UNE ANNÉE DE LA VIE D’UNE FEMME, SEMAINE 46, l’annonce qui ne vient pas

Cette fois j’étais presque sûre de moi, au niveau de mes menstrues, elles s’étaient taries. J’avais beau calculer, et encore calculer il y avait loin depuis les dernières. Mais je creusais ma mémoire, peut-être que je me trompais, j’ajoutais une marge d’erreur puis je recalculais. Mais sans conviction, car je savais que maintenant je portais.

A ce premier signe manifeste s’étaient bien sûr rajoutés mes malaises et mes vomissements. Mais là aussi cela pouvait provenir d’une légère indisposition.

Mais quand vous rajoutiez à cela un gonflement de votre poitrine et qu’un petit bedou commençait à poindre vous étiez bien sûr du fait.

A l’allure où allaient les choses je ne pourrais pas cacher longtemps aux miens ma nouvelle grossesse.

J’étais à peu près certaine que mon mari l’accueillerait avec joie, nous n’avions pour l’instant que la petite Marie et je savais que mon mari comme tout homme voulait un petit mâle.

Alors le soir je me décidais à l’annoncer à Stanislas, à table l’atmosphère ne s’y prêta pas et comme je préférais l’annoncer à mon mari seul j’attendis que nous soyons seuls dans notre couche.

Mais au lit rien ne se passa comme prévu, monsieur n’était pas disposé à m’écouter mais s’écoutait plutôt à disposer de moi. Si seulement il prêtait plus attention à mon corps il aurait remarqué mes rondeurs.

Après l’heure ce n’est plus l’heure et l’annonce se ferait le lendemain.

Mais le lendemain ce fut bien pire au niveau disponibilité, mon père voulait commencer les labours alors il pressa tout le monde.A  peine la soupe avalée qu’ils partirent tous. Je me retrouvais comme une imbécile avec mon secret. Mais il n’était pas dit que je le garderais encore longtemps.

Les gelées étaient maintenant arrivées, la vie se ralentissait un peu mais le travail des labours lui n’attendait pas. Celui qui labourait comme il faut , faisait une bonne récolte et je crois que mon père en ces choses s’y entendait fortement.

A la Gaborinière nous étions complètement enclavés, pas de route mais simplement un chemin bordé d’arbres. Comme disait mon père, un chemin pour embuscade de patauds. D’ailleurs il se disait, ou plutôt il se contait aux veillées qu’un matin de 1793 peu de temps après la grande insurrection, un groupe de soldats de l’armée républicaine se fit surprendre dans ces halliers.

Ceux qu’on nommait les bleus, revenaient d’une expédition où ils avaient commis les pires atrocités, ivres du vin qu’ils avaient volés, ivres de sexe des viols qui avaient commis et ivres de sang des assassinats qu’ils avaient perpétrés, ils ne firent guère attention en pénétrant dans ce chemin.

L’épaisseur de la haie, cachait et cache toujours le soleil, en plein jour on y voyait aussi peu qu’à la tombée de la nuit. Dans cet endroit que de cachettes potentielles, ce fut un jeu pour nos gars du pays que de se soustraire à la vue de ces soldats peu attentionnés et peu accoutumés à ce bocage aux multiples facettes.

Les nôtres, que les parisiens nommaient les blancs, firent un carnage, tout ce qui ne fut pas tué à l’aide des vieilles pétoires fut égorgé avec des couteaux , des faucilles ou des faux. Plus personne n’est capable quarante ans après de nommer les hommes qui en furent, plus personne d’ailleurs ne situe exactement où c’était passée l’attaque.

Mais les vieux la situent vers la Gaborinière, ils en sont sûrs, alors histoire imaginée ou amplifiée par l’imagination des conteurs ou histoire transposée d’un autre lieu vers le notre, nul ne pouvait savoir, mais tous en étaient sûr et tenaient la vérité.

En tous cas moi quand je passais à travers cette sylvestre muraille je regardais à droite et à gauche pour éviter toutes mauvaises surprises et j’écoutais d’une oreille attentive tous les changements de bruits qui pouvaient en sortir.

Je digresse, mais je n’avais qu’une idée, prévenir mon monde, alors que mon monde justement ne respirait plus que par ces foutues labours.

Ils ne parlaient que de cela, la terre de la Sablaie était trop lourde, celle du Cormier serait assurément trop grasse si il pleuvait dessus. Quand à la Fougerousse il n’en était pas de pire à travailler.

Puis il y avait les bœufs à faire ferrer, une véritable perte de temps disait mon père. Antoine disait, si le père ne courait pas la gueuse ses bœufs seraient déjà prêts.

Ce n’était que discussions sur cette terre, moi cela m’ennuyait à mourir car vous vous doutez bien tous les ans revenait le même discours.

Je n’étais donc pas en mesure de les intéresser, après tous ces soucis étaient assumés par les femmes seules. Peu importait à mon père et à son propriétaire que je fusse sur le point d’être mère.

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