LA BELLE MORTE ET LA TUEUSE D’ENFANT, ÉPISODE 10, le triste dénouement

 

Quinze jours plus tard le dimanche 20 juin 1869 il est sept heures du matin, Marie Anne envoie Justin à Pot Bidal pour voir si la vache a vêlé.

En arrivant le garçon constate que la vache a bien vêlé mais que son frère gît étendu dans la paille.

Il repart en courant pour prévenir sa mère, cette dernière sans en savoir plus clame que son fils a été tué par la vache.

Cette précipitation est déjà presque un aveu.

Accompagnée d’une femme et de deux agriculteurs dont Jean Ruffié dit Brigou, elle se rend dans sa grange de Port Bidal

 

Ils y trouvent Joseph raide comme une bûche, une corde est attachée à sa ceinture reliée aux cornes de la vache.

Marie Anne en déduit que Joseph c’était attaché à la bête et qu’en vêlant elle l’a tué.

Cela ne convainquit pas les cultivateurs, rien ne va dans cette saynète, le lieu où on trouve la cape et le bâton de Joseph ne peut convenir, il n’y a pas d’herbe à brouter et l’on voit mal ce que la vache aurait fait là. De plus on retrouve l’arrière faix dans un endroit improbable, comme pour faire croire que la vache a vêlé à cet endroit.

Bref personne y croit et la procédure s’enclenche , le juge de paix de Vicdessos monsieur Paul Bergasse de la Larioulès monte à Orus et procède aux constatations.

Les présomptions de la commission d’un crime sont accablantes. Marie Anne est arrêtée

Une autopsie est pratiquée, Joseph a été assommé puis étranglé. La vache n’est nullement responsable de la mort du petit .

Antoine Pelet semble ne pas avoir participé au crime, il était absent et ne sera arrêté que le 9 juillet.

.Marie Anne a beau dénier toutes implications, il y a encore un élément qui aggrave son cas,.

La veille de la mort de l’enfant, elle s’est rendue à Vicdessos pour acheter de la mousseline et des calicots noirs

C’est une tradition dans la région de confectionner une cravate de mousseline et d’accrocher des calicots aux poignets du mort pendant la toilette des défunts.

On a beau être la tueuse de son propre fils, il faut quand même respecter les traditions.

Raymonde est couchée, son état ne fait qu’empirer. Une vilaine sueur lui mouille les aisselles et elle sent sa chemise de nuit s’imprégner d’une nauséabonde humidité.

Elle a froid, elle tremble, parle à son entourage de choses qu’ils ne comprennent pas.

Parfois d’un geste, elle semble chasser quelque chose à moins que cela ne soit quelqu’un.

Ses proches se relayent à son chevet, sa mère dort sur le fauteuil à ses cotés.

Deux fois par jour le médecin de la famille passe s’assurer. S’assurer de quoi, nul ne le sait car le diagnostique est posé depuis un bon moment.

Mais en bon praticien il examine encore et encore, soulève la main transparente et légère de Raymonde où l’on voit le delta de veines bleues. Il écoute sa respiration ou plutôt il constate qu’un râle sifflant a envahi la poitrine de la jeune femme.

Tous sont là, même elle, tapie au fond de la pièce toute de noire vêtue.

Raymonde sait maintenant qu’il vont se rejoindre mais ne voudrait pas paraître devant l’éternel avec au bras cette improbable cousine.

Elle qui aurait pu avoir une agonie douce en compagnie de sa famille, c’est vu ennuyée par cette mortelle histoire d’infanticide.

Il n’y a pourtant rien à faire elle doit entendre la fin de cette sordide histoire afin que ce sordide lien par de là l’esprit soit enfin coupé.

Il est temps d’en finir avec cette méchante femme, haineuse et tortueuse comme les aime ceux qui se targuent d’écrire.

Marie Anne admit enfin qu’elle avait tué son enfant, innocentant cette pauvre vache qui venait de vêler.

Le jury la reconnut évidemment coupable et la condamna aux travaux forcés à perpétuité.

Antoine Pelet fut reconnu innocent.

Justin Pelet est devenu Boucher à Montauban et est mort en 1906.

Quand à notre pauvre âme de Raymonde elle mourut à Niort le 26 juillet 1929 et fut inhumée dans le petit village de ses grands-parents maternels.

Elle nous a laissé d’elle son magnifique portrait qui orne comme au premier été de sa mort une petite chapelle. Elle a été rejointe fort tard par sa grande sœur Andrée.

Depuis 1983 cette vénérable semble un peu à l’abandon mais attire encore quelques vieux grigous qui sortent de leur grimoire pour voyager encore un peu dans le passé de ceux qui nous ont précédés.

Cette histoire n’est pas voulue mais le fruit d’un pur hasard en cherchant à faire revivre cette inconnue de mon cimetière. Je suis tombé sur cette odieuse personne, elle avait un nom en commun et un village en commun. Alors pourquoi ne pas les faire revivre toutes deux en même temps ?

L’histoire de Marie Anne est tirée de la Gazette des tribunaux de 1869 et des registres d’état civil du village d’ Orus, celle ma fois de Raymonde des registres d’état civil de Niort, du Gué d’Alleré et aussi de mon imagination.

Notons qu’il y a toujours beaucoup d’ habitants qui se nomment comme nos héroïnes dans la région d’Orus.

Je n’ai malheureusement pas de date de décès à vous proposer pour Marie Anne, mais gageons qu’elle est morte en prison.

FIN

 

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