DESTIN DE FEMMES, Épisode 1, la prime enfance

Aussi loin que je me souvienne j’ai eu une enfance heureuse. Je suis née dans un petit village de Seine et Marne nommé Champcenest. Nous n’étions pas encore sorties de la tourmente révolutionnaire en cette année 1796, mais les pires années de la terreur semblaient s’éloigner.

De toutes façons la fureur parisienne n’affecta guère la petite commune et mes parents jeunes à l’époque vivaient leur vie s’en se préoccuper d’une quelconque appartenance à un groupe politique.

Ils travaillaient, faisaient l’amour, plus préoccupés par le remplissage de la marmite que par les tripotages du roi des pourris, des ambitions d’un jeune Corse où les désirs lointains d’un prétendant podagre.

Mon père était charretier et il faut le dire avait beaucoup de travail en ces périodes guerrières où les charrois sont multipliés pour fournir les armées en toutes choses. Il partait donc souvent et nous nous retrouvions, ma mère et mon grand frère seuls à la maison. Je percevais confusément une inquiétude de maman à ces départs qui s’apparentaient souvent à de véritables périples. Elle eut sans doute souhaité que simplement il conduise des attelages aux champs ou dans les environs.

Moi cela me rendait triste à voir partir l’homme que j’idolâtrais. Mon frère lui libéré de la férule paternelle, en profitait pour faire les quatre cents coups avec les garnements du village.

Ma mère le menaçait de verges et le traitait de gibier de potence mais rien n’y faisait et la volée qu’il prenait à chaque retour de mon père n’y changeait strictement rien. Il avait cinq ans de plus que moi et il m’avait prise comme souffre douleur. Pour l’heure je subissais ses mièvreries mais en grandissant je saurais lui rendre au centuple.

Au physique maman me disait que j’étais née grasse et potelée, effectivement je n’étais guère mince et plus d’une fois je dus subir quelques quolibets. Cela me fait sourire maintenant que je suis fine et élancée mais je dois avouer que ces méchantes moqueries me firent venir des larmes. Je me réfugiais alors dans les amples jupons de ma mère qui il faut bien le dire me repoussait parfois avec méchanceté en me disant que la vie n’était que dureté et qu’il fallait mieux s’endurcir de bonne heure.

C’était l’éducation qu’elle nous donnait ou plutôt dirais je celle qu’elle ne nous donnait point.

Ma mère pour compléter les gains de mon père se louait comme journalière, elle se tuait au travail comme toutes ces commensales, elle me trimbalait partout car elle répugnait à me laisser ficelée, langée, emmaillotée comme les momies égyptiennes qui revenaient dans les bagages du grand Bonaparte. Je fus donc nourrie au grand air, ma mère sortant allégrement de son corsage la source nourricière. Cette pratique je sus la mettre en œuvre quand plus tard je devins mère à mon tour.

Je grandis donc sans guère de contrainte avec une surveillance allégée au fur et à mesure que passaient les années. Mauvaise graine poussée au gré du vent et des saisons je devins belle comme le jour et sauvage comme la nuit.

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