LE GREC DU CHÂTEAU DU GUÉ D’ALLERÉ, Épisode 1

 

Elle se dresse là à la sortie du Gué d’Alleré, hautaine, dominatrice, surplombant de sa hauteur les misérables toits campagnards couverts de la vénérable tige de botte.

On ne voit quelle et son toit pentu, elle est la seule à être vue, nonobstant le clocheton de la maison de Dieu.

Elle en impose, comme en imposerait un excentrique dans un mariage bourgeois. Tout diffère en elle de ses congénères, les autres sont construites en un schéma utilitaire, elle surprend par une originalité toute balnéaire.

Elle s’offre à notre regard, le capte. Notre esprit se focalise sur cette demeure jetée là entre le chemin de l’abbaye et le chemin de grande communication qui mène à Saint Sauveur.

Cette folie qui n’aurait pas dénoté sur le Mail de La Rochelle ou sur le front de mer de Chatelaillon , n’avait que peu sa place sur ce méchant village de paysans qui à l’époque doucement s’étiolait.

Qui avait commis cette impudence de choisir de placer une bâtisse art déco au milieu des vétustes paysannes.

Qui avait osé immiscer des terrasses et des balustres dans un paysage fait de meules de paille et de fumier?

Qui avait bravé l’ordonnancement paysan en faisant construire cette improbable et incongruité?

La mémoire des vieux se fait filante et avant que l’écheveau de la vie se termine, tentons de relier cette splendeur à des êtres qui furent de chair et qui sans doute ne sont plus mêmes des souvenirs.

Un vieux fou penché en des grimoires poussiéreux va tenter de vous éclairer.

Nous sommes dans les années trente, celles insouciantes qui précèdent la grande catastrophe, l’économie tremble des crashs bancaires multiples, la politique est un rien pourrie et le truculent Stavinski va de sa superbe et de sa faconde faire vaciller l’ignoble troisième république.

Mais revenons à notre propos, comme beaucoup de choses la digne maison fut le fruit d’une rencontre.

Celle d’un affairiste international et d’une petite paysanne du Gué d’Alleré. Rencontre d’une improbabilité marquante mais qui pourtant eut lieu.

Madame est née Belnard en 1896 dans le village du Gué d’Alleré, son père Moise est tisserand et sa mère la Joséphine Batmalle est couturière. La petite prénommée Angèle grandit sur les bords de la Roulière à l’ombre de la petite église saint André.

Elle devint couturière mais bientôt quitta le village pour vivre le long d’une rive plus importante que notre ruisseau hivernal, car elle élut domicile à Nantes où coule la belle Loire.

Devenue brodeuse et demeurant rue Chateaubriand elle fut séduite par un charcutier du nom de Jean Haméon, ils se marièrent le 26 décembre 1923. De par son métier elle aimait être belle et bien mise, déjà elle portait beau et la petite paysanne se transformait en coquette des villes.

Le charcutier eut la malencontreuse idée de mourir en 1925 à l’âge précoce de 31 ans, miséricorde comme le nom du cimetière qui l’accueillit.

La veuve fut-elle éplorée, peut-être mais pas longtemps, car son destin bascula en rencontrant un intéressant négociant nommé Maillard.

Ce presque quinquagénaire envouta littéralement la veuve Gué d’Allérienne, était-ce cet accent oriental ou bien cette mine soignée, élégante qui sut plaire à la couturière de quartier.

Sûrement les deux ensemble mais l’objet du désir possédait aussi l’art de la conversation. Il la charma, l’enjôla, la cajola, lui donna bientôt son cœur, puis son corps à moins que cela ne fusse le contraire.

Le beau séducteur, portant veston de prix et costume de marque parisien, conduisant une imposante voiture retourna notre fille des champs, élevée au cul des vaches.

Visiblement ce négociant avait réussi, le train de vie était d’importance, elle ne s’usait plus les doigts à coudre pour les autres, elle n’était plus tenue de laver les tabliers plein de gras et de sang de son défunt charcutier de mari, elle était maintenant la belle, la garce du riche négociant.

Mais il fallut déménager, assez rapidement les affaires étaient fluctuantes, le couple rejoignit l’anonymat de la capitale et s’installa rue de Turin.

Elle était maintenant devenue son alter ego, sa femme de confiance.

Lui avait repris son nom de baptême et nous pouvons maintenant le présenter.

Le beau Maillard à l’accent trainant oriental est né grec en 1879, fils d’une ile des Cyclades nommée Syra ,il est né en la capitale de ce petit îlot rocheux. Mac petite ville nommée Ermoupolis devint son premier terrain de jeux.

Par un hasard providentiel la belle Angèle rencontra l’élégant grec qui lui aussi se prénommait Angel. Son nom était Angélakis époux divorcé de Catherine Anastassiadès

Bientôt cet univers enserré par la mer Egée ne fut plus suffisant à son ambition.

Il trempa dans le négoce de grains en la mirifique Istanbul capitale de l’empire encore Ottoman, sans se vanter il fit la même chose à Bucarest.

Éternel baroudeur, vivant de combine, faisant faillite comme faisant fortune. Doué pour les langues, il maitrisait déjà le roumain et le turc, savait l’anglais mais aussi le français.

Affublé d’un tel bagage il se rajouta le russe et devint professeur de comptabilité à Moscou et Petrograd.

Angel Angelakis était un bon comptable virtuose des chiffres, avouons que cela a du bon pour un escroc.

Mais un jour, comme à chaque fois , il dut prendre le large, le communisme naissant ne lui seyait peut-être pas assez pour faire fortune.

Sa vie maintenant oscille, son pays natal le tente, il y monte un trafic de tabac que le gouvernement Hellène n’apprécie guère. Il doit fuir et changer de nom.

 

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