LA VIE TUMULTUEUSE DE VICTORINE TONDU, épisode 20, les botteleurs

 

Autrefois à l’époque de nos grands mères la disparition des petits passait pour normale, maintenant l’amélioration de la médecine, la vaccination et les accouchements réalisés par des professionnels réduisaient considérablement la mortalité. Nous on avait pas de chance, la tuberculose et une mauvaise grippe.

Il nous fallait maintenant nous ressaisir, notre couple battait de l’aile, Charles buvait comme un trou, et moi je ne pensais qu’à un autre homme.

Tout d’abord Émile fut mit au travail, il savait lire et écrire et c’était bien assez. Victor et Charles allaient maintenant à l’école, il ne me restait que Joseph dans les jambes. Le bougre ne marchait pas encore mais je décidais de travailler quand même, je l’emmenais partout, au lavoir où toutes les femmes s’extasiaient, au champs où je posais son berceau au bord des sillons ou bien à l’abri dans une grange. Il aurait bien pu se passer n’importe quoi car en fait je ne pouvais guère le surveiller.

Un jour un chien qui voulait me le renifler fit tomber le couffin, le gros briard aurait bien pu le bouffer mais on le retrouva blottit le long de mon bébé. Depuis ce moment c’est le chien qui me le surveilla, ils ne se quittèrent plus.

Je travaillais depuis plus d’un an, et nos quatre salaires réunis nous sortirent la tête de l’eau provisoirement. Je me croyais même libérée de la tutelle qui nous ruinait la vie à nous les femmes.

Quelle idiotie, je n’avais que trente trois ans, l’age ou notre fécondité est explosive et ou nos sens sont les plus exacerbés. Car oui avec le Charles nous ne nous entendions pas beaucoup mais dès que nous étions derrière nos rideaux nous redevenions complices.

Tout cela pour dire que je me retrouvais encore avec un enfant dans le ventre.

Ce fut aussi l’année de notre retour à la campagne, Prosper nous trouva une petite maison à coté de la sienne, il y avait un bout de jardin, quelques fruitiers, un grand poulailler et des clapiers. C’était comme un paradis comparativement à notre taudis de la rue des Capucins.

Nous étions encore sur la commune de Coulommiers et notre éden se nommait le hameau de Vaux, c’est juste à coté de Montplaisir, la ville à la campagne ou la campagne à la ville.

Cela ne changeait rien à notre condition pécuniaire, mais la vue des arbres et des champs permet peut être de supporter la misère mieux qu’au milieu des murs de brique.

Mais incontestablement c’est la présence d’Élisabeth qui me réjouissait le plus, certes depuis sa mésaventure avec la patrouille Allemande elle n’était plus la même. Elle n’avait plus goût à rien, ne partait plus dans des fous rires incontrôlés et son beau sourire qui faisait sa beauté ne venait plus illuminer son visage.

Je tentais de la ramener à la vie, je lui racontais des bêtises, je lui contais mes exploits avec Charles.

Autrefois elle aussi me faisait part de sa vie intime, maintenant en pleurant elle me confiait qu’elle avait répugnance à faire la chose. Ce qui la rendait malade c’est qu’elle savait que Victor n’avait rien à voir avec cela et qu’il n’était pas juste qu’il pâtisse de ce dégoût .

Nous en parlions de longs moments et je pense que cela lui faisait du bien de libérer sa parole. Un matin radieuse alors que nous partions en direction de la pièce de terre qu’on nous avait assignée la veille elle me confia qu’elle avait renoué avec le plaisir à la plus grande joie de son mari.

Nous formions maintenant un petit groupe à partir de Vaux pour aller travailler, nos hommes étaient ouvriers agricoles mais se gaussaient d’être des botteleurs. Ce n’était qu’une spécialité mais pour eux c’était une fierté et se définissaient comme tels.

Prosper quarante huit ans marchait fièrement avec ses fils Louis vingt quatre ans et Émile vingt deux, mon mari emmenait Auguste quatorze ans et Émile douze ans, les six hommes se ressemblaient assez, même allure, même taille et surtout cette particularité marquante d’être tous blonds avec des yeux bleus.

D’ailleurs les frères de Charles et Prosper étaient aussi tous blonds. Moi et Élisabeth qui étions brunes n’avions pu assombrir ces champs de blé ondulants sur leur tête.

Les hommes devant , nous nous fermions la marche, mes nièces, Eugénie dix sept ans, blonde, les yeux gris le port altier, la poitrine en avant des jeunes filles, Alexandrine treize ans, grande comme une brindille, plate comme une limande, insolente, provocatrice, une tignasse de blé mur et un visage parsemé de taches de rousseur qui la faisait surnommée la diablesse, Louise onze ans, toujours dans les jupons de sa mère, d’un caractère timide et craintif. Élisabeth avait, elle les cheveux d’un noir de jais, approchant doucement la cinquantaine ses hanches s’étaient élargies et son postérieur ne faisait pas pitié. Sa poitrine assez forte et non retenue tombait nonchalamment sur les multiples redondances de son gros ventre. C’était donc une forte femme mais qui de visage faisait beaucoup plus jeune et qui conservait une sorte de beauté paysanne. Moi à coté je ne paraissais pas, au régime des soupes maigres j’avais plutôt tendance à maigrir. J’étais aussi un peu plus grande que ma belle sœur. Ma poitrine faisait ma fierté, malgré les tétées mes seins restaient fermes, Charles en raffolait. Par contre ce qui me chagrinait c’était l’apparition de fils d’argent dans mes cheveux et aussi dans ma toison. Se soucier de ces détails, alors que nous étions penchés dans les rangs de betteraves ou courbées pour rassembler les blés pourrait paraître bizarre mais j’étais malgré mon allure un peu souillon soucieuse de ces quelques détails qui pourtant ne devraient à nous filles de la terre ne pas nous sembler importants.

Bref je portais en permanence mon boulet âgé de trois ans, le Joseph il était feignant et braillait à chaque fois que je le posais. Heureusement sur place il faisait sa vie et était surveillé par tous

 

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