UNE VIE PAYSANNE, ÉPISODE 51, un double adultère

Marie François Isidore Groizier

Commune de Verdelot département de la Seine et Marne

1863

J’avais maintenant la soixantaine bien sonnée pourquoi allais-je m’enticher d’une nouvelle bonne femme qui me restait d’ailleurs à séduire. C’était folie de jeune adolescent alors que j’étais grand père. Une folle sénilité avant l’age, mais que voulez vous c’était irrésistible, il fallait que je tente ma chance avec cette réplique de défunte Rosalie. Jusqu’à lors je ne la remarquais pas, maintenant je la voyais partout.

Ma femme Céline grand bien lui fasse ne m’intéressait plus guère, ses genoux cagneux, ses seins tombants, ses poils blancs et sa répugnance à l’acte en lui même avaient eu raison de mon appétit.

C’en était-elle rendue compte, qu’elle tenta de modifier son comportement, elle se fit câline, entreprenante sous la couverture . Mais l’aventure n’était plus là, c’était mécanique,je faisais mon affaire puis me retournais. Céline avait soixante quatorze ans une vie derrière elle, elle faisait ce qu’elle pouvait mais moi je voulais Denise. Une dernière brise à ma vie, un sursaut avant le plongeon final vers la déchéance de la vieillesse.

Un soir que je rentrais chez moi exténué par une journée de labeur, recouvert d’un gangue de poussière, je la vis surgir de l’ombre d’une haie vive. Elle aussi rentrait chez elle, je lui adressais  un sourire et lui fis un compliment sur son allure. Elle rigola me disant que l’on ne devais pas dire pareille bêtise à une femme. J’avais capté son attention et chaque soir nous fîmes retour commun en nos logis.

Je n’avais rien à lui apporter, j’étais vieillissant, déjà courbé par des douleurs dorsales, chauve comme le cul d’un bébé, je n’avais plus guère de dents mais qui en avait à mon age. Cherchait-elle un exotisme que je ne pouvais lui offrir, un dérivatif à son couple qui pourtant semblait heureux, je n’avais aucune réponse, je n’en voulais d’ailleurs pas, j’avais besoin de son corps et de sa fantomatique ressemblance avec Rosalie.

A force de rencontres, de sourires, de paroles, j’obtins l’insigne honneur de profiter de ses atouts. Elle était un peu plus jeune que moi mais elle aussi commençait à être atteinte par les stigmates des années qui filaient inexorablement.

Pour que nous puissions nous unir il nous fallait ne plus tarder, nous avions vécu proche l’un de l’autre sans nous deviner, il était temps de réparer cette erreur.

Denise était mère et grand- mère mais encore femme, lorsqu’elle se dévêtit devant moi osant dévoiler ce qu’elle cachait à son mari, s’offrant toute nue comme une fille, je fus stupéfait par le spectacle de cette belle nature, une poitrine qu’aucune bouche n’avait altéré, fière et triomphante comme une pucelle que personne n’avait explorée. Tout son corps était une invite à l’amour je n’y voyais aucun défaut. Ce fut merveilleux, parfumé de troubles interdits de ce double adultère. Perclus de fatigue, repus de sexe nous rentrâmes retrouver nos vie respective, Céline me parut bien vieille, bien moche et bientôt suspicieuse.

L’adultère féminin était passible de prison et vous mettait irrémédiablement au ban de la société, pour l’homme c’était un peu différent, une gauloiserie, de la gaudriole qui ferait tourner en ridicule le mari. Il nous fallait montrer de prudence malgré notre désir ardent.

Marie Louise Cré, veuve Perrin

Commune de Verdelot, département de Seine et Marne

Année 1864

Mon dieu que j’étais bien lasse, je n’étais plus bonne à rien.

Je savais que mon heure allait venir, inéluctablement la faucheuse noire et méchante viendrait frapper à l’huis de ma porte. Je la laisserais entrer, nous nous saluerions et je partirais avec elle.

Le bon de l’histoire c’est que j’allais rejoindre mon Nicolas parti depuis bien longtemps maintenant. Je ne savais pas si j’avais fait le tour de mon histoire, de ma vie, non vraisemblablement pas.

Mes enfants semblaient heureux en ménage, pour le Joseph je ne savais pas car veuf , il venait de se remarier et je ne la connaissais pas.

Les petits poussaient derrière nous comme on dit, d’ailleurs en parlant de cela, peu me révérait, issu de mon sang ils me saluaient à peine. Des torgnoles se perdaient mais les parents en rigolaient, alors l’ombre que j’étais devenue passait tête basse.

A partir d’un certain age vous n’êtes que transparence, objet de gêne, vous avez fait votre temps, laissez place.

Moi aujourd’hui je mets mes plus beaux habits, ceux des noces, je vais suivre le premier pèlerinage de Verdelot en honneur de notre dame de pitié. Jusqu’à présent, nous pouvions prier la sainte statue de bois et son fils dans un autel de l’église. Nous lui demandions d’intercéder pour nous.

C’est l’abbé Pichelin qui décida de sortir la statue pour qu’elle soit conduite en procession à la fontaine aux fièvres. Cette eau réputée miraculeuse coulait près du prieuré où anciennement se trouvait la statue.

Elle était très vieille notre bonne dame, récemment repeinte elle portait un joli manteau de soie bleu.

Au village on disait que le curé qui avait voulu la faire transporter du prieuré à l’église avait utilisé un char avec des bœufs mais qu’au milieu du gué du ru de la Venture le chariot s’était immobilisé et que rien n’avait pu faire repartir les bœufs. C’est le curé avec ses habits sacerdotaux et accompagné de quatre jeunes filles qui avait réussi à sortir la statue de ce mauvais pas. Les jeunes filles avaient alors soulevé notre sainte vierge comme une plume.

C’est en l’honneur de ce jour que tous les troisièmes dimanches de septembre on effectuerait une procession.

Je me rendis à l’église, heureusement un voisin me hissa sur sa carriole, cela m’ôta le poids d’une première marche. L’église était pleine des gens du village mais de nombreux pèlerins étaient venus d’ailleurs.

Je m’installais avec mes filles, la messe fut magnifique, ensuite quatre gamines du village portèrent la statue, comme j’aurais aimé que l’une de mes petites filles soit choisie.

On marcha donc jusqu’au Prieuré et sa source, il y eut une autre messe, c’était beau, jamais je n’aurais pu manquer cela. Les larmes me vinrent et je me promettais d’effectuer ce rituel chaque année qui me restait à vivre.

 

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