UNE ANNÉE DE LA VIE D’UNE FEMME, SEMAINE 22, le purgatoire et l’enfer

 

Au village et à la métairie la vie se déroulait un peu de la même façon. Les travaux agricoles rythmaient l’ensemble. Même ceux qui ne mettaient pas la main directement à la terre y participaient indirectement. Le forgeron, le maréchal ferrant, le bourrelier, le vannier et j’en oublie sûrement faisaient partie’ intégrante de notre monde. Peut-être qu’ils sentaient un peu moins l’humus et le fumier et que les senteurs fauves du cuir ou celles acres du fer remplaçaient notre parfum à nous.

En saison la campagne était une vraie fourmilière, les hommes et les femmes circulaient beaucoup, un balai de danseurs très bien orchestré. Malgré les apparences chacun avait un but bien précis, de haut nous aurions pu penser que les mouvements étaient désordonnés, mais il en n’était rien.

Chacun aussi avait ses peines et ses joies, les naissances, les morts, les mariages, les engueulades entre époux, les adultères, les beuveries des hommes.

La violence y était latente, bagarre entre hommes ivres, où désireux de posséder la même chose.

Les femmes aussi subissaient beaucoup, les hommes avaient la main leste et il était fréquent de rencontrer quelques femmes tuméfiées. Nous n’étions pas dupes de leurs dires lorsqu’elles invoquaient quelques chutes.

La vie se faisait certes en communauté, mais l’éloignement de certaines métairies , comme la Gaborinière d’ailleurs faisait que des drames pouvaient se jouer sans que nous nous en rendions compte.

Ainsi la mort de Marie Joséphine Verdon, cette pauvre journalière est partie à 28 ans, comme cela sans rien dire laissant son mari dans la désolation. Morte au hameau des Brosses on ne l’a pas su tout de suite, pourtant elle était de notre connaissance puisque parfois papa l’embauchait. Je suis allée voir son veuf Esprit Bellier pour voir si il avait besoin.

Chez nous l’ambiance n’était guère au beau fixe, le père trainait je ne sais où et la direction des travaux s’en ressentait. Mon frère qui n’avait pas encore les connaissances voulait jouer au chef en commandant Stanislas comme un domestique. Si en théorie il l’était peut être,  il bénéficiait tout de même du ventre de la fille du patron, ce n’était pas rien comme statut, cela vous en posait. En général lui n’invoquait pas cela , il faisait comme si, mais moi que l’impudence et la méchanceté de mon frère me révoltaient ,j’entrais dans des colères où crûment je me permettais d’évoquer quelques relations intimes avec le dit domestique. Mon frère n’insistait pas en général et sortait en haussant les épaules, mais je savais que si mon père venait à mourir nous serions jetés à la rue.

Mais en attendant il se faisait tout miel, je lui faisais sa cuisine et lavais ses chemises.

Mais comme je vous l’ai dit il s’en prenait à mon jeune frère et là aussi j’étais la seule à m’opposer à sa méchanceté. Un jour, une querelle les a opposés dans leur grenier et j’ai bien cru qu’Antoine allait tuer Augustin. C’est Aimé qui a arrêté Antoine avant qu’il ne commette un geste irréparable. Nous en étions là avant les grands travaux, qui bientôt allaient commencer.

Moi au niveau de mon couple la froideur était de mise, je ne voulais pas de Stanislas et de ses sales pattes. Lorsque le soir, il se lovait le long de moi et que je sentais son haleine dans mon cou je n’étais que révolte. Bien sûr un soir il me prit, il ne fut pas déçu, je n’y mis aucune volonté, cuisses serrées, bouche cousue, et une sécheresse de planches à cercueil. Je ne sais pas si il apprécié, il fit son affaire mais ne revint pas tout de suite, je l’avais peut-être vaincu.

En parlant de chemise à laver,il était grand temps que je me mette à notre grande buée. Nous en avions discuté avec Louise Caillaud et Marie Jeanne Delhommeau. Il était hors de question que je fasse ma lessive seule alors on décida toutes les trois de se réunir au Violière chez Louise.

Il était bien entendu que nous ferions la sienne puis la mienne et que l’on terminerai par celle de Marie Jeanne. Car voyez vous le travail était éprouvant et surtout très long.

Le jour dit, de bon matin avec ma drôlesse de sœur et mon bébé, on se rendit à la Violière, cela faisait une belle promenade, comme une mise en jambes avant le labeur. La marche ne me faisait pas peur, mais ma poupée me pesait un peu sur les bras.

Arrivée là bas tout était prêt, Jacques avait sorti un grand cuvier en terre et l’avait positionné sous un toit afin que nous ayons moins chaud. Moi à la maison le notre était en bois cerclé comme un tonneau et nous l’avions déjà rempli d’eau afin que le bois gonfle et que l’étanchéité se fasse.

La veille, Louise avait positionné son linge dans la bassine de façon savante, comme nous l’avait appris nos aïeules.Elle  remplit d’eau froide jusqu’à en recouvrir tout l’ensemble Louise en bonne lingère qu’elle était recouvrit le tout d’un drap qu’on appelait cendrier car nous y déposions une belle couche de cendre.

Il fallait faire attention de ne réserver à cet usage que de la belle cendre de bois clair, sinon le linge à qui nous tenions comme la prunelle de nos yeux aurait été irrémédiablement taché. Nous le laissions comme un vieux ragoût ,macérer toute la journée.

Le lendemain on effectuait le coulage, c’est à dire qu’on versait peu à peu de l’eau chaude sur les cendres. L’eau chargée en ces matières s’écoulait par une bonde, nous réchauffions alors l’eau et nous recommencions.

Nous appelions cette journée l’enfer, car les vapeurs d’eau s’échappant du cuvier formaient comme un nuage. Louise avait parfumé son linge avec du thym et du laurier et il montait des flagrances complexes de plantes, de crasse et de cendre. La chaleur provoquée par la vapeur et la température élevée de ce mois de mai faisaient que nous étions couvertes de sueur. Nos corsages mouillés ne faisaient qu’un avec nos peaux , il y avait comme quelques choses de sensuel dans ces corps trempés, dans ces visages échevelés. Le chignon de Louise était tombé et ses cheveux tombaient en cascade sur sa poitrine magnifique offerte au regard par transparence. J’en eus comme un frisson, décidément j’étais bien un peu bizarre sous ma pèlerine de dévote. Marie Jeanne elle était plus attentive à sa tenue et était comme embêtée que l’on devine sa nudité. Peut-être était -elle complexée par une poitrine fort petite, alors que les nôtres respiraient l’opulence. Nous étions un peu grisées par les vapeur et nous disions beaucoup de bêtises. Louise s’ enhardie à me demander si Stanislas avait recommencer la position du sous bois et moi en réaction je lui demandais si elle avait écouté le curé en essayant ce qui était interdit pour certains et toléré par d’autres. En représailles elle m’aspergea comme pour cacher sa honte de l’avoir fait, Mais ce n’était que supputation. La journée passa joyeuse en coulage, en discussions et en casse-croûte. Sans homme mon Dieu ce que nous étions bien. Nous pouvions évoquer certaines choses sans ambiguïté sans que cela tourne à la farce obscène. De toutes façons nous ne pouvions nous montrer ainsi cela n’eut pas .été convenable. Louise la plus costaude remuait avec un pieu le linge

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