UNE VIE PAYSANNE, ÉPISODE 61, le cousin et la cousine

commune de Verdelot hameau de Pilfroid

1883-1885

Je le savais, nous le savions que cela n’était pas raisonnable, mais voyez vous depuis tout petit nous grandissions ensemble, elle chez ses parents moi chez mes tantes.

Nous étions complices, amis, on a tout fait en commun, les bêtises, les découvertes. Lorsque je repartais dans l’Aube chez mon père c’était à elle qu’étaient dédiés mes rêves.

Je la connaissais par cœur, nous n’avions aucun secret l’un pour l’autre. Je connaissais même son corps et elle connaissait le mien, on jouait au couple, au père et à la mère alors dès fois nous franchissions les limites que les adultes imposent aux enfants. Mais peu nous importait, je fus le témoin de sa poitrine naissante. Elle aussi me surprit en mes transformations. Mais ce n’était plus l’innocence, la petite fille que je m’amusais à embrasser partout maintenant me troublait . Elle maintenant était devenue pudique, ne voulait plus rien me montrer, sa chair blanche avait disparu sous ses cotillons. Il ne me restait plus que son parfum , un rien indéfinissable, flagrance de femme désirée. Agacé par sa répugnance à me livrer ce qu’elle me livrait autrefois je fus quelques temps à moins la voir, certes je la croisais nous étions de la même famille, mais je feignais l’indifférence. Mes songes étaient encore peuplés de sa silhouette.

Lors des fêtes au village je m’activais au près des autres filles et un soir je ne fus pas très loin d’enlever une citadelle vertueuse. Cela ne se fit pas mais Louise présente au bal vit mes tentatives de séduction. J’avais évidemment envie de faire l’amour à cette villageoise mais ce n’était après tout que tactique pour la rendre jalouse.

Cela réussit au-delà de mes espérances, car le lendemain les deux femmes se croisèrent sur un chemin isolé et se mirent une volée. Ce fut un beau combat qui enchanta le village entier. On eut dit deux folles, griffures, horions, touffes de cheveux arrachées. Louise eut son corsage arraché . Chacune de mes jalouses voulut humilier l’autre en voulant la fesser. Les spectateurs s’en mirent plein les yeux de ces culs blancs. Épuisées, honteuses, elles finirent chacune par abandonner la lutte et repartirent chez elle.

A la maison il fallut que Louise affronte sa mère et la main de cette dernière fut leste, le soir le père qui avait appris comme tout le village que sa fille s’était conduite honteusement voulut la punir encore. Ma tante de toute son autorité s’y opposa.

Le dimanche suivant je la raccompagnais après la messe, personne n’y voyait à mal nous étions cousins. Mais notre attirance avait atteint une fulgurance que rien n’arrête. Dans l’émergence d’un hallier elle m’offrit son corps je lui fis don du mien. Un baisser long et langoureux, des caresses, une mousse épaisse et duveteuse, l’odeur des arbres en fleurs firent que, elle me laissa soulever sa large jupe de laine. Je fus maladroit c’était la première fois, mais malgré notre embarras le moment fut charmant et en appela d’autres.

Mais ces instants de pur bonheur furent cachés par le résultat de notre amoureuse imprévoyance. Louise était pleine, aussi pleine de mon amour que pleine de mon enfant.

Je vécus là des moments bien délicats, avec Louise on ne savait pas quoi faire, tout a été examiné, le faire passer, l’abandonner, nous marier en catastrophe.

Moi courageusement le jour où Louise dut l’annoncer à ses parents je partis voir mon père dans l’Aube. C’était un peu lâche je l’avoue.

La réaction chez ma tante fut terrible, une fille mère engrossée par son cousin, le tableau n’était pas idyllique mais que faire. Après la volée de bois vert, il fallut bien faire quelque chose.

Ma tante qui avait des convictions, ne voulut pas entendre parler de jeter à la rue sa fille comme le préconisait mon oncle, alors le choix était forcément limité, élevé le bâtard seule ou bien se marier avec le salopard qui avait forcé la belle.

On garda l’option mariage,mais voilà je n’avais pas un sou, alors vous pensez que s’établir. On décida de nous marier à mon retour et quand j’aurai la bourse un peu plus pleine. J’acquiesçais à tout et devenais comme le fiancé officiel. La situation était bancale, devait-on continuer à nous voir intimement. Comme elle était grosse la nature nous freina un peu.

Albert Achille Groizier vit le jour le 9 octobre 1883. Je vis peu ce petit car mon métier de berger m’accaparait et de plus je n’étais guère le bien venu, mais en tous les cas, j’avais promis et je me devais de tenir parole.

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