UNE ANNÉE DE LA VIE D’UNE FEMME, SEMAINE 51, une dernière fois

L’année se terminait et il fallait aussi que je termine cette dangereuse aventure , j’étais une femme responsable, j’avais une petite fille, je portais un autre enfant. Courte expérience, mais elle m’avait enrichie pour toute la vie. Lorsque je m’étais mariée avec Stanislas je n’étais qu’une petite drôlesse qui ne connaissait pas son corps ni son âme. Stanislas m’avait choisie, m’avait séduite, mon père m’avait mariée, rien n’était venu par moi même.

J’habitais à la Gaborinière mais là aussi ce n’était pas mon choix. Non, à tout bien réfléchir le seul choix que j’avais fait, était d’être rentrée dans cette grange. Le reste était venu tout seul, ma peau, mon cœur, mon ventre, mon sexe, mon cerveau avaient désiré le petit valet. Je m’étais nourri de lui tout au long de l’année. Je ne m’étais pas livrée à lui comme je me livrais à Stanislas , non c’est moi qui m’en étais servi. J’avais pris son corps et violé son âme. Je me devais de réparer, je me devais de rompre, c’était à moi de le faire . Il devait maintenant vivre sa vie d’homme, sans moi, prendre une femme, une terre et faire ce que nous faisions tous, perpétrer notre race.

Cela finirait donc, je l’avais décidé mais j’avais aussi fait choix de la façon dont cela se terminerait. Ce serait une apothéose, un orage d’été, une crue d’hiver, un soleil d’août. Cela sentirait les fleurs, les foins, les blés. Cela aurait la couleur rouge des coquelicots éphémères, cela aurait le bleu des myosotis et le jaune étincelant des rosiers grimpants du mur de ma cuisine. Cela aurait l’odeur acre de la sueur, cela aurait aussi le parfum d’une femme qui désire. Voila ce que je voulais en cet ultime moment, un bouquet d’amour, de désir et de jouissance.

Il fallait que je trouve le moment, que nous ayons un temps où la peur d’être surpris n’apparaîtrait pas.

Le temps passait et je me désespérais , avec le mauvais temps les hommes restaient cloîtrés à la maison en une veillée permanente. Mais enfin un jour, tout nous sourit, mon père courait à Poiroux, Antoine à Talmont et mon mari je le savais, traînait dans les communs du château.

Aimé était seul dans sa grange, je le rejoignis. Sans que je lui dise quoi que ce soit il avait compris. Alors la magie opéra encore, la paille de son lit se transforma en drap de soie, sa couverture de laine grossière devint la plus riche étoffe. Mu par un sûr instinct, il sut les bons gestes et me déshabilla. Chaque morceau de vêtement enlevé était noyé de baisers et de caresses. Je n’étais plus que chiffon, molle d’amour, lascive, prête à me donner. Je sentais couler en moi un flot de désir, une rivière impétueuse de jouissance. Moi aussi je me mis à l’effeuiller, le titillant, le faisant rager. J’arrachais presque sa chemise, je trouvais qu’il avait forci depuis la première fois. Chaque parcelle de sa peau fut visitée par ma bouche, je le buvais. Puis paroxysme, doucement, d’une lenteur de brise légère je lui baissais son pantalon. Rien de son corps ne fut pas visité, mon repas était dantesque, mon appétit gargantuesque. Repus tous deux de caresses et de baisers, il me prit et je fus à lui. Une explosion, j’avais atteint les étoiles du firmament.

Puis sans qu’on en dise d’avantage nos corps se séparèrent, notre désir commun s’évanouit, je fis glisser une dernière fois ma main sur son torse, jouais une dernière fois avec les boucles de ses cheveux. Il se tourna dans sa couche, je me revêtis.

Notre amour avait vécu.

Le lendemain je le vis paraître, pâle, les cheveux défaits. Il se plaça devant mon père et d’une voix sûr il lui dit, patron je vais m’en aller, j’ai bien réfléchi et je pars. On aurait entendu une mouche voler, je vis l’expression terrible de mon père. C’était la première fois qu’un valet osait partir de chez lui sans qu’il l’ai invité à le faire. C’était la première fois que le grand Jacques Herbert métayer de la Gaborinière avait à subir un pareil affront. Un domestique n’était pas fait pour partir de lui même il était fait pour être congédié ou par le moins de n’être pas reconduit dans son louage.

Mon père finit par lui dire, la porte est là bas, part mais tu n’auras pas tes gages. L’homme enfant ne se rebella pas, il sortit, alla faire sa besace et partit sur le chemin. Je le vis qui s’ éloignait, mais en un dernier sursaut d’amour et d’orgueil je bravais l’autorité de mon père et de mon mari. En courant, la robe relevée, les sabots à la main je lui courus après. Il s’arrêta, me fixa et enfin me sourit, il avait sa figure du bonheur. Je lui tendis mes mains où se trouvait l’intégralité de ce que lui devait mon père. Il en aurait besoin pour poursuivre sa vie. Je lui tendis également un gros morceau de pain, un fromage et un saucisson, il lui faudrait des forces pour faire son chemin.

Il reprit donc sa route, son regard était un merci, puis il disparut à jamais

2 réflexions au sujet de « UNE ANNÉE DE LA VIE D’UNE FEMME, SEMAINE 51, une dernière fois »

  1. Merci beaucoup, j’adore ce que vous faites. Nous sommes vraiment dans l’histoire et on attend toujours avec impatience la suite. Merci encore à vous et bonne journée

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