UNE ANNÉE DE LA VIE D’UNE FEMME, SEMAINE 29, les faucheurs

 

Ils étaient en rangs d’oignons, alignés comme pour une parade, la faux aiguisée, le gosier rafraîchi , la panse bien pleine du repas que je leur avais servi ce matin.

Nous formions une bien belle équipe, le père, Jacques Caillaud, Antoine et un journalier en premiers avec leur faux. Ils commencèrent et progressèrent d’un pas  uniforme, d’un geste sûr.

On les voyait taper dans cette masse épaisse et qui bientôt dégagea une épaisse poussière.

Les suivant à quelques pas; Louise, moi, Augustin et pour sa première en tant que femme la petite Marie Jeanne, la fille à Jacques et à Louise, nous regroupions les javelles et les mettions sur le lien.

Aimé, et les deux domestiques au Jacques, Louis Briand, Pierre Petiteau fermaient la marche et liaient les gerbes et les mettaient en tas

Au départ nous chantâmes, pleines d’une ardeur flamboyante, puis la chaleur, la poussière et la position cassée en deux nous fit  taire . On eut droit,  alors les feignasses déjà fatiguées cela tombe bien nous en avions marre de vos voix de crécelles. Heureusement qu’on avance nous, sinon nous y serions encore pour les vendanges.

Mais la chaleur était vraiment pénible et nos fanfarons décidèrent de se poser un peu pour boire un coup.

Qu’en je vis les lampées qui descendaient dans leur gosier , je me suis dis mon Dieu ils vont prendre un coup de chaud.

Les heures passèrent, le champs ne paraissait jamais finir. Mon père et Jacques avaient décidé qu’ils le finiraient avant de manger, mais mauvais calcul. Nous en étions à la moitié seulement, que personne ne tenait plus debout.

Il fut décidé de s’arrêter, on entama le casse-croûte. J’aimais beaucoup cet instant de  détente,de rire et de familiarité.

Ce fut ce moment que la petite Marie Louise choisit pour les avoir, vous parlez d’un moment, au milieu d’un troupeau de mâles échauffés par le vin blanc.

On l’entraîna à l’écart discrètement, c’était affaire de femme. Au moins elle se souviendrait à plusieurs titres de ses premières moissons en tant que travailleuse.

Les hommes décidèrent d’une légère sieste, elle était méritée car nous étions debout depuis quatre heures du matin. Stanislas excité voulait plus qu’une sieste et tenta de m’entraîner dans le sous bois.

Il n’en était pas question et résigné il s’appuya sur un tas de gerbes, baissa son chapeau et bientôt ronfla.

Louise engagea la discussion au sujet d’Augustin, elle le trouvait très intéressant. Je ne comprenais pas trop où elle voulait en venir, intéressant pour elle? Son air enfantin ou de fillette la séduirait-elle?

Mais non quelle idiote, elle le voyait marié avec sa fille. Oui effectivement nous pouvions y penser, mais elle était bien jeune encore, et mon frère disons le franchement, ne semblait guère s’en intéresser.

Par contre et je pense que mon instinct ne me trompait pas, Augustin zyeutait le domestique de la Vélisière avec une attention bien particulière. J’avais un peu peur car certains grands valets qui avaient profité de quelques petits drôles dans le secret des étables avaient des mœurs particulières.

La journée fut longue, même si nous avions l’habitude des grands travaux. La petite de Louise titubait de fatigue et plus inhabituelle je remarquais que mon père avait le dos bloqué.

On rentra chacun chez nous, la tête basse, abrutis de fatigue, il faisait presque nuit. Il nous restait à manger puis à aller nous coucher. Nous étions sales et malodorants mais jamais je ne pus obtenir des hommes qu’ils aillent se laver. Moi seule je me retrouvais dans la cour avec mon seau d’eau pour au moins me débarrasser de mon carcan de crasse. J’entendis du bruit, le valet venait également puiser de l’eau pour faire la même chose que moi. Il me dit, vous voulez que je vous aide maîtresse. Comme une idiote j’ai cru qu’il me demandait si j’avais besoin d’aide pour me laver avant de comprendre qu’il parlait de remonter de l’eau du fond du puits.

J’eus le sommeil agité de quelqu’un qui est trop fatiguée, j’eus aussi l’impression que je venais de m’endormir quand il fallut se relever de nouveau.

Cela dura des jours et des jours, nos corps s’habituèrent un peu mais le lendemain la chaleur fut -elle que le rendement tomba de beaucoup. Sous peine d’insolation il fallait sans cesse humidifier nos bonnets et chapeaux. Le vent qui s’était levé, soulevait des nuages de poussière. Nous étions tranquilles un moment puis venait une rafale qui nous asphyxiait à moitié. Mon père et Jacques se disputaient sans cesse sur l’ordre de fauchage de leurs champs. Chacun voulait évidemment faire les siens en premier sans forcément tenir compte de degré de maturité des grains. Déjà la querelle avait été vive pour le premier champs et c’est le maître du château qui avait tranché. Voila que cela recommençait, avec Louise nous connaissions bien nos idiots de bonhommes et nous les interrompirent en leur proposant une chopine. Cela avait le don de les mettre d’accord. De toutes façons rien ne menaçait les récoltes. Seuls les orages auraient pu troubler la sérénité du village.

Il s’avéra que malgré ses allures de fille, Augustin faisait un remarquable botteleur. Son père était fier. Moi j’étais inquiète des regard que se coulaient mon frère et le domestique. Je n’étais également pas tranquille car le premier jour c’était  la belle mère de Louise qui était chargée de garder les enfants. Ma sœur et Jean, le petit de Louise, lui en faisaient voir de toutes les couleurs. Pour ma petite, elle la gardait pour sûr mais pour le sein il fallait quand même que je m’arrête de temps à autre.

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