LA VIE TUMULTUEUSE DE VICTORINE TONDU, épisode 18, la mort du petit tuberculeux

A moins que de tomber sur un détraqué j’étais tranquille mais d’autres femmes eurent à souffrir de cette occupation et notamment Elisabeth. Un jour qu’elle revenait de biner un champs de betteraves avec une autre paysanne elles se virent bloquées par trois soldats en goguette et qui étaient visiblement avinés. Ils voulurent que les femmes s’acquittent d’un droit de passage, ma belle sœur s’y opposa fermement. Elle prit une gifle monumentale qui la fit tomber, le plus agité des prussiens l’a prise par les cheveux et la fit s’agenouiller. Ils exigèrent maintenant une fellation et l’un d’eux sortit son sexe, Elisabeth maintenue au sol par les soudards dut se livrer à cette ignominie sous le rire de ses agresseurs, sa compagne en profita et s’échappa en direction de la ferme.

Quelques minutes plus tard un groupe de paysans armés de faux se précipitait sur les occupants qui peu courageux de sauvèrent en courant. Elisabeth tremblante, salie, souillée, flétrie pleurait, le maître de la ferme la ramena chez elle et se rendit pour se plaindre aux autorités militaires. Rien ne fut fait évidement et la pauvre resta prostrée de longues journées. Prosper se désespérait et je me rendis au chevet de ma belle sœur, je pris également ses filles pour la soulager. Elle ne se remit jamais tout à fait de ce traumatisme, elle pouvait devenir joyeuse, puis rester prostrée de longues journées. Ces salauds lui avaient volé une partie d’elle même.

Mais bon il fallait bien vivre et nous devions partager nos vivres avec eux, les réquisitions en nature nous laissaient exsangues. Cela dura pendant toute l’occupation.

Le gros des troupes était parti pour le siège de Paris, la pression soldatesque se faisait moins forte, mais nous étions comme une base arrière, alors le passage était encore important.

C’est dans ces conditions que naquit Joseph, nous étions en Novembre 1870, Élisabeth pour cette  fois ne fut pas à mon chevet, heureusement une voisine et la sage femme purent être avec moi.

On l’appela Joseph et mon mari le déclara à la mairie le jour même, et encore un à nourrir et encore un qui retarderait le temps ou je pourrais ramener un peu d’argent.

A ce sujet nous décidâmes que notre aîné devrait arrêter l’école et venir travailler à plein temps avec son père, il allait sur ses douze ans, je crois que c’est le bon age pour se faire de la cale aux mains.

Il s’avéra bon travailleur bien que cela fut dur pour lui de se lever à quatre heures du matin pour suivre son père. Cela n’améliora en rien notre situation, il fallait constamment changer les habits des garçons et même si on retaillait encore et encore, il fallait de temps à autre se résoudre à acheter.

J’avais réussi à dénicher un bout de jardin et je m’occupais des légumes, nous avions même quelques poules qu’ il faut bien dire nous procuraient un petit plus alimentaire.

Un jour au marché je ne sais pas ce qui m’a prise j’ai glissé une botte de carottes dans mon tablier, je suis passée par toutes les couleurs et j’ai eu l’impression que la foule entière me déshabillait du regard.

Heureusement personne ne m’avait vue et en fin de compte j’éprouvais un petit sentiment de fierté d’avoir osé. Mais malheureusement je pris cette mauvaise habitude, c’était souvent facile et ce franchissement d’un interdit me procurait de nouveau comme un vent de liberté.

Le vingt six janvier 1871, on apprit dans le journal qu’un armistice était signée, Paris avait souffert pendant le siège, entre la faim et les bombardements les parisiens étaient bien ébranlés et ne demandait qu’une chose, la paix et encore la paix.

Ce fut une belle victoire pour les Allemands, ils y gagnèrent l’Alsace et la Lorraine et un empereur.

Ils ne partirent pas pour autant, nous devions payer une indemnité de guerre, sur Coulommiers ils restèrent jusqu’à la fin de l’année, mais soyons juste les exactions physiques n’avaient plus cours. Par contre ils étaient toujours aussi voraces et souvent sur la place du marché les maraîchères se plaignaient de ne rien avoir à vendre.

L’année 1871 ne me fut pas heureuse, Raphael affaiblit par une une mauvaise alimentation se remit à tousser très fort, sa maigreur et son teint blanc nous laissait présager le pire, le docteur fut catégorique l’enfant, notre enfant ne passerait pas l’été. Ce petit je le veillais presque jour et nuit, je dormais sur une chaise à coté de sa couche et parfois même me glissait à ses cotés pour le réchauffer, car malgré la canicule il tremblait en permanence. Je lui donnait la becquée, quelques cuillères de bouillie. Élisabeth venait parfois m’assister me soulageant un moment, Charles travaillait comme un acharné, nous étions aux points forts des travaux d’été, alors il n’était jamais là.

Le huit août son calvaire cessa, une dernière quinte, un léger sourire,une légère pression de sa petite menotte, six ans et il partait.

Il fallut faire face, c’était le premier enfant que je perdais, formalités administratives, nous fîmes appel aux services des pompes funèbres. Le lendemain dans une petite caisse on mit mon fils et en convoi nous suivîmes le petit corps. Charles avait mis ses habits du dimanche et j’avais fagoté du mieux que je pouvais les garçons, moi j’avais dans les bras le Joseph, mon dieu que le chemin fut long. Prosper et sa famille étaient présents nous apportant réconfort et soutien. Moi qui ne me sentais pas un instinct maternel très développé cette mort me couvrait d’un voile de tristesse. Si nous avions été plus riches le petit aurait il survécu, est ce une maladie de la misère?

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