LA VIE TUMULTUEUSE DE VICTORINE TONDU, épisode 24, entre disparition et naissance

Il me fallut bien sortir et affronter ma famille, bon il n’y avait pas mort d’homme, j’avais juste montrer mon cul à un agent.

Je traversais la ville en ayant l’impression bizarre que tout le monde me jugeait, au hameau de Vaux lorsque je pénétrais chez moi les enfants me firent fête, Charles se leva et m’embrassa. Au coin de la cheminée une jeune femme assise la poitrine à l’air offrait le sein à ma dernière. J’en ressentis une vive jalousie, le sentiment quelle me volait mon enfant. Ce n’était qu’une impression car en fait il n’y avait aucune intention malveillante et me rendait service gratuitement. Il s’avéra un peu plus tard mais nous en reparlerons qu’elle me volerait ou plutôt emprunterait mon mari.

Ce soir là ce fut la fête à la maison, les enfants furent en joie, Prosper et Élisabeth passèrent la soirée avec nous. Avoir osé défier l’autorité me gratifiait à leurs yeux, moi j’étais à la fois fière mais aussi un peu honteuse de mon comportement. Ce savoir remarquée c’est bien mais faire de la prison n’est quand même pas anodin . Peu, à part ceux qui étaient passés par là savaient l’humiliation que l’on ressentait pendant la fouille corporelle.

Ce soir là Charles et moi on fit l’amour avec vigueur comme si nous ne l’avions pas fait depuis des lustres.

La vie reprit son cours mais je vous dis que je n’en menais pas large quand je retournais à Coulommiers place du marché.

Quelques sourires encourageants, mais aussi quelques réflexions de bien pensantes et de culs coincés. Certains maquignons du marché aux veaux m’encouragèrent à renouveler mon exploit afin que je leur remontre encore une fois mes beautés cachées.

Puis tout se termina, l’attention publique se portant sur autres choses.

Charles et son frère se rendirent à une démonstration de moissonneuses mécaniques à la ferme de Pierrelez, ils y virent également une curieuse machine fonctionnant à la vapeur et que battait le grain.

Mon homme fut émerveillé mais aussi apeuré car ces foutues engins allaient remplacer les bras des hommes et alors qu’allaient devenir lui et les milliers de journaliers.

Je le rassurais en lui expliquant que nous n’en étions pas là et il me répondait invariablement mais foutue bonne femme t’y connaît rien alors tais toi.

Comme toujours chez nous les femmes nous pensions que quelques années sans naissance marquaient enfin la pleine liberté, puis stupéfaction ces saloperies de pertes mensuelles s’arrêtaient de nouveau. C’était tout bon ou tout mauvais, chez moi encore jeune ce fut mauvais j’étais encore grosse.

Charles se fit engueuler et mes aînés se demandèrent bien pourquoi, le pauvre penaud finit devant ma colère par claquer la porte pour aller boire au cabaret. Le soir venu j’envoyais Auguste pour me le ramener. Le salopiaud était ivre mort et nous l’avons couché tout habillé, moi je me suis glissée à coté de mes filles et nous avons chantonné comme des petites folles pour nous endormir. Moments de tendresse bien rares qui me faisaient oublier que pour la dixième fois j’allais souffrir et me traîner.

Mais outre le malheur de tomber enceinte, une tragédie nous avait atteint de plein fouet, en février 1878, ma petite princesse Blanche, celle que secrètement je chérissais le plus vint à se plaindre d’un mal de tête violent, je ne savais que faire. Puis survint une grosse fièvre, qui la fit s’aliter, Émile alla me chercher un médecin. La petite avait les symptômes de la fièvre typhoïde, le bon docteur craignait pour sa vie. Elle eut ensuite de violentes douleurs au ventre, elle faisait sous elle et j’étais sans cesse obligée de la laver. Complètement affaiblie, hagarde, elle nous quitta le 11 février 1878.

J’eus un moment de grande torpeur, cette disparition et ma grossesse m’avait anéantie, je n’étais plus bonne à rien.

Il faisait une chaleur épouvantable quand ce cinq août 1878 j’entrais en travail, trempée de sueur sur mon lit, j ‘hurlais de douleur, l’air ne rentrait pas et dans ce four j’ai cru périr. Mes voisines firent sortir mes deux filles encore petites pour assister à ce genre d’événement. Mon joseph huit ans fut également invité à déguerpir, les autres de mes garçons presque hommes étaient au champs avec leur père.

Un médecin vint m’assister, moi je préférais une femme mais bon ce praticien aux mains blanches, policé et bien vêtu fut efficace et Gustave Abel vit le jour sans aucun problème. Moi j’étais exsangue, fatiguée, plus bonne à rien, j’avais l’impression d’être une vache qui vêlait. Plus aucun sentiment de féminité, vidée, ruinée, anéantie je ne désirais que dormir et que plus personne ne me touche et en particulier le Charles.

Je fus longue à m’en remettre et c’est cette année là que mon corps changea inexorablement. Évidemment pas à mon avantage, j’ai pris du poids, mes hanches se sont élargies, mon cul déjà avantageux le devint encore plus. Ma poitrine de fait ne supporta guère ce nouvel affront, tombante, énorme, craquelée, douloureuse elle n’était plus un atout de charme mais une masse informe se cofondant avec mes bourrelets ventraux. J’avais lu dans un un journal qu’à la capitale certaines femmes utilisaient une sorte de brassière pour se maintenir les seins. Nous dans le trou du cul du monde la gravité faisait des ravages dans notre allure et peu de femmes mères de famille penchées sur la glèbe avaient encore une poitrine orgueilleuse.

Bref je me traînais physiquement et moralement c’était comme une sorte de rituel après chaque maternité.

J’avais refusé de me rendre à l’église pour la cérémonie des relevailles, je trouvais cela avilissant cette histoire d’impureté, il était temps que nous jetions aux orties ces inepties.

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