UNE VIE PAYSANNE, ÉPISODE 30, l’explosion de la cellule familiale

Nicola Perrr

Nicolas Perrin

commune de Verdelot département de Seine et Marne

année 1824

Cette année aura vu un changement à la tête de l’état, le gros Louis Stanislas Xavier avait fini par pourrir. Notre roi impotent 18ème de sa lignée, dont on disait qu’il se faisait torcher le cul par un tamponneur d’ailleurs très fier de sa charge avait cessé son existence terrestre.

Cela n’eut pas été trop grave, nous aurions pu nous en remettre si à sa succession nous n’avions pas eu son frère, le pédant, le fier, l’ultra, le catholique Charles Xème du nom.

Celui là aussi fringant que son frère ne l’était pas, allait nous promettre de biens belles choses.

Plusieurs possesseurs de biens nationaux de la commune tremblaient à l’idée d’avoir à restituer ses biens que d’aucun considérait comme mal acquis.

Moi je n’avais que ma peau de mouton mais une chose était sure j’étais décidé à lutter pour ma liberté de penser.

A la maison Marie Louise s’était remise lentement d’un accouchement difficile et de la perte de son bébé trois semaines plus tard. Cette Lucie Louise était le troisième petit ange que nous perdions, c’était dans l’ordre des choses . Toutes les familles en perdaient autant, il ne fallait pas se formaliser, l’essentiel était qu’ils soient baptisés avant de monter au ciel.

Enfin cela c’était de la bondieuserie de grenouille de bénitier, moi je savais que ces frêles dépouilles enterrées à même le sol formaient engrais très rapidement, quand à leurs âmes je préférais les repérer dans les constellations et j’imaginais que ces petits êtres que nous n’avions pas vu vivre, grandissaient dans les astres.

Pour sûr je ne parlais pas comme cela devant Marie Louise, elle m’aurait écorché vif.

En novembre ce fut un joli chambardement chez nous, François et Augustine mariaient leur fille Rosalie à un de nos voisin de Pillfroid Isidore Groizier et leur fils François à une domestique nommée Marie Caroline Crapart.

Évidemment les mariages étaient des chambardement sans nom dans les familles, mais là nous allions toucher des sommets.

Jusqu’à présent nous avions fait toit commun avec mon beau frère, mais la fratrie élargie que nous formions, allait se resserrer en deux entités, celle de François Cré mon beau frère , ses enfants et la mienne.

J’allais donc m’installer dans une petite maison juste à coté et les futurs couples à leur grand plaisir allaient rejoindre l’abri tutélaire de la maison de leur père.

Marie Louise dansait de joie, enfin une autonomie d’habitat.

Par contre j’étais un peu dépité Rosalie, ma nièce préférée allait s’éloigner de mon intimité.

Marie Louise Cré, femme Perrin

Commune de Verdelot, département de Seine et Marne

Année 1824

J’étais aussi fier que Charles X notre roi, lui installait ses fesses sur les planches glorieuse et orgueilleuses, formant trône en son château des Tuileries, moi je posais les miennes sur une chaise de paille auprès de mon nouveau foyer.

Qui était le plus heureux des deux ? Je ne savais pas mais en tous les cas ma joie était grande.

Mon univers n’était point vaste mais il était le mien, plus d’Augustine l’arrogante et aimante et plus cette Rosalie copie conforme de son oncle.

J’allais être délivrée de mes vieux démons et de l’image qui me revenait sans cesse de mon Nicolas collé le long des jambes de cette foutue Augustine.

J’espérais profiter pendant quelques années de la liberté d’être la seule femme maîtresse de mon navire avant que ne m’arrive une belle fille qui voudrait tout révolutionner.

En attendant il convenait de se faire belle pour le mariage de mon neveu et de ma nièce.

La maison ne fut qu’atelier de couture, j’amenais aux noces toutes ma trallée, Denise 15 ans, Louis 13 ans, Nicolas André 20ans, Joséphine 10 ans. Nous n’étions que des petites gens mais il n’était point question de paraître mendiants. J’avais ma fierté plutôt ne pas y aller que d’avoir des robes rapiécées et des pantalons ravaudés.

Le premier mariage avait lieu à Vendières dans l’Aisne, par la haie des Gueux il n’y avait que 8 kilomètres, on les avala gaiement et rapidement, mon frère et les siens firent de même.

Je connaissais déjà la mariée elle travaillait comme domestique de ferme, je la voyais à la messe et bientôt j’allais la voir tous les jours.

Rosalie Joséphine Cré

commune de Verdelot département de Seine et Marne

1824

Le mariage de mon frère à Vendières allait me servir de répétition générale au mien, j’étais énervée comme une puce, tous ces préparatifs et tous ces changements.

D’abord ce fut le déménagement de mes oncles et tantes et de la famille Perrin, nous habitions ensemble depuis tant de temps. Nicolas était comme un second père et Nicolas André était comme un frère ami ou ami frère. Il était un peu plus jeune que moi, mais nous nous racontions tout et lorsque nos loisirs nous le permettaient nous faisions tout ensemble.

C’était le seul garçon avec qui j’avais le droit de me déplacer, il me servait de chaperon enfin normalement il aurait dû.

Il n’y avait que ma tante Marie Louise que je ne regretterai pas, celle là quelle carne. Sans que je ne sache pourquoi, elle m’avait toujours cherchée noise.

Il était prévu que mon frère et sa femme s’installent avec nous, enfin pas avec moi car moi j’allais aller chez les parents Groizier.

Donc organisation, déménagement et inquiétude car voyez vous le terrible moment arrivait.

Pas celui de la cérémonie, non celui là je le connaissais , non l’autre ou j’allais me retrouver peau à peau, à faire des choses que je ne connaissais pas avec un homme que j’aimais certes mais qui visiblement n’était pas plus savant que moi.

Le 3 novembre nous étions avec  toute la famille réunis en l’église de Vendières. J’avais obtenu de haute lutte que mon futur soit présent à la noce, cela pouvait paraître évident mais cela ne le fut pas, car ma mère toujours suspicieuse pensait qu’il pourrait se passer des choses avec lui.

Pardi, quinze jours plus tard, après ces ignobles contrats, il pourrait me faire ce qu’il voulait, sans que personne ne puisse intervenir, je serai sa chose, son objet. Je pensais que c’était injuste car si la chose se passait mal ou que je n’aime pas il faudrait que je fasse avec le restant de ma vie. Cette intimité que jeune fille l’on ne pouvait partager, sacrée, interdite et bien elle appartiendrait en propre à un jeune mâle presque inconnu. Vraiment curieux cette vie que l’on nous imposait.

Au cours de la noce de  mon frère, il me fit beaucoup danser et il but aussi beaucoup. Je n’ai pas eu un moment d’intimité avec lui, ma mère me surveillait comme un corbeau surveille son cadavre.

Je n’eus même pas le droit d’aller réveiller les mariés. Par contre mon futur, éméché, arriva au matin à pénétrer dans la pièce ou je me trouvais, je partageais ma couche avec une sœur de la mariée. Il s’était mis en tête de me voler un baiser et de découvrir ma poitrine. D’abord il se trompa et embrassa le bras de ma voisine, nous fumes pris d’un fou rire qui réveilla tout le monde. Ma mère oubliant qu’elle était en chemise de nuit sortit de son lit en hurlant. Elle resta pétrifiée devant Isidore, en fait ce fut ma mère la première femme de la famille que mon futur mari vit presque nue.

Ce fut un sujet de rigolade pendant un moment et le reste de sa vie cette andouille me mimera la réaction de ma mère.

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