LA VIE TUMULTUEUSE DE VICTORINE TONDU, épisode 21, une vie simple

Pour les gros travaux on travaillait un peu en famille, le fait que les enfants participaient nous permettait de maintenir la tête hors de l’eau.

Mais bon dieu que cela était dur à vivre, la terre et les animaux demandent un soin constant, le soir quand on rentrait dans notre sombre maison, j’avais comme la misère collée aux sabots. Pas le temps de me reposer j’entamais une autre journée.

La maison comportait deux pièces, la principale, de terre battue était sombre, basse, peu aérée, elle sentait mauvais. Odeur de soupe refroidie, flagrance de cendre froide, parfum des corps entassés, mal lavés, effluves animales des amours parentales, fumet des vases de nuit, exhalaison humide de la terre, puanteur des tas de fumiers qui se permettait de pénétrer par la porte disjointe et les vitraux cassés, et émanation de fumée d’une cheminée, mal faite et qui tirait très mal.

En entrant je ravivais les cendres pour faire chauffer le repas et tenter de donner un peu de chaleur, les garçons allaient au bois et parcimonieusement alimentaient l’âtre.

Charles pendant que je m’activais au potager s’installait à notre unique table et commentait la journée, tout y passait, la météo, les choix de culture des patrons, la fainéantise des uns et les animaux. Mon mari était aussi un grand contemplateur du physique des autres et ses descriptions faisaient le bonheur des enfants, le moindre que l’on puisse dire c’est que son langage était imagé.

Des seins trop gros, un cul proéminent, des dents gâtées, un gros nez, une maigreur, un comportement, faisaient ses délices. Nous aimions l’entendre et nous rigolions à gorge déployée.

Nous avions près de la cheminée notre lit, une paillasse devrais je dire, des draps de toile qui vous irritaient, une grosse couette remplit de plumes et un matelas fait de paille et de son. Très ancien il avait quatre colonnes qui supportaient des rideaux de serge vert et qui nous permettaient une fois tirés d’avoir un peu d’intimité.

De l’autre coté du mur celui qui donnait sur la cour, se trouvait un évier avec son écoulement extérieur, tout ce qui servait à la vie quotidienne se trouvait là et dans une commode brinquebalante.

De l’autre coté à touche touche deux lit, un double avec Victor et Charles et un petit pour Charles.

La pièce servait à tout, dormir, manger, veiller, se laver, faire ses besoins, il y en avait partout du désordre, Charles gueulait toujours à ce propos, mais qu’y faire. Dans la deuxième pièce trônait le lit d ‘ Auguste et Émile, plus grange que chambre on y entassait un peu de tout, outils, baquet à lessive, réserve alimentaire.

Souvent nous étions à moitié asphyxiés par la fumée de la cheminée nous étions obligés d’ouvrir la porte et ainsi perdions le peu de chaleur que nous procurait ce mauvais tirage.

Nous avions donc un jardin et un poulailler, mais c’était encore du travail pour moi, d’autant que je n’aimais pas les poules et que pour dire vrai j’en avais peur. Une fois le Charles pour rigoler m’a enfermée dedans, j’ai hurlé tant que j’ai pu. Tout le monde se moquait, une paysanne qui ne peut tuer une poule faisait un peu tâche comme une couturière qui n’aurait pas sû enfiler une aiguille.

Nous arrivions quand même à passer de bons moments, les garçons se battaient, hurlaient se chamaillaient, il y avait de l’animation, puis nous passions à table, Charles avec un peu d’alcool dans le sang parlait politique, il n’était jamais d’accord avec son fils Auguste qui commençait à avoir lui aussi une opinion. Mon mari allez savoir pour quoi souhaitait le retour de la monarchie et mon fils lui voulait la continuation de la troisième république. C’était mouvementé, puis quand nous ne ressortions pas pour une veillée chez Prosper on allait se mettre au lit, c’était épique, les hommes en rang d’oignon allaient pisser dans la cours et faisaient concours à celui qui allait le plus loin, mon bonhomme se gaussait de gagner et se moquait d’eux. Jusqu’au jour ou il s’avéra que la nature avait été plus généreuse pour l’un de ses fils et de ce jour il ne fit plus le malin.

Moi j’attendais que la foire se termine et que tout le monde soit couché, mon plaisir était de faire quelques pas avec ma belle sœur qui habitait juste à coté. Je rentrais ensuite dans la maison entièrement plongée dans l’obscurité et je pouvais me déshabiller pour me glisser en chemise au coté de mon Charles qui soit dormait, soit m’attendait comme un animal en rut

N’allez pas croire que nous étions malheureux, la vie était dure oui,nous n’avions pas grand chose, les repas étaient frugaux mais nous savions rire et profiter des quelques moments d’apaisement que la vie nous offrait.

Je vous ai déjà dit que j’étais de nouveau grosse, autant dire que cela n’arrangeait personne, je commençais à avoir l’espoir de ne plus en avoir et je repartais dans mes pensées d’une vie meilleure.

Ce fut long et douloureux, les travaux d’été furent pour moi un calvaire, d’autant que j’avais le Joseph dans mes jupons.

En octobre le bébé arriva, j’étais tellement habituée à avoir des garçons que je n’ai guère prêté attention, le nourrisson n’était pas appareillé c’était donc bien une fille. J’étais partagée entre le bonheur et le désespoir. Mais tout de suite je me suis dis que cette petite devrait avoir ce que je n’avais jamais eu.

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