DESTIN DE FEMME, Épisode 13, Rosalie la petite bâtarde de la Marie Anne

 

Rosalie Désirée Ruffier

Maman est assise sur une chaise dans la grande pièce, c’est rare qu’elle soit assise d’habitude, elle s’active, joue de ses mains, nettoie, cuisine, ravaude et parfois file.

La tête penchée en avant sa poitrine soulevée de longs sanglots, elle pleure. Eugénie cesse ses bêtises, Augustine étonnée arrête d’ hurler. Toutes les trois nous la regardons je lui saisis les mains et semblant enfin me voir elle me susurre, tu vas avoir un autre bébé à t’occuper.

Moi cela ne me semble pas si grave, les femmes me semble- t ‘- il sont faites pour avoir des enfants, d’ailleurs je les entends le soir mes parents en faire? Ils ne sont pas très discrets, pensent ‘t ils que ces gros rideaux étouffent les halètements de papa et les soupirs de maman.

Mon père croit il que je sois sotte quand le dimanche après midi il me demande d’aller promener les petits?

A maman ce sera son sixième, visiblement elle n’en veut pas.

Le soir c’est papa qui hurle comme un damné, qu’il n’en veut pas, que maman n’est qu’une maladroite et que bientôt il irait voir ailleurs.

Je sais comment cela va finir, maman va élever le ton et papa va lui mettre une gifle.

Au fait ce n’est pas mon père et c’est fini je ne l’appelle plus papa. Un jour je l’ai même appelé Léon.

Vous parlez d’une danse qu’il m’a mise. Alors simplement j’évite de le nommer et d’ailleurs je l’évite tout cours.

Mon grand frère il a de la chance il est parti, les villageois le nommaient le bâtard, depuis qu’il n’est plus là j’ai comme repris le relais et je suis la bâtarde aux Ruffier.

Je ne savais pas ce que cela voulait dire mais le Louis un voisin déluré de mon âge me l’a expliqué.

L’autre jour j’ai filé une peignée à une petite peste qui me nommait ainsi, la mère est venue se plaindre et le Léon m’a fessée devant la peste et sa mère.

J’ai été humiliée et je vous garantis que je me vengerai.

Ma mère a maintenant un ventre énorme, elle souffre et je dois accomplir bon nombre de tâches, notamment laver les langes plein de merde d’Augustine car cette feignasse répugne à faire autrement. J’ai huit ans et me voilà déjà dégoûtée de la maternité. J’ai l’impression d’être la souillon de service. Je préférerais aller jouer avec la fille du propriétaire.

Onze septembre 1830 c’est le grand bazar dans la maison, maman va faire son petit. La sage femme est là, grand maman et une voisine, on m’autorise à rester, j’en suis fière.

Le gros Léon a filé à l’anglaise, pour aller vendanger une vilaine parcelle qui fera un vilain vin.

Maman est couchée enfin elle est presque assise les jambes relevées, la sage femme lui farfouille entre les cuisses, je ne vois rien car pudeur oblige tout se fait sous le drap. Je ne pense pas que ma mère ait d’ailleurs enlevé son jupon. Mais les heures passent, maman à chaud on la découvre, l’enfant arrive. Je vois au milieu de l’intimité de ma mère une petite touffe de cheveux noir apparaître et peu à peu une tête se dessine. Je suis impressionnée c’est la première fois que je vois le sexe de ma mère et j’en ai presque honte et c’est la première fois que je vois un enfantement et j’en suis troublée. La sage femme habile, extirpe un tas de chair tout fripé, poisseux sanguinolent. Du liquide sort du ventre de maman, on dirait de la pisse, du sang , pour un peu j’en vomirais.

Le bébé est relié à maman par un espèce de boyau comme celui des cochons. C’est grand mère qui coupe ce qu’on appelle un cordon. Pas de pénis en vue c’est donc une fille, alors moi je jubile, le Léon qui veut à tout prix un garçon va faire une drôle de gueule tout à l’heure quand il va rentrer.

Hier soir alors qu’il avait encore un coup dans le mirliton il clamait que si c’ était une fille il la jetterait au fumier.

Je ne crois pas qu’il ait le droit mais avec un fou pareil il faut se méfier.

D’ailleurs emmaillotée qu’elle fut on ne risquait pas de savoir si c’était une fille ou un garçon. Comme tout le monde s’imaginait que ma mère ferait enfin un garçon personne n’avait pensé à des prénoms de fille.

On la prénomma Rosalie Joséphine, Rosalie c’était moi et je fus profondément choquée que l’on me pique mon joli prénom. Remarquez elle serait Portier et moi j’étais Ruffier.

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