UNE VIE PAYSANNE, ÉPISODE 18, Le rêve d’un homme

 

Marie Louise Cré

Commune de Verdelot, département de Seine et Marne

Année 1806

Une année s’était écoulée avant que je ne sois de nouveau pleine, pourtant j’avais poussé au delà du raisonnable les relevailles au lit, mais comme j’avais fait celles de l’église j’étais pour sûr apte aux devoirs conjugaux.

Normalement d’après les dires des anciennes, l’allaitement protégeait notre corps d’une nouvelle grossesse. Visiblement ce n’était qu’idiotie, car moi mon ventre poussait comme un pain au levain.

Nicolas apprit la nouvelle avec froideur, croyait-il qu’un homme et une femme qui se rencontraient charnellement, n’avaient pas de risque d’avoir un enfant.

J’étais faite pour faire des enfants, alors la grossesse suivit son cours normalement, Nicolas avait repris son métier de berger, je savais bien qu’il le reprendrait un jour.

Ma fille arriva en novembre 1806, accouchement en famille, ma mère et bien sûr Augustine, c’est normal nous habitions ensemble. D’ailleurs ma belle sœur avait accouché en mars et l’enfant était très brun. Je n’avais donc aucun doute il était bien de mon frère et non pas de mon mari.

Marie Louise Françoise qu’on la nomma, normal, pour le premier garçon c’était le prénom du père et pour la première fille le prénom de la mère.

Mon mari s’était entiché de l’empereur, Napoléon par si, Napoléon par là, les cloches de l’église avaient sonné à toute volée pour la victoire de Iéna et Auerstedt. Les prussiens qui avaient osé nous défier étaient bien punis, Nicolas dansait de joie avec mon frère et mon père, ces idiots si les bourbons revenaient, feraient bien de modérer leur joie.

Même le curé en chaire se félicitait d’avoir un dieu de la guerre à notre tête. Il est vrai qu’à part les jeunes qui étaient enrôlés nous ne subissions aucune restriction, la guerre se payait sur le dos des populations des pays occupés.

Sur les routes ce n’était que passage de cavaliers, de charroies, de troupes en marche, c’était bon pour le commerce, donc bon pour tout le monde.

Mais est- ce que cela allait durer? Le génie de notre empereur n’allait-il le conduire à trop vouloir?

Louis Alexandre Patoux

commune de Gault le soigny département de la Marne

Année 1806

Un mariage même quand ce n’est pas le votre est un événement important. Dans un petit village c’est source de joie et surtout d’animation.

En l’occurrence c’était mon demi frère Jacques qui se mariait, il avait choisi une cousine du coté de Maman.

Je trouvais que la mariée n’était pas bien jolie, mais le choix était fort limité au village et puis que pouvais je y connaître en terme de femme, moi qui n’en avais jamais eue.

Justement les noces étaient pour nous un lieu de rencontre et c’est avec bonheur que je pus danser avec l’une d’entre elles .

Tout de suite elle me plut, j’étais transfiguré, pour l’instant seule sa main m’appartenait , sa sueur se mélangeait à la mienne et lors des rondes nous ne faisions qu’un. Elle était plus vieille que moi de quelques mois, je n’osais guère la regarder mais la beauté sculpturale de son corps se faisait jour sous sa robe du dimanche.

J’aurais voulu être une fée pour que d’un coup de baguette je la fasse apparaitre nue comme Eve. J’avais bien conscience que mon attirance pour elle n’avait aucun avenir. Elle était mineure et moi aussi et nous avions besoin du consentement paternel jusqu’à l’âge de 25 ans. Il était évident que si nous voulions nous aimer avant, cela serait en cachette de tous.

Son père était fendeur de lattes et je le voyais souvent, sa fille venait le voir, lui apportait sa besace ou bien même l’aidait. Je l’admirais de loin, à l’effort elle était encore plus belle, les cheveux emmêlés, tombant de son bonnet, la sueur coulant de son front, sa bretelle de robe s’échappant sur son épaule , laissant apparaitre la naissance de sa poitrine. Je l’approchais, lui souriait, puis m’enfuyait comme un lâche devant l’ennemi.

Un soir alors que nous finissions une coupe dans le bois de la grande maison dieu, je la vis qui m’observait, alors que je la hélais elle s’enfuit en courant dans l’espérance certaine que je la rattrape. Ce que je fis au niveau de la Cuvelotte, je pus instinctivement lui prendre la main et l’on rentra sur le village en prenant le chemin le plus long.

Il n’y avait personne et l’on s’arrêta un moment sur le chemin qui menait à Montvinot. Elle se serra le long de moi et nous nous offrîmes nos bouches. L’instant fut magique, les feuilles des arbres ne bruissaient plus, le gros chêne qui nous abritait des regards semblait fossilisé, les oiseaux ne chantaient plus, les clochettes des fleurs baissaient pudiquement la tête et le vent fort jusqu’alors ne nous enveloppait plus que d’une brise légère.

Un groupe de charbonniers au loin brisa l’instant magique et la belle fugace s’échappa dans un mouvement de robe et un cliquetis de sabots.

Je vivais un rêve, le souvenir de ce baiser accompagna mes journées et troubla mes nuits. Le jour je la voyais à mon bras devant monsieur le maire, je l’imaginais enfantant un petit Patoux. La nuit je la rêvais nue près de moi, me caressant, me chevauchant. Au matin je sortais de ces luttes fatigué, troublé, souillé par des pollutions érotiques. Je l’aimais, je la voulais, mais telle une reine inaccessible elle demeura pour moi un royaume que j’aurais bien du mal à conquérir.

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