UNE ANNÉE DE LA VIE D’UNE FEMME, SEMAINE 28, le rabibochage

Autant vous dire que je fus un peu ostracisée et que je fis choix de rester à la Gaborinière. Les moissons visiblement ne commenceraient nul part avant la semaine prochaine, en attendant il fallait bien parler d’autres choses.

Louise vint me voir et me jura qu’elle n’y était pour rien, que c’était sa fille qui avait tout raconté. D’ailleurs elle la poussa devant elle et lui demanda d’avouer sa faute. Elle ne voulut rien savoir, alors Louise se fâcha et la menaça d’une correction. Je ne crois pas qu’elle eut cédée d’un pouce si dans l’embrasure de la maison elle n’eut aperçu le valet Aimé. Évidemment à treize ans on accepte mal de se prendre une volée devant un garçon de dix sept ans.

Alors je fus bien satisfaite au moins je retrouvais mon amie. Par contre je fus un peu embêtée quand Louise me dit, il est bien joli votre valet, et que comme une sotte je me mis à rougir.

Bon ce n’était pas tout cela mais le travail n’allait pas se faire tout seul. Mes problèmes finiraient bien par se régler tout seul.

Quand je sus que Stanislas irait pour quelques jours travailler au château je n’en fus plus autant convaincue. Monsieur notre maître avait besoin de faucheurs pour les prés entourant le château. Mon père n’avait pas hésité une second à lui donner mon mari, mais pouvait -il en être autrement. C’était une réminiscence des corvées d’autrefois.

On maugréait mais on était presque fier de travailler pour le château c’était paradoxal. Il y resta trois jours, mon Dieu ce qu’il m’énervait avec son air satisfait et sa façon qu’il avait de se taper sur le ventre pour montrer qu’il était bien nourri. Si il était si bien là bas que n’y restait-il pas?

Je suis allée à un convoi aujourd’hui, celui de la petite Eugénie Martin, la pauvre poupée est morte à onze ans, il y a des familles qui ont bien du malheur. La pauvrette est morte c’est sûr mais de la cause de celle-ci,  il y a spéculation dans le village. Ce qui est certain c’est qu’elle était de faible complexion et malade des bronches.

Moi je ne la connaissais guère mais j’y allais pour son grand père Pierre Rabillé, voir du monde aide à faire passer sa peine. Le cas présent était bien dramatique car la petite était déjà orpheline, sa mère Marie Rabillé est morte il y a déjà quatre ans et son père le Théodore est parti subitement l’année dernière. Le plus fort de l’histoire c’est que Théodore s’était remarié et qu’il avait eu un petit garçon. Les lascars à sa mort avaient donc laissé deux orphelins de lits différents et une très jeune veuve. Il n’empêche cela met un drôle de coup de voir cette enfant étendue sur son lit les mains jointes. Je l’ai un peu veillée, ce fut un dur moment. Il a fallu drôlement précipiter les choses car la chaleur était insoutenable et l’odeur acre qui doucement s’échappait, commençait à nous incommoder. Morte le matin, sous terre le soir ainsi va la vie.

La moisson était éminente , les préparatifs s’accéléraient, le père maugréait de ne pas voir revenir Stanislas. Celui ci pourtant le rassurait en affirmant qu’il en avait fini avec le foin du château.

Je le soupçonnais de ne pas aller très vite et un après midi n’en pouvant plus je pris ma drôlesse sous le bras et je m’en fus au château pour les surprendre.

Que pouvais je bien avoir dans la tête, les surprendre en mauvaise posture en pleine après midi c’était stupidité.

De fait lorsqu’il me vit arriver il était en plein travail et à grands coups de fourches chargeait une ultime charrette.

Il fut surpris de me voir car nous étions encore fâchés. Mais j’avais tout prévu et je sortis un bouteillon de vin blanc. Il me fit un sourire et de ses bras fort m’enlaçèrent. Nous étions de fait rabibochés et je savais ce qui allait m’arriver ce soir dans notre couche.

En tous cas je ne vis pas Célestine et j’en fus soulagée. Mais dans mon for intérieur j’étais chagrinée sur deux choses, d’abord le fait de ne pas les avoir vus ensemble ne signifiait rien et d’autre part je sentais que j’étais sous la coupe de mon bonhomme. Tout me rattachait à lui, notre enfant, notre mariage et aussi malgré qu’il me brutalise un soupçon d’amour.

D’ailleurs le soir il commença à me parler qu’il serait bien d’avoir un garçon pour qu’un jour il devienne métayer. Entendez par là pour qu’il puisse bénéficier d’une main d’œuvre gratuite. Plus les garçons étaient abondants dans un couple plus la métairie pouvait être grande.

Je lui ai répondu que l’on verrait bien comme si moi je pouvais commander la nature. Cet idiot voulait même que j’arrête d’allaiter. La petite n’avait que sept mois il n’en était pas question.

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