UNE ANNÉE DE LA VIE D’UNE FEMME, SEMAINE 48, la présentation de Marie Rose

 

Comme je vous l’ai déjà dit, les paysans adoraient leurs bœufs, ils les aimaient d’un amour d’amant et plus d’un n’aurait pas hésité si il eut fallu se débarrasser soit de sa femme soit de ses bœufs.

Mon père disait, une bonne femme c’est plus facile à dresser qu’une paire de bons travailleurs.

Ce n’était pas flatteur pour nous mais nous en étions pas à une avanie près.

Donc mon père en cette période de labours les choyait comme jamais. C’est tout juste si il ne couchait pas avec. D’ailleurs il accablait Aimé de conseils et lui intimait lui qui dormait à proximité de veiller sur eux sans cesse. Le pauvre gamin pour ne pas prendre le risque de déplaire s’en réveillait la nuit et faisait une ronde comme un soldat sur son rempart.

Il fallait assister au départ le matin à la levée du jour, un vrai spectacle, il leur tournait autour, les flattait, leur parlait. Il vérifiait tout et chacun faisait attention à bien attacher les bêtes et a bien fixer le joug. Mon père n’aurait pas manqué d’utiliser son aiguillon pour punir le maladroit, même si cela avait été son fils. Pour ses bœufs il ne faisait pas de différence, les mal entretenir était commettre un tyrannicide, un parricide ou un infanticide.

Il est vrai que ces animaux étaient magnifiques et que la vapeur de leur naseau formait comme une couronne. Ils s’élançaient d’un pas lent mais sûr, mon père fier comme un roi sur son trône calquait son pas sur les leurs. On eut dit une procession.

C’est cette semaine là qu’est venu le père Jean, il passait de ferme en ferme, sa tournée le menant loin. Au cours des années il s’était fait une fameuse réputation, la dextérité de son geste le faisait attendre avec impatience dans les métairie reculées.

Le brave homme depuis des décennies s’était fait une spécialité comme coupeur de cochons.

Pour bien me faire comprendre, le Jean il coupait les testicules des porcelets. Nous en avions deux à émasculer, ils avaient cinq semaines et le temps était venu de le faire. L’opération était indispensable car un porc non châtré était immangeable. Il puait la pisse que c’en était une infection, si cela était mal fait la viande se gâtait et nous avions nourri le goret pour rien.

J’assistais le père Jean, il retournait la bestiole et tenant son canif aiguisé comme une lame de barbier il pinçait les testicules et d’un coup prompt châtrait le cochon. Dès fois il devait les faire sortir du ventre mais le plus dur était de ne pas entailler la verge.

Il désinfectait ensuite le plaie avec un peu d’alcool et jetait aux poules le résultat de l’opération. Les volailles en étaient folles et se battaient à grands coups d’ailes et de bec. Le cochon couinait un petit moment puis repartait à farfouiller dans sa fange. Je payais le vieux et lui servait une blanche puis il repartait sur les chemins.

Napoléon un peu inquiet de tant de mouvement devait se dire c’est bientôt ma fin.

Mon père ne connaissait pas Marie Rose la peut-être future de son fils. On la vit débarquer un dimanche après midi accompagnée de son père . Elle avait bien changé depuis que je lui avais vue le cul posé sur la margelle. Elle était bien grasse assurément, soit elle profitait de tout, soit elle mangeait bien , mais bon laissons cela, ce n’est que ma méchanceté qui ressort. Malgré le port lâche de ses vêtements, on voyait assurément qu’elle portait et qu’elle était plus près de la fin que du début.

Accompagnée de ses parents qui pour la circonstance s’étaient parés comme pour une noce, elle paraissait un peu gauche. On eut dit une drôlesse qu’on amenait au couvent. Je leurs fis les honneurs de notre humble demeure. Mais là n’est pas l’essentiel, Pierre Murail était déjà venu deux fois et il avait avec un talent de marchand soupeser ce qu’il en valait réellement de notre mobilier. Ayant eu connaissance de la visite j’avais fait reluire ce que je pouvais, mon frère ne pourrait point dire que je n’avais pas fait d’efforts. Les palabres recommencèrent encore et encore. Antoine et sa grosse oie sortirent se promener. En terme de comparaison animale,  de loin on aurait plutôt dit un gros jard qui se dandinait. La messe était dite je ne l’aimerais pas et je me disais que je ne partagerais pas le moindre bout de mon territoire avec elle. Je ne me voyais pas l’entendre geindre sous les coups de boutoirs de mon frère séparés de nous par un simple rideau de courtil, non et encore non.

Ils repartirent comme ils étaient venus, chacun ayant voulu tirer le drap de son coté , m’est d’avis que l’enfant naîtra sans père et que les Murail auront un petit bâtard. A être si exigent on peut perdre le principal;

Ce que pensa mon père de sa future belle fille, nous n’en sûmes rien, car l’ancêtre n’exprimait guère ses sentiment sauf pour ses bœufs bien évidemment.

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