UN FUNESTE DESTIN , Épisode 2

Ce que j’admirais le plus c’était ses cheveux, longs , soyeux, couleurs de blé mûr, nous avions seuls la privauté de les voir dénoués, maman ne sortant qu’avec son bonnet et les cheveux relevés. Lorsqu’elle les peignait je l’observais, magnifique spectacle, j’étais fier qu’elle me laisse la mirer ainsi, complicité complexe entre une mère et son fils.

Je pensais qu’une telle beauté pourrait retrouver un homme très facilement, mais jalousement je ne le souhaitais pas, ma mère était à moi et je me devais de remplacer mon père.

Pour l’heure et malgré mon jeune age j’avais fini mon enfance, plus d’école, plus de catéchisme, mais en lieu et place de cette éducation un emploi de valet dans une ferme de port Bertrand.

Maman avait fait ce qu’elle avait pu, mais je la maudissais quand même un peu de m’avoir trouvé un placement si loin. De la maison il y en avait bien pour quarante minutes, en sabots sur des chemins trempés avec en plus une belle côte.

Je passais par le pont aux ballets, puis je prenais le chemin de Saint Sauveur à Port Bertrand, je croisais le chemin de Nuaillé à L’Abbaye, laissait les Grasilières à ma droite et Plain point sur ma gauche et j’étais enfin arrivé.

Je n’étais pas seul sur les chemins, à peine la nuit levée des cohortes de journaliers de tous âges allaient rejoindre leur carré de souffrance.

Ayant perdu la figure tutélaire de mon père je me forgeais une nouvelle icône en la personne de ma mère, ce n’était plus l’admiration béate de l’enfant mais quelques choses de plus subtile, de plus volatile.

Pourtant elle ne m’épargnait guère, dure avec elle, elle l’était avec moi aussi, je ne comptais plus les gifles ni les engueulades. Tout était prétexte à déverser sa hargne et sa rancœur du monde sur le seul être qui était atteignable pour elle.

Mais après chaque orage revenait le beau temps et elle acceptait de nouveau que je la vois lisser ses beaux cheveux.

Si ma mère n’était pas tendre, mes employeur ne l’étaient pas non plus. J’ai poussé comme un arbre de la côte, je me suis plié au vent mais je n’ai pas cédé. Chaque coup de galoche, chaque torgnole, chaque coup de ceinture me renforça et m’endurcit comme une chaine endurcit le bagnard.

Je devins finalement un bon paysan, dès la fin de mon enfance je savais tout faire. De mes patrons, des grands valets et des autres domestiques j’avais tout appris, le travail, la filouterie, mais aussi un certain goût pour notre terre d’Aunis.

Ayant un corps d’adulte et les même qualifications je décidais de quitter la ferme de Port Bertrand afin de me gager comme journalier en m’offrant à la première foire qui se déroulerait.

Jusqu’à maintenant mes patrons m’assuraient le gîte et le couvert ainsi que du linge propre, pour l’argent il n’en était point question.

Ce fut le foirail de Nuaillé qui vît ma première embauche, je n’avais eu aucun mal l’ensemble des exploitations était en mal de main d’œuvre.

Lorsque je rentrais à la maison, fier pour annoncer la bonne nouvelle à ma mère, celle ci m’attendait avec le fouet de mon feu père.

J’avais omis de l’avertir de ma démarche, crime de lèse majesté, presque un tyrannicide, les lanières claquèrent et me zébrèrent le visage.

Ce fut un véritable combat, je ne pouvais que parer les funestes morsures mais ma jeunesse vint à bout de sa hargne et je lui ôtais des mains son horrible fléau.

Comme deux amants nous nous opposâmes, jeux de force et de domination, elle céda j’étais vainqueur de cette joute, mais emprunt d’un amour filial, je lui promis de l’aider pécuniairement.

Du statut d’enfant je passais à celui d’homme de la maison, enfin presque.

C’est aussi à cette époque que je me mis en quête du saint Graal féminin, ce ne fut guère couronné de succès et je me désespérais de trouver l’amour.

Quand j’entends amour, je me réfère surtout à la partie physique.

Je crus que mon heure était arrivée quand un soir de Saint Jean j’eus fait virevolter une drôlière de mon age. Je lui volais un baiser, la pressais un peu ce qui ne lui plut guère.

Non pas, puceau j’étais, puceau je resterais. Je m’aperçus rapidement que je n’étais pas concurrentiel, pauvre, trop jeune, et il faut l’avouer un physique de grand dégingandé à la peau boutonneuse qui ne faisait guère rêver.

Ma sœur Anne curieuse de tout et observatrice me blaguait gentiment sur le sujet et ma mère qui elle aussi devinait mes tourments de grand benêt riait de bon cœur avec elle. Ces deux foutues femelles par leurs allusions me faisaient rougir et bredouiller.

Je me jurais bien de me déniaiser avant le tirage au sort qui déciderait de mon destin, cultivateur ou bien traine sac dans l’armée royale.

Oui je parle bien de l’armée royale, le Bonaparte avait perdu ses souliers de satin dans les boues gelées de la Russie, avait mangé son chapeau en évacuant les plaines saxonnes. Certes son génie avait fait merveille lors de la plus belle de ses campagnes, mais le nombre de ses ennemis et la trahison de ses maréchaux eurent raison de lui.

Je ne parlerais même pas de la désastreuse Waterloo, les anciens rentrés et démobilisés contaient leurs exploits réels et inventés et les charges folles du rougeaud qui avait perdu la raison.

C’était donc le gros Louis qui régnait sur le royaume restauré, à sa décharge son baron Louis avait réparé les finances et les envahisseurs étaient repartis chez eux.

Puis nous sur notre charrue, nos fourches, nos bêches qu’est qu’on en avait à foutre, un beau monsieur était un beau monsieur.

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