UNE VIE PAYSANNE . Épisode 6, Marie Louise Cré

 

Marie Louise Cré

Commune de Verdelot, département de Seine et Marne

1792.

Je suis née en 1780 ici dans ce hameau de Pilfroid, papa est berger, enfin il ne fait pas que cela c’est un paysan et il s’emploie aussi à tous les travaux de la terre. Il est beau, grand, costaud, je suis sa préférée. Je n’ai que des frères alors je profite un peu de la situation, je les fais tous tourner en bourrique. Mon père le soir en rentrant me prend immanquablement sur ses genoux et s’amuse à me piquer avec sa barbe. Ma mère râle car elle dit que je ne suis plus en âge de monter sur les genoux d’un homme, même mon père. Maman est plus sévère avec moi, elle me surveille constamment et je vous assure que le dimanche j’ai du mal à m’écarter d’elle au retour de la messe.

Elle dit qu’elle va briser mon insolence et qu’elle n’hésitera pas malgré mes douze ans à me mettre une fessée cul nu devant mes frères. J’en rigole car elle n’a jamais porté la main sur moi. De plus elle est tellement pudique qu’elle ne me fera pas l’affront de dévoiler ma jeune chair blanche à ces mâles en devenir.

Ma mère est aussi blonde que mon père est brun, sa peau blanche rougit à la moindre expression salace de mon père. Nous on rit dans notre coin car le père il a le langage assez imagé. Je ne comprends pas toujours tout.

Papa garde des moutons, depuis fort longtemps il emmène mes frères, Isidore et Simon avec lui. Alors forcément ils vont devenir également bergers. Moi je travaille avec Maman et je l’aide dans toutes les tâches ménagères, bois, entretien du feu, ménage, cuisine, jardin, poulailler, lessive, couture, filage.

Mais nous les filles ce qu’on aimaient le mieux, car nous étions ainsi libres de toutes tutelles maternelles c’était de garder nos troupeaux de dindons. On les accompagnait dans les champs après les moissons. Il y en avait des quantités, sales bestioles. J’en avais un peu peur.

Mais ce n’était pas le problème de les garder, il fallait aussi les tuer pour la vente, Maman m’a obligée à le faire, j ‘ai eu beau pleurer, c’est plein de dégout que je l’ai fait.

Quand on ne tuait pas ces affreuses bêtes on leurs arrachait les plumes pour que les belles parisiennes puissent les accrocher à leurs chapeaux. Le revenu généré n’était pas négligeable, bien qu’en ce moment les ventes dégringolaient car beaucoup de ces dames se sont sauvées à l’étranger pour fuir la sauvagerie de nous autres, le peuple.

A Verdelot il y a eu beaucoup de changements, le comte d’Allonville s’est enfui et ses biens ont été vendus comme bien nationaux pour payer la dette. Les biens du prieuré ont subi le même sort.

Mon père n’a rien pu acheter, nous étions trop pauvres et les lots bien trop importants. Il y a beaucoup de jeunes du village qui sont partis à la guerre.  Certaines pleurent le départ d’un amoureux, moi c’est mon cas.

Je ne dis rien à personne, je suis trop jeune, mais un beau valet de l’Aulnoy Renault me semblait charmant.

Nous n’avions plus de roi et croyez moi au village on en discutait beaucoup. Mon père déclarait haut et fort que nous devrions le mettre à la lanterne. Ma mère lui ordonna de se taire comme si le Capet allait lui taper sur l’épaule.

A la maison on est un peu entassé, mes grands frères dorment dans le même lit et moi je dors avec Pierre Nicolas le plus jeune. J’ai toujours dormi avec lui, il me fait rire. Parfois on joue à des jeux d’adultes je vois bien qu’il est tout chose car son machin se redresse. Il me le fait voir et moi en échange je remonte mon jupon.

Maman dit à mon père qu’il faudra nous séparer quand je les aurai.

Quand j’aurai quoi?

Il y a des enfants qui vont à l’école mais il faut donner un peu d’argent et nous on n’en a pas. De toutes façons pour une fille cela ne sert à rien. Remarque mes frères n’y vont pas non plus, alors personne ne sait lire ni écrire chez nous.

Dans la famille personne n’est en âge de partir défendre les frontières, Maman est donc tranquille, ses fils ne se feront pas tuer pour une cause qui n’est pas la leur.

C’est à voir, car personne ne désire que des allemands, des autrichiens ou les beaux messieurs de l’armée de Condé ne viennent remettre sur le trône le gros cochon de Louis.

Bon je fais ma téméraire, mais lorsque j’ai nommé ainsi le roi, ma mère m’a mis une gifle monumentale. Ce n’est pas tant pour cette dernière que j’en ai souffert mais plutôt qu’elle me fut donnée en public, au milieu de la place de Verdelot.

Pour ma mère il n’y avait que Dieu et le roi, et bien sûr mon Père.

 

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