UNE VIE PAYSANNE, ÉPISODE 55, la débacle

Commune de Montpothier département de l’Aube

Année 1870

J’avais laissé mon fils Jules chez ma sœur à Verdelot, c’était comme un lien entre moi et ma terre natale,et puis elle avait besoin d’une petite main pour l’aider.

Cela ne lui ferait pas de mal de voir autre chose que les cotillons de ma femme et la bouille de sa fille. Remarquez j’aurais pu le mettre dans une ferme un peu plus près de chez nous mais bon n’en parlons plus.

Ma nièce était maintenant bien joliette, un joli brin de fille, non de dieu si j’avais vingt ans de moins, le Jules il allait s’en mettre plein les mirettes.

Bon là n’était pas l’essentiel, le Napoléon il nous avait déclaré la guerre aux Prussiens. Aux yeux des vieilles badernes d’état major, des yeux des messieurs de la cour et des siens propres, il croyait que cela serait formalité.

Le couillon se trompait ferme, il n’était pas Bonaparte, n’avait pas de Murat, de Davout, ni de Lannes et  surtout les prussiens de 1870 n’étaient plus ceux de 1806. Il pensait qu’en quelques semaines il dicterait sa conduite au roi de Prusse et ses soldats croyaient dur comme fer qu’ils ripailleraient au cul des berlinoise après quelques marches victorieuses.

C’était un spectacle de voir passer la troupe et les équipages des officiers, pleins de gloriole et pleins de fierté. Ils le seraient moins dans quelques semaines.

Le 17 juillet ce fut officiel, on était en guerre, avec un peu de jugeote on aurait pu savoir qu’ils pouvaient aligner 500 000 hommes alors que nous n’en avions que 300 000. Avec un peu d’intelligence nos stratèges auraient pu savoir que cette armée qui venait de battre le Danemark puis l’Autriche était redoutable.

Nous aurions pu savoir également que l’artillerie sonnerait le glas de notre flamboyante cavalerie.

Mais non, sabre au clair, nous nous fîmes écraser glorieusement.

Louis Alexandre Patoux

commune de Gault département de la Marne

Année 1870

Je n’aurasi jamais cru que cela arriverait de nouveau, être envahis par ces prussiens, par ses uhlans. J’avais le pressentiment lorsque la guerre s’est déclarée que cela tournerait mal.

Le 2 septembre le Badinguet se retrouve encerclé à Metz, c’est la capitulation et la chute de l’empire. C’est la fin d’un monde, vive la république. Le Napoléon, le petit se retrouve aux mains des prussiens et la Montijo régente en crinoline se sauve en Angleterre. Les troupes vont déferler sur Paris et j’espère que la capitale résistera mais en attendant la calamité allait s’abattre sur nous autres, nous étions dans la coulée et la voie de pénétration étrangère.

Les massacres, les pillages, les viols et la faim allaient revenir, j’aurais bien pu mourir avant, tout de même.

Au village ce fut la panique, on fit des réserves qu’on cacha soigneusement, certains allèrent dans les bois cacher leurs pucelles, moi je restais sur mon banc à chiquer du tabac et je n’hésiterais pas à leur cracher sur les bottes.

Marie François Isidore Groizier

Commune de Verdelot département de la Seine et Marne

1870

Je me souviens, j’avais treize ans pendant la première invasion, lorsqu’au détour d’un chemin près du château de la Roche je les ais vus, deux grands soldats ivres et braillards. L’un la maintenait l’autre était dessus. La pauvre en est devenue à moitié folle.

Elle n’avait pas été la seule la pauvre Jeanne, d’autres avaient subi le même sort. Maintenant cela allait recommencer, je m’inquiétais pour mes petites filles, mes filles et mes brus.

Pour sûr j’allais attraper le fusil à mon âge, on a plus rien à perdre. Avec d’autres, on allaient se poster et faire le coup de feu.

Cette guerre allait mettre en l’air ma nouvelle activité, comme j’étais plus bon à rien à la fabrication des tuiles on m’avait fait comprendre que l’on ne m’embaucherait plus. Alors il me fallait bien vivre et je me fis vendeur de peaux de lapin. Je ne sais pas si c’est cela qui fit mourir ma Marie Céline toujours fut-il que je me mis laborieusement à arpenter la campagne environnante pour récolter mes peaux. Ces foutus teutons allaient sûrement m’en empêcher. C’est que je passais d’une ferme à l’autre d’une maison à l’autre, j’en collectais une grosse quantité et je revendais à un grossiste, tout le monde y gagnait, avec les poils on en faisait des chapeaux. Je ne sais pas si avec la guerre le commerce allait tenir.

Au village ce fut une belle panique, comme partout ce n’était que fuite, les femmes voulaient sauver leur vertu, les riches voulaient sauver leurs biens.

La guerre était perdue, je me foutais bien de la république et de l’empire , comme tout le monde je me préoccupais plus des vignes et surtout des vendanges qui étaient à réaliser que de la situation politique.

Les biens matériels et notre subsistance étaient mon unique obsession. Bien sûr je n’aurais pas tolérer que l’on touche à ma femme et à mes filles, mais pour les reste.

Ce n’était que ballet de gardes nationaux et de mobiles, certains y croyaient encore mais l’immense majorité ne pensait qu’à rejoindre la Loire en une hypothétique défense.

Des cavaliers prussiens, badois et bavarois se présentaient pour des réquisitions, enfin je m’exprime mal, ils venaient chercher les biens qu’ils nous avaient imposés.

Les maisons étaient aussi pillées, ces barbares brisaient tout, s’enivraient et se livraient à toutes les extrémités.

Nous eûmes une belle frayeur ,une de mes petite fille qui habitait Villeneuve sur Bellot était tombée nez à nez avec une patrouille . Les salopards l’avaient coincée et elle avait déjà le cul à l’air quand un officier avait surgi et à l’aide de sa cravache avait éloigné les soudards. Dans un français approximatif il s’était excusé. Mais malheureusement d’autres filles n’eurent pas cette chance et après les viols ce fut la honte des grossesses sans père.

On apprit rapidement que l’empereur avait capitulé à Sedan le 2 septembre, c’était bien fait pour lui.

C’était la république avec un gouvernement provisoire, il nous fallait continuer la lutte. Sinon la récolte en raisin fut bonne et chacun fit ce qu’il avait à faire .

Nous étions envahis et le gouvernement encerclé dans Paris, comment allait-on vendre notre récolte?.

Il s’en suivit une période de vache maigre, les prussiens nous volaient tout, heureusement on était malins et à Pilfroid je crois que personne n’eut à subir la famine. Ce n’était pas le cas à Paris et dans les grandes villes comme Coulommiers.

Puis il faut bien se l’avouer on avait perdu, la guerre cessa, l’Alsace et la Lorraine devenaient allemande et nous avions un nouvel empire en Europe.

Nous avions aussi une indemnité de guerre à payer et les envahisseurs devaient rester jusqu’au total remboursement .

Une réflexion au sujet de « UNE VIE PAYSANNE, ÉPISODE 55, la débacle »

  1. J »avais toujours pensé que la guerre de 1870 avait affecté essentiellement l’Alsace et la Moselle, puisque de nombreux optants etaient venus d’Alsace vers les Vosges restées francaises ??

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