LA VARIOLE DE LA LINGÈRE FOLLE, Épisode 1

Lorsque l’on parle la variole on l’associe immédiatement à une maladie lointaine depuis longtemps éradiquée.

Le souvenir du roi Louis XV agonisant sous les ors versaillais et succombant à la terrible maladie nommée aussi petite vérole.

Dernier soubresaut d’une terrible épidémie terrassée par Edward Jenner et sa vaccine, non pas la variole continuera à tuer surement tout au long du 19ème siècle et pendant aussi une grande partie de notre moderne 20ème.

Des foyers endémiques continueront d’exister tout au long du 19ème siècle et cela presque jusqu’à la première guerre mondiale.

Il suffisait qu’un événement entraine un déplacement de population affectée et une épidémie se développait aussitôt, meurtrière, malgré les vaccins, rapide et terriblement contagieuse sur des populations contraintes à la promiscuité.

1870

Un événement imprévu par la population va troubler la quiétude et les habitudes des français.

L’empereur Napoléon III, vieillissant, malade , au trône contesté se met en devoir de déclarer la guerre à la Prusse. Inconscience, bêtise, vanité, pour une dépêche truquée sur un prétendant au royaume espagnol dont tout le monde se moque en France, le Bonaparte entouré d’une bande de militaires inconséquents se lance contre la puissance montante de l’Europe.

Le 19 juillet 1870 une guerre brève et meurtrière se déclare donc.

On connait la suite, une volée monumentale, la chute de l’empereur et l’arrivée de la république avec un gouvernement provisoire.

On doit relever la France et courir sus au Prussien, les troupes affluent de partout. On regroupe les hommes , on les habille , on les instruit on les amalgame avec les soldats survivants de la grande débâcle.

Septembre 1870 ville de Niort.

Les premiers blessés des fronts lointains arrivent en province et un lot de 46 est hospitalisé à l’hôpital hospice de Niort.

La population militaire augmente avec l’arrivée de plusieurs régiments qui doivent à l’arrière se restructurer, 7ème et 10ème cuirassier et 1er régiment d’artillerie. On manque de place dans les bâtiments et chez l’habitant , alors on installe un campement près de la fontaine du vivier, terrain malsain, humide il favorise les maladies et bientôt les soldats affluent à l’hôpital. Les volontaires des Deux sèvres à peine partis ceux sont les gardes nationaux mobiles de la Corrèze qui arrivent dans la préfecture des Deux Sèvres fin septembre, emmenant dans leur besace la volonté d’en découdre.

Mais seulement ses braves à trois poils ne portaient pas en eux le simple désir de se battre ils véhiculaient aussi un virus extrêmement dangereux endémique dans leur département.

Leur face portant souvent les traces de la maladie, ses soldats font exploser les cas de variole dans la ville, les habitants et les soldats entassés dans des conditions précaires sont rapidement contaminés. L’hôpital est bientôt surchargé et les sœurs grises ou de la charité se démènent et font face comme elles le peuvent.

La variole

La variole est une maladie infectieuse d’origine virale elle est due à un poxvirus. Le mot variole vient du latin variola et signifie pustule.

Cette maladie frappe depuis la nuit des temps et faisait encore au 18ème siècle des dizaines de milliers de morts en Europe.

La variole est surnommée la petite vérole bien qu’elle ne soit en rien comparable avec la grande vérole qui n’est autre que la syphilis.

Les conquistadors introduisirent la maladie en Amérique et des millions de morts faillirent faire disparaitre la population autochtone.

La variole se présente sous l’aspect d’une dermatose pustuleuse, qui peut ressembler à une forme grave de varicelle mais qui évolue en une seule poussée. . La variole était un fléau redouté. Elle tuait un malade sur cinq (chez les adultes, près d’un malade sur trois). Quand elle ne tuait pas, elle laissait souvent un visage grêlé, marqué à vie. Elle est toujours restée hors de portée d’un traitement efficace.

La période d’incubation est silencieuse et dure environ 12 jours. ( entre 7 et 17 )

Ensuite une période d’invasion qui dure trois jours, elle comporte une phase aiguë et brutale, forte fièvre, frissons, maux de tête, nausées, vomissements.

Vient ensuite la phase éruptive ou le plus souvent les symptômes de la phase d’invasion s’atténuent ou disparaissent ;

Vers le quatrième jour apparaissent des taches rouges sur le visage et sur les membres.

Ces taches évoluent en vésicules puis en pustules cette phase est critique et peut entrainer la mort.

A partir du huitième jour les pustules s’assèchent, la guérison est très longue et laisse des stigmates indélébiles.

Il arrivait souvent des surinfections bactériennes atteignant le cœur, les poumons, les reins et le système nerveux.

La lingère

Anne avançait joyeusement dans le long couloir de l’hospice, ses bruits de pas résonnaient et formaient comme un écho. Elle portait une pile de drap immaculé qui sortait tout juste de la lingerie où elle travaillait.

Elle était heureuse ici malgré les démons qui la tenaillaient encore chaque jour, elle était bien entourée et les sœurs grises étaient pour la plupart gentilles avec elle.

Elle avait bien conscience que sa présence ici n’avait rien de bien normale et qu’elle devrait se trouver au coté de son mari chez elle à Saint Maixent mais le court de la vie n’était pas un long fleuve tranquille.

Âgée maintenant de 42 ans elle était mère de quatre enfants.

Curieusement sa santé s’était dégradée après la venue de son dernier, adepte d’un catholicisme pratiquant elle était d’abord tombée amoureuse du curé, amour passionnel et délirant.. Ce fut une période où elle était demandeuse de sexe, mais son mari Paul qui y trouvait son compte avait quand même bien l’impression que ce n’était pas à lui qu’elle offrait ses charmes.

Ses vagues de folies érotiques, alternaient avec une mélancolie profonde et des obsessions morbides .

Puis une nuit elle se vit prise par un saint, elle hurlait, son mari prit peur.

Chaque pensée, chaque instant de sa vie était tournée vers une dévotion exagérée et malsaine. Puis elle retombait dans sa mélancolie, presque suicidaire elle se trainait et son homme ne savait plus quoi faire d’elle.

Dans une autre phase elle vit des démons et des sorcières un peu partout, elle entrait en transe quand elle croyait en voir. Elle devenait dangereuse et à son corps défendant le médecin du bourg en accord avec Paul Rousseau son mari la fit interner à l’hospice d’aliénés de Niort.

Elle y était rentrée le 15 novembre 1869 et depuis son état s’était stabilisé, naturellement elle avait reprit son métier de lingère à la buanderie de l’hôpital. Le travail faisait partie de la thérapie et elle s’y employait au mieux en espérant un jour revenir dans son foyer.

Le docteur appelait son cas de la monomanie religieuse.

Bien sur Anne n’avait pas le droit d’approcher les malades, mais de savoir qu’elle contribuait à les soigner cela la comblait d’aise.

Posant son paquet de linge propre elle récupérait en échange des tas de linges souillés, ce n’était guère agréable, cela puait,  merde, vomie, rien qui ne puisse la rebuter ce n’était quand même pas les saintes sœurs qui vont effectuer ce rebutant labeur.

Évidemment la lingère n’avait aucunement conscience du danger que pouvait représenter du linge de variolique.

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