UNE ANNÉE DE LA VIE D’UNE FEMME , SEMAINE 20, Fête religieuse et plaisir d’Onan

Le 50ème jour après Pâques avait lieu la fête de la Pentecôte, c’était bien sûr encore une date importante pour notre église, elle était mobile car liée à la date de la fête de Pâques. Cette année cela tombait un dimanche alors cela ne modifiait guère nos habitudes, mais Napoléon avait décrété en son concordat que le lundi serait férié. Mon père éructait de colère pour ce jour de travail encore gâché. Ce n’était pas la peine qu’il s’énerve nous ne décidions de rien. En haut lieu il en avait été décidé ainsi, donc cela serait.

La veille on entra dans une discussion vaine et qui devint rapidement virulente. Allez expliquer à ces bougres d’ânes de bonhommes que nous fêtions l’esprit Saint. Au début ce fut moqueries, c’est la ressource des idiots, mais ensuite cela devint d’une agressivité à mon égard intolérable. Je n’y pouvais rien si Deu avait fait descendre l’esprit Saint sur ses disciples et sur les apôtres.

Père se tapait les cuisses en rigolant et mimait l’arrivée d’un souffle de vent. Ensuite il faisait semblant de parler une langue étrange avec des mots qu’il inventait. C’était clairement une hérésie, mon père était un mécréant, j’en avais honte. Antoine compléta le tableau en faisait exprès d’être brûlé par des langues de feu. Comme son père rien à en tirer, j’avais beau tenter d’expliquer qu’en distribuant l’esprit saint aux disciples ces derniers pourraient prêcher la bonne parole. C’était la trilogie au nom du père, du fils et du saint esprit. Rien n’était rationnel en tout cela, mais c’était ainsi, notre bon Dieu en avait décidé ainsi.

De toutes les façons nous irions tous à la messe, l’église serait pleine comme à chaque office et moi en entendant le « veni sancté spiritus  » je me pâmerais.

C’ est ce jour que Stanislas choisit pour disparaître. Toute l’après midi il but et il joua aux quilles, cela ne me posait pas de problème il fallait bien qu’il décompresse et de plus je ne l’avais pas dans mes jambes.

Le soir mon frère et mon père rentrèrent bien embarrassés, Stanislas n’était plus avec eux. Ils ignoraient où feignaient d’ignorer où il était.

La journée joyeuse de la Pentecôte finissait sur une mauvaise note. Les hommes bien fatigués allèrent se coucher mais moi j’attendis son retour. Assise sur la grande pierre qui nous servait de banc je vis le soleil plonger peu à peu derrière la palisse. Il faisait encore doux mais malgré cela je frissonnais un peu. Je me couvris d’un châle et repris ma garde. Rien , personne, les chauves souris commençaient leurs gracieux balais , sortaient de la grange hésitantes puis prenant confiance muées par un sûr instinct voletaient avec grâce. Leur vol paraissait désordonné mais était réglé par un mécanisme venu du fond des ages. J’aimais ces bestioles du diable qui jamais ne se laissaient voir.

Les étoiles par leur brillance éclairaient mon attente, par milliers elles semblaient me montrer un chemin. Ne me résolvant pas à attendre mon mari je décidais de partir à sa recherche. Peut-être était-il ivre mort couché dans un fossé, ou bien était-il mort, victime d’une attaque vive de madame nature. Mais malgré moi je subodorais plutôt une quelconque traîtrise. Je le voyais aux creux des reins de Victoire. J’en étais dégoûtée, indignée. Mes pas me portèrent vers les grandes Vélisières où la Messaline gîtait. Je sortis avec détermination de la protection des haies de la Gaborinière, pour entrer dans un monde bien plus inquiétant. Longeant le bois qui bordait le ruisseau, je n’avançais plus avec la même confiance. Les bruits n’étaient plus les mêmes que ceux de ma cour. Le vent qui bruissait dans les hautes ramures me faisait des niches en imitant les cris d’animaux féroces.

Je n’étais plus une femme et je redevenais petite fille. Jamais mes jambes tremblantes ne me porteraient jusqu’au lieu où peut être s’ébattaient l’infâme et le traître. Je fis demi tour et couru presque pour me mettre à l’abri de l’agression d’une éventuelle galipaude.

J’allais rentrer lorsque j’aperçus une vague lueur dans la grange. Doucement sur la pointe des pieds pour ne pas me faire entendre je pénétrais dans l’univers du valet. Il était là debout, nu comme au premier jour. La flamme dansante ne laissait aucun doute sur le plaisir qu’il se donnait. J’étais stupéfaite, béate, étonnée, intriguée, jamais je n’avais vu tel spectacle. J’en soupçonnais certes l’existence, les hommes n’étaient pas fait de bois, mais m’en repaître la vue ne correspondait pas à mon imaginaire. Je restais là figée redoutant de le troubler et d’interrompre ce moment qui paraissait pour lui merveilleux . Son jeune corps encore féminin frémissait à peine de ses délicates caresses.Je ne voyais pas son visage caché dans la pénombre mais j’en devinais les fins contours. Mais soyons franche mon regard était plus attiré vers sa contrée masculine. J’en devinais les formes , évaluait la rudesse, supputait sa douceur. Puis dans un tressaillement il termina sa belle et douce besogne, il se retourna comme si il m’avait vu ou entendu. Devais je signaler ma présence , me jeter dans ses bras moi qui quelques instants auparavant était morte d’inquiétude de ne pas voir rentrer mon mari. Je pris la sage décision de me retirer.

En ma couche le sommeil ne vint pas, Stanislas n’était pas là et la vision d’Aimé pendant le péché d’Onan m’ôtait toutes velléités de somnolence. Un temps je fus pourchassée par le désir de reproduire au féminin ce que j’avais vu dans la grange, mais j’étais ignorante de ces choses, je ne connaissais pas mon corps et mon éducation religieuse me laissait dans le plus grand embarras.

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