UNE VIE PAYSANNE, ÉPISODE 52, le remariage de Joseph

Commune de Montpothier département de l’Aube

Année 1864

J’avais aimé Clémentine, mais comme d’autres je ne pouvais rester seul, il me fallait une compagne pour tenir mon intérieur, mon ménage et surtout s’occuper de mon dernier qui avait à peine 4 ans. Jusqu’à là je l’avais trimbalé un peu partout et je l’avais même confié un temps à ma sœur Denise à Verdelot. Il était temps que je le reprenne.

Cette absence féminine me pesait aussi au physique, j’avais besoin de faire l’amour et depuis mon veuvage je m’étais mis à examiner les femmes sous un autre angle. Celle ci voudrait-elle de moi . L’idéal pour moi serait une jeune veuve.

J’avais après la mort de Clémentine déménagé sur la commune de Montpothier dans le département de l’Aube. J’avais trouvé un troupeau à m’occuper et justement l’un des bergers qui travaillait avec moi me dit qu’il connaissait une veuve assez jolie, point trop fanée et pas farouche.

Le Louis Giroux s’apprêtait à me présenter sa connaissance. Un soir donc on organisa un simulacre de rencontre, nous feignîmes de tomber sur la veuve de façon impromptue.

Deux trois tirades, quelques banalités, mais la promesse de nous revoir. Pour nous revoir nous nous sommes revus, j’habitais les Petites Maisons et un soir je la trouvais sur le pas de ma porte . Je vous fais grâce de la suite, des charmes elle en avait, elle me les fit découvrir. Elle était libre, moi aussi, alors nous fîmes fis de tous les ragots possibles. L’amour c’était bien mais nous ne tenions pas à rester dans l’illégalité et la morale nous commandait de régulariser. Le mariage se fit donc dans la commune le 24 mai 1864. Ce fut Bénony Bardin qui me servit de témoin, c’était mon patron et de plus le jour des noces on convint tous deux qu’il prendrait ma fille Clémentine comme domestique.

La noce fut gaie on but le vin d’André Drouin mon deuxième témoin. Ma femme Marie Celestine Cordoin fut assistée par Louis Giroux et par un autre berger de notre entourage Alexandre Bacquet.

On fit le repas à l’auberge nous n’étions pas très nombreux car nous avions limité les invitations, après tout c’était notre second mariage.

La nuit de noces fut torride, non je plaisante j’avais déjà mangé de ce bon gâteau. Ne croyez pas que j’étais repu, car ma femme était un joli brin de muguet. Oui elle avait quarante cinq ans ce n’était plus de la première jeunesse mais le travail manuel l’avait conservé, si elle était mure elle n’était point blette.

Seulement comme moi elle amenait un passé dans la corbeille, moi j’avais mon petit Jules et elle me ramenait sa fille Marie âgée de cinq ans. Là aussi c’était une histoire, alors qu’elle était journalière à Villenauxe une petite ville pas très loin d’ici elle se laissa conter fleurette, puis une chose en amenant une autre le jupon fut retroussé et la jeune veuve se retrouva avec un polichinelle dans le tiroir. Veuve avec enfant illégitime le tableau se chargeait et son horizon se rétrécissait. Avant que d’aller plus loin il faut préciser que Celestine avait quand même eut le ventre bien fertile et qu’elle avait donné sept enfant à son défunt mari. L’aîné avait dix ans et travaillait comme valet dans une ferme des environs, le suivant et les trois suivantes avaient également été placés. Brigitte la petite dernière avait onze ans, elle était bien petiote pour faire servante mais bon c’était le lot de tous, les miens étaient aussi disséminés dans les fermes environnantes. Un enfant chassait l’autre dans nos petites baraques, cela faisait une bouche à nourrir de moins et une place dans un lit. Célestine s’était aussi endurcie en perdant deux petits.

Moi, qu’elle fut chargée de famille ne me dérangeait guère, ce n’était pas comme si nous avions tous nos enfants avec nous. Le dimanche certes nous avions une sacrée tablée car les plus jeunes étaient lâchés par leur patron respectif et ils venaient donc nous rejoindre pour la journée.

J’avais donc une nouvelle famille, Jules fut ravi d’avoir une copine. Pour l’instant nous les installâmes dans le même lit, ils étaient jeunes, on les séparerait plus tard.

Avec Célestine on avait aussi décidé de quitter Montpothier et de retourner dans la Marne à Bouchy le Repos.

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