier que leur mère.

Je commençais à emmener Édouard mon aîné à la ferme avec moi, il faut voir comme il était fier marchant maladroitement avec des sabots que je lui avais fait faire. Pour les économiser il ne les mettait pas sur tout le trajet, mais fier, je vous le dis il les avait en traversant le village.

Le boulot à la ferme et particulièrement avec les moutons lui plaisait mieux que le travail du tissage, au grand désespoir de son grand père Florentin. C’était la période de l’agnelage, mon fils fut stupéfait par toutes ces naissances, nous n’avons pas chômé. Ces arrivées d’automne donnaient de la très bonne viande, meilleure que celle du printemps, mais comme les bêtes étaiernt nourries à la bergerie et non pas au pacage elles coutaient plus chère. Bon moi je m’en moquais la viande c’était pas pour nous autres.

J’aurais bien aimé que mon fils travaille avec moi, mais le maître n’a rien voulu savoir, il m’a simplement recommandé à un fermier de Tourville les ifs.

Avec Justine on s’est engueulés sur le sujet elle ne voulait pas le voir partir moi je lui disais qu’il fallait faire de la place car elle avait des marmots sans arrêt. Elle m’a balançé que j’étais pire qu’un animal et que je ne savais pas me retenir. Pour le coup heureusement qu’il y avait les enfants autours pour me retenir sinon à la Justine je lui aurais mis une rouste.

Le lendemain il fit son baluchon et je le conduisis au hameau de Mesmoulins dans une grande ferme en bordure de la rivière, ce n’était qu’à quelques kilomètres de la maison, il pourrait rentrer le dimanche et moi au cour de mes pérégrinations avec mes bestiaux j’arrivais à le voir et à le surveiller.

L’affaire était donc réglée, il ne recevrait pas de gage mais serait nourri.