LE COMBAT DU 15 DÉCEMBRE 1944 AU GUÉ D’ ALLERÉ

 

I

 

Après le débarquement du 6 juin 1944 en Normandie les troupes allemandes refluent vers leurs frontières. Mal menées par les groupes de résistants elles commettent les pires atrocités. En retraitant, elles laissent toutefois des poches de résistance pour protéger leurs bases sous marine, Brest, Lorient, La Rochelle, Royan, Pointe de Grave, Saint Nazaire.

Les 18000 allemands de la poche de La Rochelle se retrouvent encerclés par les FFI  (Forces françaises de l’intérieur) et les FTP ( francs-tireurs et partisans) , provenant du sud ouest.

En ce qui concerne notre secteur, il est occupé par le groupe FTPF Demorny fort de 1500 hommes et par le régiment Foch.

Le régiment Demorny devant Forges, Aigrefeuille, Le Thou, Ciré et Chambon. Le régiment Rico devant Bouhet et Virson et le régiment Soleil devant le Gué d’Alleré.

Le régiment Foch progresse sur l’axe Niort La Rochelle et son premier bataillon s’installe à Bouhet, La Roullière, le Gué d’Alleré, la Laigne et Benon, son second bataillon reste en réserve sur Frontenay Rohan Rohan.

Le PC de ce régiment se trouve à la Laigne.

Il convient de préciser que le régiment Foch devient le 01 décembre 1944 le 123ème régiment d’infanterie, transformant ainsi les maquisards en soldats d’une armée régulière. Les hommes seront ainsi protégés par les conventions de la guerre et non plus considérés comme des terroristes.

Le régiment Demorny se transforme en 108ème RI .

Le 78 régiment d’infanterie prend position en arrière du régiment Foch au sud ouest de Bouhet à partir du 13 décembre.

Le régiment Soleil tient quand à lui le secteur des Haies de Virson.

Il convient de préciser que suite à une convention négociée entre le contre amiral Schirlitz et le commandant Meyer, puis ratifiée par le général Adeline qui commande les forces françaises du sud ouest, La Rochelle ne sera pas attaquée les installations portuaires et urbaines ne seront pas détruites.

Une zone de no man’s land est créée entre les lignes allemandes et les lignes françaises. Dans cette zone les deux contractants conservent leur liberté d’action.

Les communes du Gué d’Alleré, de Saint Sauveur et de Ferrière se trouvent dans cette zone.

Celles de Benon et Bouhet se trouvent en limite de la zone française.

La ligne de front se situe au niveau de Rioux et de Mille écus pour ce qui concerne le Gué d’Alleré, et de la ferme du Silop, de Supplancay et de Blameré pour la commune de Bouhet.

Les attaques allemandes seront avant tout des raids d’alimentation. Celle du 15 décembre sur notre commune n’en fait pas exception

Dès le 13 décembre 1944 des mouvements de troupes sont signalés près de Virson, Saint Christophe, Saint Médard, Vérines et les craintes d’une attaque dans le sous secteur 3 et le sous secteur 4 se précisent. On constate la mise en place de pièces d’artilleries.

Les régiments Foch et Demorny sont en état d’alerte et un bataillon du 78 RI est envoyé à Maison Neuve.

Les alertes étaient fondées et le 15 décembre 1944 les Allemands attaquent en force et c’est près de 2500 hommes qui fondent sur les positions françaises.

A 8 h 15 l’artillerie tonne et les premiers obus s’abattent sur le bois de l’Encens, les haies de Virson et Bouhet.

L’aile droite allemande engage son avance depuis Virson sur les Haies de Virson. Le 4ème régiment Soleil qui tient la position devant la supériorité numérique des allemands se retire sur Blameré, le repli se fait en infligeant de grosses pertes à l’ennemi.

A 9 heure, l’attaque allemande se reporte au nord c’est à dire sur Bouhet , la ferme Silop, Supplancay et Blameré.

