LE GREC DU CHATEAU DU GUÉ D’ALLERÉ, Épisode 2

 

La France lui paraît un paradis et il y débarque en 1923, c’est un peu la galère. On le retrouve commissionnaire en marchandises.

Il s’essaye au labeur de garagiste car il aime les belles voitures, mais ce n’est que gagne petit. Mac bourse le tente, mais les cours sont fluctuants et son train de vie n’est pas mince.

Devenant tour à tour Maillard négociant et Perret soyeux à Nantes. Représentant de la compagnie de bijouterie Brunner et Héry, puis officier en retraite.

La belle Angèle Belnard n’avait que l’embarras du choix. Nantes devenant trop petite pour les deux amants, ils s’offrirent un nid douillet dans un immeuble Haussmannien au 17 rue de Turin à Paris.

Ils s’y marièrent le 4 juin 1929 à la mairie de Paris 8ème. Grande et belle vie, champagne et bijoux, manteaux de fourrure et restaurants de luxe. Angel et Angèle s’étaient bien trouvés, un superbe duo,

Lui rassurant dans son strict costume, une petite moustache, une légère et rassurante calvitie, parlant beau et bien, elle superbe créature aux parfums lourds. La fille du Gué faisait se retourner les hommes aussi bien que les femmes, objet de convoitise et de désir.

Stavinski aux petits pieds, Angel Angelakis, dut-il mettre un peu d’espace entre lui et quelques créanciers, pour accepter de venir s’enterrer au Gué D’Alleré ou convaincu par sa jeune femme qui voulait de façon flamboyante donner leçons aux culs terreux de son village natal.

En tout cas pas question de s’installer dans une de ces sales maisons à la terre battue, non il lui fallait une demeure à leur démesure.

Ils firent donc bâtir la maison que vite les habitants du Gué baptisèrent le  » château  », peut-être pour se moquer des allures de châtelaine que prenait Angel Angélakis née Belnard.

Ses jambes gainées de soie contrastaient avec celles nues des paysannes allant au champ. Ses robes à la dernière mode parisienne juraient devant les stricts patrons des robes villageoises.

Les femmes chaussaient sabots alors qu’elle peinait à ne point salir ses jolis souliers de cuir, le contraste était flagrant.

Lui le grec n’avait que peu de points communs avec les frustes terriens de ce village agricole, mais sa voiture flambant neuve et quelques tournées au bistrot faisaient illusion d’une camaraderie.

Mais comme à chaque fois le couple devenait la proie d’ennuis financiers inextricables, ils durent vendre.

Ce fut un nommé Frank Alfred qui emporta le morceau. Cette famille juive qui villégiaturait à Fouras acheta la maison comme un refuge devant la montée inexorable des tensions entre l’Allemagne Nazie et la France.

Les époux Angelakis profitèrent de la confusion des temps pour disparaître.

Maitre escroc ils firent de fructueuses affaires, pendant tout le conflit. Bien qu’ironiquement Angel déclara devant ses futurs juges qu’il passa la guerre à coudre des chaussons et elle à tricoter.

Accordons leurs l’hypothèse du doute, ne pouvant juger que sur des preuves tangibles.

En tous cas ils ne furent nullement inquiétés par la justice de l’époque et continuèrent à vivre à leur manière.

Mais pourquoi faire les choses en petit quand on peut les faire en grand. Le couple rodé se spécialisa dans les diamants.

Angel qui avait gardé des contacts utiles en Turquie se faisait faire des chéquiers par un faussaire de sa connaissance expérimenté.

L’escroc avait en poche tous les sésames des banques internationales ainsi que les cartes d’identité correspondantes.

Il leur suffisait de choisir un joaillier assez crédule pour accepter un chèque d’un inconnu.

Mais l’allure rassurant d’officier en retraite d’Angel et le beau cul de sa femme en trompèrent plus d’un.

La bijouterie Pallagi à Paris, la bijouterie Saint Aubin à Dijon, la bijouterie Bernard à Saint Etienne et la bijouterie Orfanick et Ragenof à Paris en firent la cruelle expérience.

Le scénario était bien rodé, le couple choisissait des diamants, les payait avec des faux chèques puis les revendait contre paiement en liquide auprès de joaillers véreux. Monsieur Bellac à Toulouse et la famille Arnauton à Pau ne jouaient pas les difficiles.

Une arnaque n’en attendant pas une autre ils escroquèrent également la BNCI de Tours pour la somme de 120000 francs en détournant un acompte sur un faux chèque.

Mais la folie s’arrêta un jour et une enquête menée par le parquet de Dijon aidé par toutes les polices de France mena à l’interpellation du couple à Perpignan.

Le fils du vent Grec redevint un vieillard et la fille du tisserand du Gué une simple quinquagénaire.

Pourtant les deux se défendirent comme des beaux diables à l’audience du 31 janvier 1951, il allégua avoir été trompé. Elle apparaissait encore en maitresse femme, sûre d’elle, belle et répondant à la place de son mari, subitement vieilli et feignant d’être sourd.

L’affaire était entendue et portait sur la somme faramineuse de 7 470 000 francs, les époux Angélakis furent condamnés, lui à 4 ans de prison ferme et elle à 2 ans. Ils auraient dû payer en outre la vertigineuse amende de 2 500 000 francs. C’était peu au regard de l’escroquerie et beaucoup pour eux.

Mais le parquet jugeant la peine trop clémente les rejugea en avril de la même année. La peine fut doublée.

Ils purgèrent chacun leur peine.

La belle maison du Gué d’Alleré a changé depuis plusieurs fois de propriétaires mais gageons que la faconde du grec y résonne encore et que la gracile silhouette de la belle Angele s’y promène encore dans son parfum évanescent.

Nota : je n’ai pas trouvé quant à présent, trace du décès d’Angel Angélakis, mais il est probablement mort en prison. Mais notre héroïne du Gué d’alleré est morte à Nantes le 03 septembre 1994 au bel âge de 98 ans

Sources : Journaux de l’époque

                  registres d’état civil

2 réflexions au sujet de « LE GREC DU CHATEAU DU GUÉ D’ALLERÉ, Épisode 2 »

  1. Pour ceux qui voudraient en savoir plus, je vous conseille de consulter gratuitement sur Retronews les articles parus dans la Bourgogne républicaine des 22 septembre 1950, 30 janvier 1951, 1er février 1951, 2 février 1951 et 25 avril 1951 (épilogue de leurs condamnations). Les époux Angélakis-Belnard étaient quand même franchement gratinés (et en prime vous les verrez en photos). Merci de nous avoir fait découvrir ce couple d’escrocs XXL.

    J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s