UNE VIE PAYSANNE, ÉPISODE 44, une femme c’est bien, mais !!

Marie Louise Cré, veuve Perrin

Commune de Verdelot, département de Seine et Marne

Année 1850

Imaginez vous quelle vieille bique je faisais, treize petits-enfants, cela faisait une belle trallée. Je ne les voyais pas tous mais quelques uns me couraient souvent dans les jambes. C’était à peine si je pouvais en avoir raison, pour leur mettre une calotte il fallait encore pouvoir les attraper.

Les petits d’Henriette m’en faisaient voir de toutes les couleurs, ils me mangeaient mes fruits, déplaçaient mes affaires, attachaient des pierres à la queue de mon chat.

Ce qui m’énervait le plus c’était leur attitude irrespectueuse à l’église, cela rigolait, bavardait, le curé leurs tirait les oreilles au catéchisme mais rien n’y faisait, vraiment des suppôts de Satan ou pire de futurs républicains.

Il ne me restait plus qu’à marier ma dernière, j’étais heureuse car elle ne voyait plus Médéric, je ne savais pas pourquoi mais j’étais heureuse.

Pour l’instant elle n’avait pas de prétendant, il ne fallait pas quand même qu’elle tourne vieille fille.

Elle était joliette ma fille, des seins faits pour l’allaitement et des hanches à enfants, faites pour être besognées par un homme courageux et travailleur.

Ce qui n’était d’ailleurs pas le cas du fils Groizier qu’était un vrai bon à rien.

Moi mes soixante dix ans me pesaient beaucoup, j’avais de plus en plus de mal à remonter mon seau du fond du puits, le bois me paraissait plus lourd qu’avant. Au lavoir je n’arrivais plus à me relever, j’étais une vieille peau qui bientôt ne trouverait plus d’ouvrages à faire. Je devrais alors habiter chez l’un de mes enfants, cela je ne le voulais, pas plutôt crever.

Moi qui m’occupais en permanence, soit à filer, soit à tisser je souffrais de ne plus rien y voir, il m’aurait fallu des lorgnons. Un jour un colporteur qui passait m’en a fait essayer effectivement son verre grossissant m’y faisait mieux voir, mais j’eus beau compter et recompter mes pièces je n’arrivais pas au bon chiffre. Alors je suis retournée à mon obscurité et lui à son porte à porte.

Le curé en chaire nous avisait de nous méfier de l’arrivée d’un Buonaparte, je n’y comprenais rien. Qui c’était celui là, heureusement mon fils Joseph m’expliqua lors d’une de ses visites que ce prince était un neveu du grand Napoléon et que c’était le fils de son frère Louis. Il me compliqua l’affaire en me disant que c’était aussi le petit fils de Joséphine la femme de Napoléon, par l’intermédiaire d’Hortense sa fille. Devant mon air dépité, le fils m’expliqua que Napoléon avait marié sa belle fille à son jeune frère.

Mais à la sortie de l’église le curé nous dit que ce Bonaparte était un bâtard car sa mère avait la cuisse légère. Qui devais je croire, mon fils ou le curé?

Joseph Alexandre Napoléon Perrin

Commune de Gault département de la Marne

Année 1851

Comme beaucoup j’y avais cru mais maintenant j’étais plus que déçu, en février 1848 quand les ouvriers avaient fait la révolution à Paris et jeter bas les Orléans je croyais à l’émergence d’une vie meilleure.

Il y avait eu la constitution de 1848 et l’élection au suffrage universel d’un président de la République. Nous avions donc une chambre qui s’occupait des lois et un président qui s’occupait de l’exécutif.

J’étais heureux, car Louis Napoléon Bonaparte était notre premier président, cela alliait mon amour pour l’empire et ma soif de démocratie.

Quand je dis universel c’est sans les femmes, manquerait plus que ces mauvaises diseuses s’occupent de politique. Je crois aussi que le curé ne le pouvait pas non plus, la calotte au prêche et non pas au bureau de vote

Mais peu à peu le Napoléon et ses affidés durcirent leur position et firent la chasse aux républicains.

J’en discutais avec mon patron, pour lui ils allaient nous remettre l’empire et nous allions devoir nous battre contre l’Europe entière. Nous verrions bien.

A la maison j’avais eu la joie d’avoir déjà une fille et un garçon, deux en deux ans Clémentine se traînait mais pas de ma faute si elle était pleine rien qu’à voir mes affutiaux.

Nous étions jeunes mariés et déjà nous nous disputions, heureusement je gardais mes moutons et je n’étais pas là tous les soirs, sinon ses jérémiades m’auraient lassé et je lui aurais bien mis une paire de beignes.

La Clémentine voulait son égalité pour tout. On leur lâchait un morceau, que cette foutue engeance qui refaisait le monde au lavoir, en voulait plus. Le curé leurs mettait la tête à l’envers et les manipulait. Il leur expliquait que le monde d’après la mort serait beau et merveilleux mais qu’en attendant nous devions remplir nos devoirs, c’est à dire, travailler, prier, enfanter et ne rien demander d’autre.

Comment être sérieux quand on souscrivait à des idioties pareilles. Moi je n’avais guère le choix que de la laisser aller à la messe mais quand elle me disait ne me touche pas car c’est le carême, alors là je me fâchais et je l’obligeais à satisfaire à ses devoirs conjugaux.

Où allait-on si les femmes devaient décider quand, où et comment, j’avais envie, je prenais, sinon à quoi bon s’encombrer d’une bonne femme.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s