Ce secteur est tenu par la compagnie Wacherot du 1er bataillon du régiment Foch, le lieutenant Perrot Minot en exerce pour l’heure le commandement.

Une première colonne allemande est bloquée aux Haies et une autre se dirige vers les Petites Rivières. Les tirs de mortier s’abattent sur les positions et malgré une défense farouche, le repli par échelon est commandé sur la gare de Bouhet, puis en lisière de la forêt de Benon.

A 9 h 45 Bouhet est occupé, les derniers habitants qui n’avaient pas répondu aux ordres d’évacuation tentent de fuir ou se terrent dans les maisons mises immédiatement au pillage par les troupes allemandes.

Ce premier bourg en leur possession les allemands dirigent leurs effort sur le Gué d’Alleré qui est tenu par la compagnie Fournier du régiment Foch.

Il est 10 h 45 quand l’attaque commence, Rioux est bombardé ainsi que Saint Sauveur.

L’ennemi laisse une couverture sur Bouhet et attaque en force sur Mille écus et Rioux.

La compagnie Pascal qui couvre le Gué d’Alleré se défend vaillamment. La section Marot et la section Paillé ( de la compagnie Fournier ) résistent désespérément sur les positions de Mille écus.

Mais les abris sommaires et les armes légères ainsi que la modicité du nombre de soldats ne peuvent rien contre la supériorité en nombre des Allemands et sur leur supériorité en armement.

La colonne ennemie est précédée de deux camion blindés.

Malgré l’héroïsme désespéré des hommes, les allemands progressent et le Gué d’Alleré est évacué par la compagnie Fournier. A 13 heures le village est envahi et les allemands commencent leur pillage, là aussi la population qui n’est pas entièrement partie se cache ou s’enfuit.

Les survivants décrivent bien la panique et la peur qui s’empara d’eux, la préoccupation principale étant la préservation des troupeaux, nombre d’entre eux s’enfuirent à travers champs en direction de Benon.

Normalement la population aurait du être entièrement évacuée conformément aux ordres préfectoraux mais certains avaient fait choix de rester.

D’autres que la maladie avaient cloué au lit ne purent partir, et deux décès survinrent ce jour.

Les allemand furent sévèrement accrochés et de nombreux morts et blessés jonchaient les rues du village.

La majorité des morts que les français eurent à déplorer, fut lors de la défense du point de Mille écus et l’adjudant Marot qui commandait fut fait prisonnier et soigné dans un hôpital de La Rochelle.

Mais les français réagirent assez vite et le régiment Demorny prépara une contre offensive.

Un bataillon du 4ème zouave arriva également en renfort avec 4 pièces d’artillerie de 105 mm. A 14 heures, ils commencèrent à tirer sur les allemands qui se trouvaient à Bouhet .

A 15 heures 35, une patrouille pénètra dans Bouhet et constata que les allemand avaient évacué.

Le bombardement aérien prévu par six avions du groupement aérien de Cognac a été décommandé et redirigé sur le Gué d’Alleré. La mission n’a pas été  une réussite et 4 avions seront endommagés par la Flak allemande.

A 17 heures les allemands évacuèrent toutes les positions qu’ils avaient conquises.

Le bilan est terrible :

14 soldats français sont morts sur le terrain.

42 ont été faits prisonniers dont une vingtaine blessés.

11 d’entre eux décéderont dans les hôpitaux de la Rochelle portant le bilan total à 25 tués

Les Allemand eurent approximativement 57 morts et 120 blessés.

Leurs deux véhicules blindés furent détruits.

Mais ils emportèrent un important butin, 50 tonnes de céréale , 100 têtes de bétail et 11 mitrailleuses.

Dans les jours qui suivirent le village finit d’être évacué et la population se dirigea pour une grande part vers les Deux Sèvres. Seules quelques personnes ayant des sauf-conduits purent à nouveau pénétrer dans la zone.

Le régiment Foch durement éprouvé fut relevé et le 78 RI prit sa place.

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