UNE ANNÉE DE LA VIE D’UNE FEMME, SEMAINE 50, la vengeance de Napoléon

Le lendemain ce fut une belle rigolade, c’est mon père qui ouvrit le bal en sortant précipitamment dans le jardin. Le voir passer en courant en tenant son pantalon, la chemise au vent aurait eu son charme si je n’avais pas été moi même tourmentée. A peine avais je vu mon père remonter son pantalon que je dus prendre le même chemin que lui.

Bientôt ce fut un beau spectacle de derrières à l’air, le Napoléon au paradis des cochons devait bien rire. Au vrai, nous qui étions habitués à la frugalité nous nous étions peut être un peu goinfrés.

Nous étions punis voilà tout. Mon père et mon frère se remirent de leurs émotions assez rapidement mais moi et Stanislas il nous fut impossible d’effectuer la moindre tâche. Nous étions pris d’une lassitude et d’une fatigue qui nous clouait au lit et dans le fauteuil. Vous auriez du voir cela, deux mourants sur leur paillasse dans une pénombre presque totale. Stanislas qui n’avait pas l’habitude de rester à l’intérieur d’une maison comme nous les femmes trouva bien le temps long. Il n’arrêtait pas de geindre et aussi de poser culotte. Mon père avait fait sa crise de nous savoir en cet état, d’autant que mon mari avait déjà été malade la quinzaine précédente. Ce ne fut qu’imprécation contre lui, un bon à rien, un moins que rien qui tirait prétexte de la moindre faiblesse pour s’arrêter. Il se rebella et osa dire que c’est la viande du cochon qui était gâtée et que cela avait peut être un rapport avec sa mort. Alors là j’ai cru que mon père allait nous faire une attaque, rouge, balbutiant, la rage au visage. Car j’avais oublié de vous dire que mon père si il aimait ses bœufs, aimait par dessus tout une autre personne. J’ai nommé lui même, il se tenait en haute estime et penser qu’il pouvait être responsable de quelques fautes, était un sacrilège.

Je sus donc ce jour là que mon domestique de mari avait commis l’irréparable et que nous serions conviés à un départ lorsque sa seigneurie le métayer de la Gaborinière aurait pourvu à notre remplacement. Mais en attendant Stanislas et moi même étions bien malades.

Lorsque le maitre de céans rentra en son logis, le feu était éteint et le repas non préparé. Ma petite sœur Thérèse avait joué avec le pot de saindoux et en avait barbouillé le chat. Quand à ma fille elle baignait dans sa merde sans que je puisse esquisser un geste tant la tête me tournait.

Il fut inquiet car si il avait des doutes sur le courage de son gendre, il n’en avait pas sur le mien. Il envoya chercher Marie Jeanne, elle saurait quoi faire et s’occuperait bien du bébé. En attendant il mit le chat dehors et colla une volée à sa fille. Thérèse qui n’avait jamais été fessée par son père hurlait bien aussi fort que le Napoléon lors de son égorgement. Vraiment un beau tableau que trouva Marie Jeanne. En femme qui connaissait son sujet, elle prit les choses en main, raviva le foyer, lança un fricot, évalua mes symptômes et ceux de Stanislas. Elle nous conseilla la diète cela tombait bien on ne pouvait rien avaler. Elle s’empara enfin de ma petite Marie la changea et décida de l’emmener avec elle. Elle prit résolument la main de ma Thérèse qui serait mieux en sa compagnie que dans celle de deux malades et d’un vieil acariâtre.

Je me remis plus vite que Stanislas, lui resta d’une pâleur mortelle et d’une faiblesse qui ne lui permettait pas d’aller aux labours. Pour ne pas rester en reste je dus prendre sa place derrière la charrue. Cela ne dura guère car au bout d’une demie journée je m’affalais le nez dans le sillon, les bestiaux en habitués, continuant seuls leur chemin. t Aimé et Antoine  accoururent à mon secours. Il fallut encore me ramener. Mon père dans cette méchante aventure perdit encore plus de temps que si il n’avait pas exigé que je prenne la place d’un homme.

D’ailleurs dans le village on cria au scandale, on s’insurgea que le Jacques Herbert n’eut pas de cœur à ce point là. Les plus virulentes des femmes disaient même que ce triste sire n’hésiterait pas à atteler ses enfants si ses bœufs venaient à manquer.

L’incident arriva aux oreilles des gens du château et on eut la visite du régisseur monsieur Hiss. Il passa un sermon à mon père qui tête baissée comme un serf disait oui monsieur , oui monsieur. Dans ma couche j’en jubilais et le Stanislas prit d’un fou rire faillit se pisser dessus.

Mais il ne fallait pas exagérer et l’on reprit le travail tous les deux, mon père nous fit la tête quelques soirs, puis ni pouvant plus reprit la conversation avec nous. Ce n’était pas drôle cette fin d’année pour moi. D’autant que j’avais gardé le secret de la visite d’Augustin. C’était un secret et même mon mari ne fut pas mis dans la confidence.

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