UNE VIE PAYSANNE . Épisode 4, Dépucelage et liesse révolutionnaire

Un matin vers Flagny je rencontre un groupe de femmes, j’aurais aimé les éviter mais elles se trouvaient comme encerclées par mes animaux, elles me blaguent, me chahutent un peu et je m’en sors en leur racontant la cérémonie d’ouverture des états généraux à Versailles, je venais d’en entendre le récit par un militaire qui revenait de Paris.

Je leurs sers un beau conte comme sur un plateau, elles sont enchantées.

Deux heures plus tard, j’entame un morceau de pain avec du fromage lorsque l’une des femmes apparaît. Je ne sais quelle contenance adopter, que me veut-elle? Mes moutons sont paisibles, la fraicheur de l’ombre qui me protège du fort soleil m’engourdit un peu.

Une plantureuse journalière, aux yeux de braise et aux joues enflammées, elle me fascine, mes yeux sont attirés par sa poitrine, je ne peux me détacher de cette vision. Elle en joue, que dois je faire?

Elle s’assoit à coté de moi et soudain m’embrasse, c’est la première fois que mes lèvres rencontrent celles d’une femme. Sa bouche a un goût de fraises des bois, je reste immobile comme un idiot, elle rit . J’éprouve à cet instant un plaisir inconnu, c’est indéfinissable. La belle a pour prénom Marie Jeanne, elle se lève et en guise d’adieu me mordille la lèvre jusqu’au sang. Je ne trouve rien à dire, je suis amoureux et comme un idiot je la laisse partir sans en tirer un autre avantage.

Les événements se précipitent à Versailles, nous avons des nouvelles tous les jours, des inconnus deviennent populaires, Mirabeau, Sieyes. On dit que cela discute ferme pour le vote par tête et pour la réunion des trois ordres. Le 19 juin on apprend que la veille, le tiers état s’est déclaré Assemblée Nationale Constituante, le peuple a gagné. Au village c’est la liesse, on crie, on chante, on danse. Je retrouve la beauté qui m’a embrassé, elle est joyeuse, hilare, comme ivre. De rondes en danses et de danses en rondes nous nous sommes éloignés de la joyeuseté paysanne.

Cette fois je suis plus courageux et je tente de prendre une espèce d’initiative, je la tiens par la taille, nous nous embrassons. Je suis une brindille prête à prendre feu, elle m’autorise des caresses mais quand mes mains deviennent un peu trop entreprenantes elle me fait cesser le jeu. Ce n’est pas encore pour cette fois , nous regagnons la foule, puis notre chez nous. Moi la nuit depuis sa rencontre, mes rêves se font honteux, il m’arrive des choses bizarres.

On apprend que le Roi a tenter un coup de force en fermant la salle où devait se réunir les députés. Ils en trouvent une autre et prêtent serment. Mais le Roi, s’en doute conseillé par l’Autrichienne appelle des troupes.

De partout cela gronde, avec les gars de Sablonnières on se réunit, nous sommes prêts à monter à Versailles avec nos fourches.

Un soir, je suis dans un pré, la chaleur est torride, mes moutons se sont mis à l’abri près du ruisseau sous les ombrages, j’ai retiré ma chemise de laine par trop insupportable. Je ne l’entends pas arriver, elle s’allonge à coté de moi. Ses doigts dessinent maintenant des volutes sur ma poitrine, elle s’amuse avec moi, mais je juge que cela doit cesser et que je dois enfin concrétiser mes rêves d’homme. Nous luttons maintenant, la joute est presque gagnée, ses seins se sont dévoilés, elle me regarde d’un drôle d’air et m’entraine à couvert des sous bois.

Le 15 juillet, de clocher en clocher l’alerte est donnée, de bouche en bouche on apprend que le peuple de Paris s’est insurgé, qu’une prison que l’on nomme la Bastille a été prise. Le sang a coulé mais heureusement un peuple de héros a jeté à bas ce méchant symbole, nous allons être libres.

Marie Jeanne me rejoint souvent, je ne suis plus vierge, je suis un homme, je tente de lui donné du bonheur mais je suis encore inexpérimenté et, en savante des choses de l’amour, elle  se gausse de ma maladresse de ma précipitation et de ma jouissance trop rapide.

Le 21 juillet le tocsin sonne à la cloche du village, on entend résonner les campaniles de toutes les églises voisines. Je laisse mes moutons à la garde des chiens et je me précipite, on a tous fait pareil, un bruit, une rumeur, les aristocrates avec des brigands arrivent pour se venger et faire couper nos récoltes. On ne va pas se laisser faire, on s’arme, de faux, piques, bâtons, gourdins. Nous somme ivres de rage

On se décide à aller au devant des brigands, notre colère est hurlée, il y a aussi des femmes, Marie Jeanne est du nombre, une vraie furie. On prend le chemin qui mène à Verdelot, au loin un nuage de poussière, mais ce ne sont que les habitants de Sablonnières, il n’y a aucun bandit . A Verdelot le château Renault a été attaqué, partout les demeures ancestrales des nobliaux brûlent, on danse autour des terriers qui se consument, les châtelains sont molestés.

Notre troupe se disloque, mais presque arrivés au village nous croisons une voiture qui semble fuir. Nous l’arrêtons, dedans un couple, sûrement des nobles qui fuient, les traits des chevaux sont coupés, on fait sortir les deux apeurés qui nous tendent leur bourse, mais nous ne sommes pas des voleurs. Un premier coup est donné puis d’autres, chacun y va du sien, le ton monte, on s’excite. Marie Jeanne et les autres femmes sont cruelles et se mettent à battre la pauvre femme. Son bonnet est arraché, l’une tire sur sa robe, on rigole de voir ses seins, elles veulent la déshabiller , l’humilier, la fesser. Marie Jeanne est comme folle, elle excite les autres femmes, gifle la pauvresse. Je ne reconnais pas ma douce initiatrice, les choses vont trop loin, nous ne sommes pas des criminels, certains s’interposent. La femme pleure, l’homme ensanglanté gît dans le fossé, on interroge le cocher, ce ne sont que des marchands de château Thierry. On repart, fiers de notre exploit. Moi je ne vois que Marie Jeanne mais elle, n’en voit qu’un autre.

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