LA VIE TUMULTUEUSE DE VICTORINE TONDU, épisode 26, fille de lesbos

Charles allait il me jeter dehors, mes enfants me tourner le dos et puis mon aîné qui se mariait avec une fille de gendarme non vraiment j’avais honte de moi. Un soir que je pleurais, la petite Louise celle qui avait volé un pain s’approcha et me prit dans ses bras, cela me fit une sensation bizarre, pas désagréable, comme une caresse de plume, comme un chuchotement.

Le lendemain j’étais comme attirée par elle et instinctivement je recherchais le contact, aussi perdue que moi elle l’accepta, nos mains se rencontrèrent et mues par une attirance animale elles partirent en exploration. C’était la première fois qu’une femme me touchait, bien plus sensuelle que les grosses pattes de Charles la main de Louise douce, chaude, irrespectueuse des convenances, sauvage tint à se frayer un passage dans ma forêt humide. Ce fut une explosion encore inconnue, un spasme de plaisir, l’interdit, la promiscuité, la peur, la honte firent que je commettais péché . Mon âme de voleuse était maintenant fille de Lesbos.

Honteuse mais repue de plaisir, je me promettais de me confesser, et de me repentir. Il me fallut bien sortir, je n’en menais pas large en arrivant à Vaux, Charles était là entouré des garçons et de la petite , l’animosité était palpable, aucun ne m’adressa la parole hormis Marie qui n’avait pas compris la situation. J’aurai largement préféré que Charles se mette à hurler, à me battre, tout plutôt que cette humiliation silencieuse. On me fit la tête des semaines et j’eus le plus grand mal à trouver du travail .

Le plus dur fut les noces à Auguste, ma commère ne m’adressa pas la parole et le gendarme fit comme si je n’étais pas là.

Mon fils à l’issu de cette triste cérémonie alla habiter chez ses beaux parents avant de partir au service.

Je ne savais pas que je ne le reverrais plus guère.

Se voir rejetée et traitée de voleuse est d’une dureté sans nom dans notre société ou justement tout le monde vit en communauté, j’en souffrais énormément et me refermais sur moi même.

Ce fut donc avec plaisir que je pris la nouvelle que m’annonça Charles. Nous allions déménager à Chailly en Brie.

Bon ce n’était pas le bout du monde non plus, le village n’était qu’à une portée de sabots de Coulommiers. Il était situé un peu au sud est, dans la grande plaine céréalière.

Il y avait quand même huit cent soixante quinze habitants ce n’était pas tout petit, Charles avait loué une maison dans la rue principale du bourg, mais la commune s’étendait sur de nombreux hameaux que nous visiterions tout à tour en travaillant. Il y avait la Couture, Champbretot, les Sables, Salerne, Montigny, la Bretonnière, Buisson, le petit Aulnoy, le Matroy.

Mais ce qui nous fit bouger c’était la présence de très grosses fermes, celle du vieux château, la Sauvagère et Florianne. Mon mari et les garçons trouvèrent à s’y embaucher aussitôt.

Le blé et l’avoine couvraient une grande partie des sols ainsi qu’un peu de betteraves qui alimentaient la sucrerie de Coulommiers.

Moi ce que j’aimais c’était les nombreux moutons. Il y avait aussi beaucoup de vaches, fromage de Brie oblige et de nombreux paysans faisaient la noria sur Coulommiers pour écouler le nectar blanc.

De nombreux propriétaires avaient aussi planté des pommiers et des poiriers, on faisait du bon cidre et la cueillette offrait un peu d’emplois saisonniers.

Notre maison n’était guère luxuriante, en bordure de la grande route, ce qui nous apportait le désagrément d’avoir soit de la poussière soit une boue fangeuse qui pénétraient par la porte basse, disjointe et brinquebalante. Une grande pièce en bas, sombre et noire, une petite chambre à coté et un étage mansardé desservi par un rude escalier de bois noir, vermoulu et pentu. Nous y serions tout aussi entassés qu’à Vaux , d’autant que les garçons presque adultes avaient besoin maintenant, de plus de place. Nous avions aussi un jardin avec un puits commun à plusieurs maisons ainsi que des cabinets d’aisance également partagés.

Charles mon homme et ses fils , Émile 20 ans, Victor 18 ans, Charles 14 ans, et Joseph 11 ans travaillaient comme botteleurs, c’étaient leur spécialité mais évidemment ils faisaient aussi tous les autres travaux exigés dans une ferme.

Ma Marie allait à l’école de madame Prevost, c’était une bonne sœur, moi je m’en foutais et de plus je crois qu’elle était plus ou moins de la même congrégation que les sœurs qui m’avaient appris à écrire et à lire à Provins.

Gustave à trois ans était dans mes jupons et je l’emmenais partout.

Avec cet exil on ne m’appelait plus la voleuse et ma réputation se rétablit pour l’instant. Mais ce qui m’embêtait c’était l’absence d’Élisabeth que je ne voyais plus qu’occasionnellement.

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