UNE VIE PAYSANNE, ÉPISODE 20, Entre les deux mon corps balance

 

commune de Verdelot département de Seine et Marne

année 1811

Notre empereur avait enfin un fils, il lui était né de sa nouvelle femme Marie Louise, bon c’était une autrichienne, comme celle à qui on avait coupé le col.

J’espèrerais que cela ne lui porte pas malheur, et à nous non plus.

Napoléon François Joseph Charles qu’il se prénomma. Toute une histoire, moi je viens d’avoir un autre fils à qui on a donné les prénoms de Louis Théophile. Il est né en novembre, beau, costaud, si il passe les premières années, il fera un magnifique garçon Perrin.

La famille était donc composée de mon fils ainé Nicolas et de ma fille Florentine, nous pourrions nous enorgueillir d’avoir deux filles mais comme les autre couples nous avions donné notre contribution à madame la mort en lui abandonnant Marie Louise à l’âge d’un an.

C’était maintenant moi le chef de la fratrie, mon beau père et ma belle mère étaient morts en 1808 et j’étais le plus âgé.

Certes nous habitions tous ensemble et la maison était celle de la famille de ma femme, mais mon beau frère n’avait aucune personnalité alors je me suis imposé.

Deux familles, deux couples, même pot, même sel, la table le soir était animée de mille bruits d’enfant, en tout, nous en avions sept . Je mangeais à la table avec François Luc et nous venions d’accorder une place au fils ainé de celui ci ,car il venait d’avoir quatorze ans. Les femmes et tous les autres petits mangeaient après ou debout près de la cheminée.

Augustine et Marie Louise cohabitaient moins bien que nous les hommes, car il faut bien le dire avec François on était souvent avec nos moutons, alors que les femmes étaient là chaque jour.

Il y avait des prises de bec et dès fois elles manquaient de se crêper le chignon. Marie Louise me demandait constamment de nous installer ailleurs.

Moi je voulais bien, mais il faut que je l’avoue, le charme d’Augustine rejaillissait sur moi et j’en ai un peu honte je la désirais encore. Alors rester en son intimité était pour moi une sorte d’alternative.

Mais à jouer avec le feu on se brûle, la belle sœur qui peut être s’ennuyait en son alcôve se mit à me tourner autour avec insistance. Elle me frôlait, me touchait, me donnait raison pour tout, m’accompagnait au bois, à l’étable, enfin partout. C’était agaçant, gênant et excitant. Cela ne pouvait plus durer je pris une décision radicale.

Un jour, un hasard, François trainait son troupeau dans l’Aisne, Marie Louise vendait des volailles au marché de Coulommiers et les enfants vagabondaient dans Pilfroid. Moi je m’étais acquitté de ma tâche à la bergerie et je rentrais donc prendre un peu de repos.

Était- ce fortuit ou calculé je ne le saurai jamais, mais en tous les cas, Augustine était là.

Cela se fit , l’attirance était mutuelle, pas besoin de longs discours, pas besoin de cour. L’impulsion se trouva pulsion, la lourde table de chêne accueillit nos ébats.

On se rendit compte après que nous n’avions peut-être pas bien agis, mais à quoi bon se repentir, l’acte avait été bon, et le fait de braver un interdit avait décuplé notre désir.

Nos respectifs rentrèrent et l’on tenta de vivre ensemble dans une harmonie familiale.

Marie Louise Cré

Commune de Verdelot, département de Seine et Marne

Année 1812

Elle trônait sur son fauteuil à la place de feue ma mère, cela m’énervait au possible. L’Augustine, voyez vous, les années ne l’atteignaient pas . A trente six ans elle était plus belle qu’à vingt. Les maternités ne lui avaient laissé aucune trace. Je le savais nous partagions notre intimité, ses seins étaient fermes comme ceux d’une jeune pucelle, on aurait dit qu’ils n’avaient jamais été tétés par quelques gloutons. Son ventre plat qui ne portait aucune trace de graisse ou de vilaines veines , était pour moi une éternelle provocation. Son visage ne portait aucune des atteintes du temps dont nous les paysannes étions affublées.

Elle formait une sorte de contraste visible avec mon propre corps, les miens de seins étaient lourds et tombant , mon ventre quand à lui retombait en un pli sur ma toison qui quand à elle laissait voir quelques fils d’argent.

Bref j’étais jalouse de son physique et aussi de l’intérêt qu’elle suscitait auprès de mon homme. Cet idiot était en arrêt devant et j’étais maintenant sûre qu’ils se passaient quelque chose entre eux.

J’étais décidée à ne rien lâcher, et je voulais à tout prix quitter cette maison. En attendant je menais une lutte sourde contre cette voleuse et contre mon traitre de mari.

Ce fut une lutte de tous les instants, j’ai craché dans sa soupe, mis un coup de pied dans son pot de chambre. J’ai même fait exprès de faire du bruit pendant mon devoir conjugal.

Mais le pire dans tout cela, c’est que je l’aimais quand même, un jour elle est tombée malade et je suis restée à son chevet comme si elle avait été ma propre fille. J’ai cru la perdre, non vraiment un sentiment bizarre.

Notre fils ainé avait 7 ans, devions nous le mettre à l’école ou pas. Dans le monde des bergers, l’apprentissage des écritures n’était pas une obligation, mais moi je rêvais d’autres choses pour mon ainé, peut-être prêtre, clerc de notaire ou officier dans la belle armée de Napoléon.

Nicolas ne voyait son fils qu’au cul des bêtes, mais j’obtins quand même qu’il apprenne l’écriture et la lecture avec l’instituteur Jean Nicolas Berthemet.

La classe se faisait près du ru de l’Aventure dans une vaste salle presque sans lumière, au pauvre mobilier. Le chauffage assuré par une vaste cheminée n’apportait qu’une maigre chaleur. La plupart des élèves restaient debout mais enfin, c’était quand même un lieu d’apprentissage. Il fallait bien qu’on évolue nous autres.

Mon frère y envoya également sa fille Rosalie et son fils Stanislas, pour son ainé c’était trop tard, il était déjà avec ses bêtes, mais le curé Lallemand lui avait quand même appris quelques notions.

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