UNE ANNÉE DE LA VIE D’UNE FEMME, SEMAINE 48, de début de l’avent

 

Nous entrâmes dans le dernier mois, la dernière ligne droite de cette année, il s’en était passé des choses.

Les labours continuaient de plus belle, la pluie n’arrangeait pas les choses et plus d’une fois mon père dut reporter l’ouvrage. Ces jours là comme un chien au bout d’une corde, inlassablement il gueulait et faisait le même chemin en des pas précipités. Il était odieux avec tous et particulièrement avec Stanislas et Aimé. Ils les envoyaient faire des coupes de bois dans une haie lointaine. Ils en revenaient trempés et épuisés. Stanislas trouvait cela injuste d’autant que mon frère Antoine se gobergeait au chaud et effectuait pour masquer la différence quelques menus et inutiles travaux.

Stanislas tomba malade, il prit un coup de jalousie et un coup de froid, ce n’était rien bien sûr, mais la fièvre qu’il avait, l’empêchait de se lever. C’était bien la première fois que je le voyais alité en pleine journée. Papa était furieux après lui et le traitait une fois de plus de bon à rien. Stanislas disait que nous allions partir, qu’il allait chercher un bon endroit, qu’il n’y avait rien à gagner en restant ici.

Il mit quelques jours à se requinquer et à l’issue mon père lui livra une guerre sourde et impitoyable.

Nous étions entrés dans la période de l’avent, c’était un peu comme le carême pour Pâques. Cela commençait en vérité le quatrième dimanche avant Noël. C’était pour nous préparer à la venue de Jésus sur terre, à sa naissance à Bethléem. Comme nous l’avait expliqué le curé, le mot Avent vient d’un mot d’une ancienne langue qui veut dire venue. L’avent est donc l’attente de la venue du Christ. Autrefois les gens devaient faire abstinence et pratiquer le jeun. Je ne sais pourquoi cela a été abandonné, mais bon c’est pas plus mal. D’autant que nous allions bientôt tuer le cochon.

Stanislas malade était pire que ma petite sœur, un vrai emmerdeur. Je devais lui amener le repas au lit ; je devais redresser son oreiller. Il m’appelait sans cesse car il s’ennuyait. De plus comme il nous savait seuls à la maison il voulait profiter de son avantage. Viens donc t’allonger avec moi, viens profiter de la chaleur. Pour la gaudriole il n’avait plus de fièvre le lascar. J’avais autre chose à faire que de relever mon cotillon à tout moment.

Il fallut quand même que je cède un peu. D’ailleurs nous fumes comme punis par cet acte. En pleine matinée alors que je ramenais des pommes à la cuisine le Stanislas au creux de son lit de plume m’invita et me charma par quelques belles paroles. Je ne crus pas nécessaire de refuser, d’ailleurs soyons franche comme nous bravions un interdit j’étais preneuse d’un peu d’amour.

Nous croyant seuls au monde, nous fîmes notre affaire. Stanislas fit le travail qu’il ne pouvait effectuer sur la terre grasse de notre métairie. Avec talent et ferveur, contrairement à mes habitudes ma robe s’était écrasée en un tas aux pieds du lit, j’étais donc nue. Mon mari ne l’était pas moins et rien ne pouvait cacher ce que nous faisions . Parvenu à la fin des réjouissance je me retournais et je la vis. Nous avions oublié ma petite sœur, sa petite frimousse tournée vers mon séant me regardait béatement. En quelques minutes nous avions fait son éducation. Elle ne saurait pas écrire mais saurait ce que font les adultes ensemble. Elle me dit : Angélique c’est dégoûtant, je vais le dire à papa. Justement, cela était le cœur du problème.  Si le vieux apprenait cela,  il en ferait toute une histoire, normalement Stanislas devrait être aux labours et non pas dans mes jupons. C’était un coup à nous faire congédier comme des domestiques qui auraient volé.

Je fis promettre à la petite de ne rien dire, mais je dus y mettre le prix. Je m’enchaînais à cette petite tête blonde qui bientôt comprit tout le parti qu’elle pouvait tirer d’un secret.

Bon le curé tenait à nous voir à la confesse avant Noël, pour nous purifier disait-il. Moi j’y allais régulièrement, mais encore une fois devais- je tout dire? . J’y réfléchis pendant tout le jour et ma décision fut prise, oui le curé saurait tout.

Stanislas vint avec moi, car malgré tout cette foutue bête croyait comme moi en notre seigneur Jésus . Il faisait sa mauvaise tête pour paraître comme les autres hommes mais comme moi il était en crainte des sentences célestes.

Cela m’amusait de le voir, il avait la même attitude devant le curé que devant le châtelain. Comme un enfant pris en faute il avançait le chef baissé.

Moi dans la nef, lui dans le confessionnal, j’attendis un moment qui me parut une éternité. J’avais froid à ne rien faire me contentant de voir entrer mes pratiques, de les saluer d’un mouvement de tête. Bientôt il y eut comme une file d’attente. J’entendais les gorges se racler, la sabots taper, puis quelques chuchotements. Décidément il lui racontait sa vie . Quand il sortit on entendit au fond près du transept un sonore enfin il est sorti. Stanislas était rouge de confusion comme un enfant qui venait de prendre une fessée. C’était mon tour.

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