LA MALADIE DU MARIN, Épisode 2, d’un chancre à l’autre

 

Un mois plus tard je dus me résoudre à me rendre à la consultation. Qu’on imagine je n’étais pas seul, un vrai fléau. Le médecin en grand habitué de cette galanterie nous fit aligner à la queue leu leu. Nous avions l’air malin le cul à l’air, la queue pendante. Lorsque ce fut mon tour le docteur chaussa ses binocles la tenant d’une main je lui présentais honteusement l’objet du délit.

Il ne toucha pas ne fit qu’observer le joli cadeau que m’avait fait l’Adrienne, un bouton au sommet du gland, gros comme une noisette, il ne me faisait guère mal mais j’avais quand même choisi de consulter

Chancre, matelot mettez vous dans la file de gauche me dit il. On me donna un petit bulletin afin que je me présente dès le lendemain à l’hôpital maritime situé en dehors des murs.

On prit soin de me faire donner le nom de ma partenaire, il ne fallait quand même pas que l’ensemble de l’escadre se retrouve en file indienne devant une bassine de solution de mercure.

Notre marin comme tant d’autres avant lui a été victime d’une infection que l’on dit sexuellement transmissible. Elle porte un nom cette terrible maladie ou plutôt plusieurs , syphilis, Vérole, grande vérole, grosse vérole, mal Français, mal de Naples ou même mal des Anglais.

Le responsable en est le tréponème pâle, bactérie hautement contagieuse qui serait venu d’Amérique avec le retour des marins de Christophe Colomb, comme un petit cadeau des amérindiens en compensation de leur massacre. Ces hommes auraient participé à une campagne guerrière à Naples et  là le mal se serait diffusé en Europe à partir de cette ville. Rien n’est moins sur car les scientifiques pensent avoir identifié la syphilis dans des ossements médiévaux.

Ces derniers s’accordent toutefois  à dire que la syphilis ramenée par les marins du découvreur serait une forme mutante particulièrement virulente.

Quoi qu’il en soit la maladie s’est développée et devient un problème de santé publique au 19ème siècle.

Il y a trois phases dans la maladie et notre marin est dans la première.

Quelques semaines après le rapport sexuel contaminant, apparaît donc un chancre, souvent sur les parties sexuelles il peut également apparaître sur les lèvres, dans la bouche, la langue ou bien l’anus.

A se moment ce gros bouton est hautement transmissible, à l’époque de notre marin, les seuls traitements connus sont à base de mercure et d’arsenic. On ignore si réellement le remède était bénéfique et il se pourrait qu’il fut pire que le mal.

Le tréponème ne fut isolé qu’en 1905 par deux médecins allemands mais il faudra attendre l’apparition des antibiotiques et de la pénicilline dans les années 1940 pour qu’enfin l’on puisse vaincre cette maladie qui on le verra dans ses autres phases être particulièrement meurtrières.

Charles est de retour au pays, la vie militaire cela va un temps et ce temps a été long pour lui, la mer, les embruns, la houle, le roulis, l’exotisme d’un pays qui lui reste étranger très peu pour lui.

Il préfère la terre, et son odeur forte, l’humus et le fumier, les feuilles d’automne aux milles couleurs et le cours tranquille du ruisseau de la Roullière.

Son père possède quelques arpents de terre, mosaïque de petites parcelles qu’il s’échine à cultiver.

Pierreuse, dure à travailler , elle nourrit à peine son homme, notre marin à le projet ambitieux de devenir marchand de bestiaux. Bon nombre des membres de sa famille ont basculé vers cette activité. Autrefois les terres de son village étaient couvertes de vigne, age d’or d’une opulence relative tant étaient petites les parcelles. Mais une bestiole venue des Amériques a tout anéanti, décidément ces terres lointaines ne nous apportent que des désagréments.

Son bouton sur le sexe que le major appelait chancre avait eu un peu de mal à guérir, mais enfin le cadeau d’Adrienne était un lointain souvenir, il avait fait son devoir, n’était plus puceau et pouvait tranquillement chercher une femme ayant un peu de biens pour monter sa petite affaire.

Ayant gouté au charme exotique des tonkinoises il ne voulait pas d’un laideron mais était près à écouter toutes les honnêtes propositions.

Au vrai cela fut rondement mené, le mariage était en vue, la belle Louise de Saint Sauveur d’Aunis, à la poitrine et à la dot opulente, aux hanches et au patrimoine large serait bientôt tout à lui.

Passage chez le notaire, quelques baisers au coin de la rue, des caresses volés derrière l’église ce fut tout. La belle sera à déflorer , pure, sainte, elle pourra accrocher sans crainte des fourches caudines des fleurs d’orangers à son chignon et à son corsage.

Mais passons, là n’est pas l’essentiel les voilà mariés presque amoureux formant une belle association en vue d’un agrandissement patrimonial et de la constitution d’une grande famille.

Un soir sur le torse nu de son mari Louise stupéfaite découvre une multitude de boutons, bizarre elle ne savait pas que l’on pouvait attraper la rougeole à cet age. Des pustules plus que des boutons d’ailleurs et pas que sur le torse, partout que cela en est gênant, les fesses, les cuisses. Elle ne pousse pas l’examen plus loin, son mari a éteint la chandelle

Les jours suivants cela ne s’arrange pas, cette sorte de roséole atteint Charles partout, la langue, les lèvres, l’anus et même le bout de son sexe.

C’est répugnant mais pas douloureux, Louise ne veut plus que Charles la touche et le supplie d’aller chez le docteur.

Mais en bon paysan il est têtu et comme il n’a pas mal s’imagine que cela partira tout seul. Il a raison quelques semaines plus tard tout est un lointain souvenir et il peut retrouver le ventre accueillant de son épouse.

Oh pas pour très longtemps, problème de femme, une infection mal placée, un gros bouton dans le vagin. De toutes façons Louise est enceinte alors il n’aurait pu la toucher encore bien longtemps.

Louise n’est pas Charles et un beau matin prend sabots à son cou et s’en va à Saint Sauveur voir le docteur qui l’a faite naitre.

Montrer son intimité à un homme fusse t’il diplômé n’est guère facile mais enfin le diagnostique tombe, Louise tu as un bouton qui ressemble fort à un chancre syphilitique.

Elle ne sait pas ce que c’est et en mots simples il lui explique. Ce qu’elle comprend c’est que ce désagrément lui vient de son homme et certainement des rapports sexuels qu’elle a avec lui.

Elle est atterrée et ne pense même pas à dire au docteur qu’elle est grosse des œuvres de son ex marin contaminé.

Après tout ce dit elle chez son mari tout est rentré dans l’ordre alors pourquoi s’inquiéter

 

LA MALADIE DU MARIN, Épisode 1, la visite rue des mousses

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