UNE ANNÉE DE LA VIE D’UNE FEMME, SEMAINE 47, l’annonce à Stanislas

Le matin, je vous l’ai dit, mon mari devait aller au village pour ferrer les bœufs. Cela avait été un long débat de savoir si il fallait le faire. Contrairement aux chevaux ce n’était pas obligatoire, cela dépendait du travail qu’ils effectuaient et de la route où chemin qu’ils empruntaient. Le père n’était pas pour, mais le propriétaire de la métairie qui l’était aussi des bêtes, exigea que cela soit fait.

Stanislas sortit les animaux et se dirigea sur le village, moi je l’avais guetté et bien décidé à lui asséner la nouvelle je décidais de l’accompagner un bout de chemin.

Ce n’était nullement dans mes habitudes et il fut surpris et heureux. D’autant qu’il faisait un temps de chien, des bourrasques de vent nous obligeaient à nous courber pour avancer. Une pluie fine et persistante nous fouettait le visage. Par moment la violence des éléments nous faisait fermer les yeux. Bientôt nous fumes dégoulinant et la moitié du chemin n’était pas fait. Les bœufs s’enfonçaient dans la boue du chemin et la marche se ralentissait. Je perdis un sabot et l’on mit un long moment à le retrouver. Stanislas commençait sérieusement à gueuler  que je l’empêchais de poursuivre rapidement. Revêtu d’un ample manteau de laine noir qu’il avait hérité de son père, il ressemblait à l’un de ces grands oiseaux noirs avec des ailes immenses qui en se repliant les protégeaient. S’ajoutant à cela son grand chapeau qui lui cachait le visage et qui l’aurait fait se confondre avec un contrebandier. Contrairement à moi, il ne paraissait pas souffrir du froid. J’étais d’ailleurs bien moins couverte que lui ce qui le mettait du reste en colère.

Mais qu’est que tu fais là , tu peux pas t’occuper de tes gamelles ou de tes vaches. Tu vas nous attraper la mort et nous serons bien avancés. Il n’avait pas entièrement tort.

Avant qu’il ne me renvoie je devais enfin lui dire. Sur une portion un peu plus roulante je lui lâchais un, je suis grosse. Il continua sa route sans ciller, avait-il seulement entendu.

Je suis enceinte, je suis enceinte. Est-ce le vent ou l’indifférence, mais cet idiot ne répondait pas.

La colère me gagnait , je passais devant lui et lui bloquant le passage je lui hurlais au visage, je suis pleine, je suis en espoir. Il s’arrêta net comme si il se retrouvait paralysé, rien aucune réaction.

Nom de dieu à qui avais-je affaire?

Mais soudain son visage s’éclaira, je vis tout d’abord ses yeux s’illuminer, on eut dit des yeux d’enfants devant une confiserie. Ils s’éclairaient d’une lumière nouvelle, je n’avais jamais vu une telle intensité dans son regard.

Puis sa bouche s’ouvrit toute grande et un sourire heureux barra sa face trempée et cramoisie de froid. Là aussi une belle surprise, je revoyais l’image de lui lorsque presque enfant il me faisait tourner dans les danses villageoises. Un air coquin et satisfait de lui même, j’avais devant moi l’expression de son meilleur jour.

Tu es sûr, tu es sûr, puis il se mit à sauter d’un pied sur l’autre puis il me fit virevolter en une sarabande joyeuse. Je vais avoir un garçon, je vais avoir un petit mâle.

Moi je n’avais pas évoqué le fait d’avoir un garçon, il était trop tôt, on verrait comme il serait placé pour supputer le sexe. Toutefois je ne croyais guère en ces dires, car on se trompait une fois sur deux si vous voyez ce que je veux dire.

Stanislas me prit dans ses bras me souleva et m’embrassa à pleine bouche. C’en était terminé du ferrage des bœufs, plus rien ne comptait que mon ventre. Figurez vous que lui aussi voulait le toucher. J’entrouvris mon paletot pour qu’il appose ses mains. Mais lui aussi voulait sentir quelques mouvements et mettre ses grosses pattes sur mon ventre arrondi. Je me débattis, il faisait vraiment trop froid, puis pour satisfaire son plaisir j’acceptais. Mon Dieu imaginez la scène , moi troussée jusqu’au ventre et lui mon taiseux posant délicatement ses battoirs pour percevoir les mouvements de son héritier. J’en rigolais , j’en étais fière, mais au niveau des sensations je ne fus pas transpercée par la même réaction que la veille avec Aimé.

Maintenant que la chose était dite je n’avais pas besoin d’aller plus loin et je voulais retourner à la Gaborinière, voir si je trouvais mon père et mon frère pour leur faire part de la nouvelle. Mais Stanislas insista pour que je reste avec lui jusque chez le maréchal ferrant. C’était bien la première fois que je l’accompagnais de cette façon. L’atelier du maréchal n’était guère un endroit où les femmes allaient, l’atmosphère d’un tel endroit était exclusivement masculine et d’ailleurs notre arrivée provoqua la surprise.

 

 

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