UNE VIE PAYSANNE, ÉPISODE 40, le retour de l’empereur

Marie François Isidore Groizier

Commune de Verdelot département de la Seine et Marne

1840.

Je n’avais eu qu’à me louer de mon remariage avec Marie, nous n’avions pas eu d’enfant ensemble et je pense que pour elle ce fut difficile. Elle tenta l’impossible pour en avoir, décoctions, implorations des Saints  et prières à la vierge Marie. Rien n’y fit et j’avais beau lui dire qu’implorer une vierge pour avoir des enfants était plus qu’idiot. Alors nous faisions l’amour souvent. Mais la nature lui fit comprendre qu’elle n’en aurait jamais, car bientôt elle n’eut plus ses menstrues. Certaines, chargées d’enfants, dansaient de joie lorsque cela leur arrivaient, Marie elle pleura et tomba en une sorte de léthargie que nous eûmes mes enfants et moi bien du mal à combattre.

Pourtant ces derniers lui vouaient un amour quasi filiale, seul Isidore avait réellement connu sa mère pour les autres le souvenir s’estompait irrémédiablement.

Moi même parfois je venais à douter que ma première femme eut vécue.

Lorsque j’avais perdu mon fils Alexandre un an après sa mère, elle avait veillé ce poupon malingre âgé d’un an comme si il fut sorti de son propre ventre. C’est de cette période que je m’étais mis à l’aimer. Avant elle n’avait été qu’une clause de contrat.

Jean Baptiste était maintenant un bon journalier et il se louait en général dans les mêmes fermes que moi.

Même si nous aurions préféré être propriétaire de nos terres, nous n’étions pas malheureux pour autant. Comme nous n’avions presque rien, nous ne souffrions guère lorsque la conjoncture était mauvaise pour les grains ou que la météo était catastrophique. On se serrait un peu plus la ceinture et voilà tout.

Marie Céline qui n’avait jamais été très jolie s’était encore enlaidie. Elle avait fort grossi et ressemblait à une petite barrique. Elle ne se soignait guère non plus et elle n’était pas une adepte de la toilette. Elle se lavait les mains le soir, parfois les pieds lorsqu’elle avait marché pieds nus ou qu’elle s’était souillée dans ses sabots.Le matin elle se rafraîchissait le visage et se peignait en une espèce de chignon qu’elle cachait sous son bonnet . Jamais au grand jamais elle ne soulevait son jupon pour laver son intimité, elle me disait je ne suis pas une fille de joie. Je m’étais accommodé de son acre parfum qui soyons francs s’accordait fort au mien.

Seul Médéric allait encore à l’école les autres étaient trop vieux et devaient travailler.

Joseph Alexandre Napoléon Perrin

Commune de Verdelot, département de Seine et Marne

Année 1840.

Ciel glacé! soleil pur! Oh! brille dans l’histoire!
Du funèbre triomphe, impérial flambeau!
Que le peuple à jamais te garde en sa mémoire
Jour beau comme la gloire,
Froid comme le tombeau

Lorsque j’arrivais ce jour là au village je fus accueilli par des rires moqueurs et des propos gouailleurs

  • Alors tu es content il est revenu

  • Ton Napoléon en ce moment il descend la Seine.

  • Remarque malgré que ça gel il doit pas avoir froid aux dents.

Si bien sûr il y avait de la moquerie, il y avait aussi de la déférence, le grand Napoléon revenait reposer parmi les siens, cela faisait presque vingt ans que les vieux soldats et les nostalgiques d’une grandeur révolue attendaient ce somptueux retour.

C’est mon père qui en aurait pleuré de joie, moi je portais simplement comme tant d’autres le bon prénom de Napoléon. Encore que cela ne fut que mon troisième et ils n’étaient pas nombreux à m’appeler sous ce vocable.

Alors oui j’étais bien content et je me rendis au cimetière pour l’annoncer à mon père.

Je ne savais pas si ce retour était dû à une idée de génie du roi, ou plus vraisemblablement de son entourage ou bien de la mansuétude de nos éternels ennemis les anglais, mais je regrettais déjà de n’être pas sur les rives de la Seine pour voir arriver majestueuses les cendres de notre grand conquérant.

On apprit par les journaux le déroulement des fastueuses cérémonies, certes le nom du bateau qui amena le catafalque se nommait la  »Dorade » ce qui n’était guère glorieux, mais les centaines de milliers de personnes qui pleurèrent de joie en voyant passer celui qui avait fait tuer leurs enfants et laissé un handicap à leur père étaient fascinés par le spectacle.

Les grands noms de l’empire étaient maintenant un peu défraîchis mais à tout bien considérer tout le monde gagnait à voir revenir le grand homme.

Moi à Verdelot en compagnie des anciens qui avaient combattu pour lui nous avions vidé bon nombre de bouteilles.

Ce fut passablement échauffé que je rentrais à Pilfroid où ma mère me fit la soupe à la grimace pour mon ébriété .

D’ailleurs, il était bien temps que je quitte le giron familial, généralement la famille restait groupée autour du père mais quand celui ci n’était, plus l’unité familiale se désagrégeait souvent et ce n’était pas la mère qui retenait les enfants dans le foyer.

Comme mes frères je partis donc voir si l’herbe était plus verte ailleurs, Maman restait seule avec ma petite sœur.

Moi je pris la direction du département voisin où il y avait beaucoup de moutons à garder et c’est vers le village de Chatillon sur Morin que je posais ma besace. Je n’avais pas l’intention de me fixer mais plutôt de gagner de l’argent. J’étais donc décidé à papillonner d’une ferme à l’autre et d’un village à un autre, Chatillon sur Morin, Bricot la ville, Le Gault furent mes terrains d’errance.

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