UNE ANNÉE DE LA VIE D’UNE FEMME, SEMAINE 25, les braises du feu de la Saint Jean

Assise sur la margelle du puits, Antoine lui tenait étroitement la taille. Ils ne m’aperçurent pas et je pus l’observer sans complexe et sans retenue. C’était une jeunette à n’en pas douter, les joues roses et grasses , une bouche petite, pincée comme un cul de poule. Antoine devait lui chuchoter des bêtises car elle rigolait à pleine gorge. Je ne pouvais voir la couleur de ses cheveux mais je la supposais plutôt brune. Elle semblait aussi assez ronde, replète et de petite taille d’ailleurs ses jambes ne touchaient pas le sol alors que moi assise au même endroit je n’avais pas ce problème là. Sa poitrine dont Antoine inondait la naissance de baisers était volumineuse. Une poitrine qu’un honnête homme aurait plaisir à s’approprier.

Assurément les deux tourtereaux qui officiellement n’avaient pas le droit de se fréquenter en tête à tête n’en étaient pas à leur première rencontre. Antoine et la fille s’embrassaient à bouche que veux tu en une joute intense. A ce rythme la virginité de la demoiselle volerait en éclat avant le mariage.

Je me raclais la gorge pour signaler ma présence, les deux sursautèrent et je sus au regard de mon frère que je n’étais pas la bienvenue. Il me présenta sa dulcinée, Marie Rose Murail vingt deux ans. C’était  une journalière de Talmont, le coq Antoine n’avait pas été chasser dans son propre poulailler, cela ne m’étonna pas qu’il ne soit pas élu roi de le jeunesse. Elle me bégaya un bonjour, je crois bien qu’en plus elle n’avait pas inventé l’eau chaude. Je lui demandais en sachant bien la réponse ce qu’il faisait là . Mais il me répondit qu’il venait surveiller le travail du valet .

Moi je posais ma fille à l’ombre et je profitais un peu d’un temps de repos car la soirée serait longue avec le feu et le bal.

Quelle tranquillité, quelle sérénité, j’ôtais mes sabot et remontait ma jupe jusqu’en haut des cuisses pour leur faire voir un peu le soleil. La chaleur me gagnait et la brûlure du soleil se fit bientôt mordante. J’avais fermé les yeux et face à l’astre brûlant je voyais comme des immenses taches rouges et oranges dans mes yeux, cela changeait de formes et de couleurs, j’eus aimé peindre une telle palette.

Mais bientôt une ombre me cacha de la source des bienfaits, j’ouvrais les yeux. Aimé m’observait me guignait des yeux je dirais. Je m’aperçus confusément que ma jupe était vraiment très remontée et qu’il avait sans doute vu ce qu’il n’aurait pas du voir. Je rabattais mon vêtement avec brusquerie. Mécontente je lui demandais ce qu’il faisait là. Il me répondit que simplement il me regardait. J’étais en colère et lui fit savoir qu’il ne devait pas zyeuter les femmes ainsi et encore plus sa maîtresse.

Il se fit insolent  en me disant   »je crois madame que c’est vous qui avez commencé à m’observer dans la grange. »  J’avais bien  mérité cette remarque.

Je devins écarlate, je pris ma fille et je rentrais dans la maison. Ainsi il m’avait vue, nous étions en somme quittes. Mais je crois que j’en avais vu plus qu’il n’en avait vu lui.

La nuit tombait sur le village, monsieur le curé bien que réticent vint bénir le grand feu que le roi de la jeunesse avait allumé. Il ne s’attarda pas ne voulant pas se compromettre avec ces bacchanales.

Les jeunes riaient de bon cœur, l’alcool de la journée avait fait son effet et même les plus timides semblaient être pris d’une frénésie d’amusement. L’on voyait bien que des couples s’étaient formés, ils se tenaient par la main, se bisaient comme du bon pain. L’on devinait aussi celles et ceux qui ne seraient point sages. La chaleur du brasier de la saint Jean exacerbait les sens et l’on supputait de futurs drames et des futurs mariages précipités.

Deux violoneux étaient là accompagnés d’un fifre, la musique entêtante entraîna les jeunes en une ronde effrénée autour du feu. Les visages étaient rouges les corps essoufflés humides de sueur.

Hypnotisée par le spectacle je n’avais pas vu mon frère Antoine se lier à la farandole, montrant ainsi à tous sa conquête. Mon père prêt du tonneau en perce pâlit de n’avoir pas été prévenu que son fils fréquentait, après tout c’est à lui qu’il incomberait de décider si il autorisait ou pas l’union des deux amoureux.

Bientôt laissant ma petite à Marie Jeanne je fus entraînée dans la danse. Mon statut de femme mariée ne m’autorisait pas à d’énormes libations mais d’un regard Stanislas m’encouragea. Une sorte de vertige me prit moi aussi je me revoyais quelques années en arrière comme les autres échevelées et les sens échauffés.

L’immense brasier devint bientôt un champs de braise et les futurs couples s’enhardirent à sauter par dessus. Les célibataires eux devaient tourner neuf fois autour afin de trouver l’âme sœur. Je ne sais si cela était efficace, moi pour Stanislas je n’avais pas eu besoin de tourner autant de fois avant qu’il ne m’agrippe et ne m’entraîne à l’abri des regards.

Je vis mon père et quelques autres métayers lancer une petite pièce dans les braises. Si il la retrouvait c’était signe de prospérité, on se rattache bien à n’importe quoi.

Il était temps maintenant que les couples mariés se rentrent, laissant la place, les fourrés, le cimetière et les haies aux jeunes couples afin qu’ils se cajolent. En les regardant je me remémorais les moments intenses que j’avais passés avec Stanislas lors de notre première nuit de la Saint Jean.

En rentrant mon père endormi, ma sœur et ma fille rêvant  avec mon homme je me refis la scène des Saint Jean passé

Cela fut un délice, mon mari pour une fois doux me mena dans un paradis que je n’avais encore jamais foulé. Mais la tiédeur de mon corps était-elle pour Stanislas ou pour les yeux d’Aimé

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