UNE ANNÉE DE LA VIE D’UNE FEMME, SEMAINE 41, la pierre branlante

Je me gardais évidemment de raconter la narration du colporteur, je tus l’information quoi qu’il m’en coûta de mentir.

D’ailleurs à ce sujet j’étais vraiment tourmentée, j’avais l’impression qu’avec tous mes secrets j’allais bruler dans les feux de l’enfer.

Alors je me réfugiais dans ma dévotion, je priais avec ferveur, tous les saints et notre divine trinité. mais à quoi bon se mentir agenouillée sur le prie dieu de l’église, il m’arrivait de sentir la main d’Aimé sur ma peau et de reconnaître son odeur dans celle de l’encens. Vraiment je n’étais que confusion et de plus je sentais naître en moi un autre moi. J’avais beau rejeter cette éventualité de toutes mes forces, elle me revenait en plein visage. Mais non un jour elle reviendrait et j’en danserais de joie. Prières, pensées coquines, mensonges à mon père , à mon mari et à mon frère, coupable d’adultère ou j’en étais sure pas de paradis pour moi.

Mais comme si je n’avais pas assez de problème je devins l’oreille des problèmes de mes amies. Marie Jeanne se confia sur ses rapports avec son mari, il exigeait d’elle des choses inconvenantes dont je n’avais pas même idée mais qu’apparemment les hommes avaient, que pouvais je lui dire moi ignorante. J’emmagasinais ces confessions réprouvant ses actes et ses choses mais les gardant en moi comme une chose à essayer. J’en rougis mais cela augmentait ma confusion. Je me voyais avec Aimé faisant ces choses que je trouvais dégoûtantes, faites par Marie Jeanne.

Le curé me voyait souvent et il finit par s’en étonner un peu. Angélique tu veux rentrer dans les ordres ou quoi ? Je suis heureux de te voir mais il faudrait peut-être que tu te consacres un peu plus à Stanislas. Me consacrer un peu plus à mon mari mais il en avait de bonnes, je lui faisais à manger, je lui lavais sa chemise, j’écartais les cuisses pour lui, je lui avais fait un enfant, non je ne voyais pas ce que je pouvais faire de plus, vraiment encore un conseil d’homme sans femme.

Un dimanche notre promenade nous engagea vers la Cornetière, le temps était charmant et encore un peu chaud. Le ruisseau de la Guignardière était presque à sec mais apportait quand même un peu de fraîcheur, les arbres de chaque coté du faible chemin d’eau faisaient comme un toit. Leurs frondaisons se donnaient la main et sous leur protection bienveillante on eut volontiers jeter nos oripeaux pour être nues comme Eve aux premiers jours, nous baigner sans contrainte et sans pudeur.

Arrivée au niveau du dolmen, cette grosse pierre plate comme posée sur des piliers monumentaux ma vue se mit à danser. Tout se brouilla, comme après avoir trop tourné lors d’une ronde. Louise , Marie Jeanne et moi nous nous tenions par les bras et c’est ce qui empêcha ma chute. Je n’avais plus de jambe, elles ne me portaient plus. Me faisant lourde, mes compagnes suppurent que je m’écroulais. Elles me posèrent le long de la grosse dalle, s’inquiétèrent, s’agitèrent, pérorèrent. Louise alla tremper son mouchoir au ruisseau et m’en humidifia le front. Peu à peu je revins à moi , ma bouche était pâteuse, j’étais nauséeuse. Toutes y allèrent de leurs conseils, de leurs commérages. D’autres femmes s’étaient arrêtées, curieuses, ce serait y la Herbert qui tombe en digue-digue. Mais mes compagnes en savantes femmes flairèrent une autre cause, plus féminine, plus intime. Les questions fusèrent, date des dernières règles, derniers rapports avec le Stanislas. Elles voulaient d’un seul coup tout savoir. Mais je ne lâchais rien prétextais une fatigue, un manque d’alimentation, Marie avait pleuré toute la nuit alors j’étais épuisée. Remise de mes émotions on en continua pas moins notre promenade.

La pierre qu’on nommait la pierre branlante de la Cornetière ressemblait vaguement à une tête humaine, on l’eut dit sculptée par une main humaine mais la nature aurait bien pu effectuer seule l’exécution de ses contours imprécis. Sur le dessus il y avait creusé comme une petite cupule qui si l’on avait pu y croire était faite pour accueillir quelques sacrifices.

Mais chez nous c’était encore la dame blanche, cette maudite dame dont je n’ai pas confiance. Elle viendrait concurremment avec la Fontaine saint Gré laver son linge dans le ruisseau dont je vous ai parlé. Pierre branlante en équilibre, eau sacrée, vestige de l’ancien château de la Cornetière le lieu portait son pesant de magie. Je n’avais qu’une hâte, rentrer chez moi.Le retour fut pénible car les deux commères ne voulurent point me lâcher et elles me ramenèrent comme on ramène une malade. Les hommes étaient rentrés mais pas un ne s’inquiéta, seul Aimé sembla pâlir.

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