UNE VIE PAYSANNE, ÉPISODE 12, Une filiation bien douteuse

Commune de Verdelot, département de Seine et Marne

Année 1802

Ce début d’année marque une période très importante pour moi, un dimanche Perrin me demanda en mariage. J’en fus surprise et je ne sus pas quoi lui répondre, ce n’est pas qu’il me déplaisait, bien au contraire, mais ces derniers temps je le sentais distant avec moi.

Non pas qu’il fut désagréable, mais une impression fugace m’avait plusieurs fois traversée l’esprit. Un nuage de soupçon à son encontre me passait par l’esprit.

Car voyez vous ma belle sœur Augustine à chaque fois qu’elle voyait le beau Nicolas, eh bien elle perdait ses moyens. Ses traits changeaient, son attitude devenait gauche, elle ne savait plus quoi faire de ses mains. Même sa respiration changeait, c’était-il passé quelque chose entre eux?

J’essayais de la cuisiner sur Nicolas, lui posait des questions, pour savoir comment elle le trouvait, si je devais accepter sa proposition. Elle restait évasive et moi circonspecte.

Je finis par me décider ce serait oui, Nicolas en fut heureux et devint très amoureux. Mon acceptation au mariage ne valait pas acceptation de me laisser faire physiquement. Il attendrait, j’avais mes convictions.

Maintenant que j’avais dis oui, Nicolas put venir librement chez nous, mais encore une fois j’avais l’impression bizarre qu’il ne venait pas pour moi.

Mon dieu qu’elle était belle cette Augustine, la maternité lui allait avec ravissement, tout en elle était beauté, ses seins rebondissaient à chaque pas et il en ressortait un érotisme fou, elle était aussi devenu dodue, mon frère la mangeait des yeux. Son visage commun devenait beau, on eut dit une madone d’église.

Le problème quand on soupçonne quelque chose c’est qu’on voit le mal partout. Dès que Nicolas approchait d’Augustine, dès qu’il lui parlait, j’avais une boule au ventre et la rage au cœur.

Jamais je n’ai vu un geste mal placé, sauf une fois où j’ai cru apercevoir un effleurement de mains.

Mon père, mon frère et mon futur arrangèrent tout dans les moindres détails .Ces bergers qui ne possédaient guère que leur vieille veste en peau de mouton étaient d’une âpreté sans nom lorsqu’il fallait détailler les  biens d’une dot. Je n’avais rien à dire et ma mère non plus. J’avais filé, brodé, cousu depuis mon enfance en prévision d’un tel moment, mais j’étais loin de penser que l’on discuterait de mes simples chemises du dessous.

J’allais passer de la coupe de mon père pour passer sous la férule de mon mari. J’avais compris et ma mère me le confirma qu’il n’y avait pas grand chose que nos maris ne puissent se permettre. Malgré la pauvreté nous devions être présentables, malgré les disettes nous nous devions de trouver les ressources pour une table convenable. Nous devions aussi sans broncher supporter les violences. Mais nous devions aussi après nos doubles ou triples journées satisfaire aux besoins de nos mâles compagnons.

Maman me disait que la seule marge de manœuvre que nous avions se situait sous les draps. Elle avait raison en touts points, mais moi je finirais par trouver d’autres moyens.

En prévision de notre futur, il fut convenu que mon frère partirait avec sa femme et ses enfants sur Saint Barthélémy. François travaillait comme berger à la ferme du château, alors avec l’aide du régisseur ils trouvèrent une petite maison au hameau du Villiers Maillet. Ce n’était pas loin de chez nous et nous faisions souvent pot commun. Ils avaient déménagé un beau matin et mon futur lit conjugal prit place à l’endroit où était le leur.

Ils abandonnaient la place, moi j’en étais très contente, je ne me voyais pas avec mon Nicolas tournant auprès de la croupe d’Augustine.

Nicolas avait quitté ses chers moutons pour devenir tuilier, à la tuilerie de L’Aulnoy Renaud. Cela lui en coûta mais je le vis plus souvent.

Augustine accoucha d’une fille en septembre, ils la prénommèrent Rosalie Joséphine. Ce fut une affaire de famille, maman, moi et la sage femme. Augustine enfanta dans la douleur, des heures que cela dura, elle gueulait comme un cochon que l’on égorge. J’en étais peinée, mais intérieurement je m’en réjouissais, petite vengeance dans l’éventualité ou elle aurait goutté au Nicolas.

Méchanceté de femmes auprès de celle que j’aimais malgré tout.

Ce fut Nicolas qui déclara l’enfant avec le père, autant vous dire que lorsque la petite est arrivée je l’ai examinée sous toutes les coutures. Mais je faillis bien lâcher le paquet merdeux et babillant quand je vis que Rosalie avait les yeux clairs. Tous les Cré avaient des yeux noirs et l’Augustine autant que je sache avait les yeux noisette. Par contre ce salopard de Nicolas les avait bleus comme le ciel d’été. Je saurais bien lui faire cracher le morceau.

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