LA VIE TUMULTUEUSE DE VICTORINE TONDU, épisode 16, offrir son corps pour quelques sous

Dès le lendemain, le soleil pas encore levé, Charles était déjà sur la route pour rejoindre son champs.

Moi j’allais au vieux lavoir pour rincer une lessive lorsque un jeune homme se mit à ma hauteur pour me faire un brin de causette, c’était l’un de mes danseurs de la veille au soir. Je m’amusais de son empressement et de son jeune age, j’étais flattée qu’on s’intéresse encore à moi.

Il me fallait toutefois l’éconduire, j’étais connue et il n’était pas convenable pour une femme mariée de parler à un homme, mais bon il était mignon et une petit frisson m’avait parcouru l’échine.

J’étais toujours partagée entre ma soif d’aventure inassouvie et mes devoirs de mère de famille. Car voyez même si je n’étais pas une mère poule dorlotant ses enfants j’avais conscience qu’il fallait que je m’en occupe.

Un an après la naissance de Charles je fus de nouveau grosse, j’étais consternée, nos mères nous disaient qu’allaiter empêchait de tomber enceinte. Moi qui avait toujours une mamelle sortie depuis neuf ans je peux vous dire que c’était des conneries. Non le seul moyen c’était que votre mari vous laisse tranquille ou qu’il se retire avant la fin. Le Charles à moins d’être moribond ne me laisserait jamais cela j’en était sur, quand à sauter du train en marche il y avait quand même des risques.

Quand il arriva en Novembre 1868 mon aîné avait neuf ans, le suivant sept, puis cinq, puis trois et puis à peine deux. La soupe je vous le dis était bien maigre, mon bonhomme faisait ce qu’il pouvait et parfois nous ramenait quelques œufs ou bien du lait. Ce n’était guère fréquent, les patrons n’étaient pas généreux.

Dans la rue nous n’étions pas les seuls à être très pauvres, les gens en guenilles côtoyaient l’aisance.

Moi je trouvais cela paradoxale, nous étions indispensables aux propriétaires mais jamais la réciprocité ne s’appliquait, si nous n’étions pas content de nos maigres gages nous pouvions partir.

Heureusement des gens comme Ernest s’efforçaient de faire bouger les choses, mais nos dirigeants avaient la main fort lourde pour faire plier l’échine du peuple.

Encore une fois c’est Elisabeth qui m’assista, mais contrairement à d’habitude cela se passa fort mal, le docteur déclara que l’enfant était mal placé, il utilisa des ustensiles, me blessa mais parvint à sauver le petit. Il n’était pas beau à voir et nous ne donnions pas cher de sa peau, sa tête allongée dut être un peu remodelée par la sage femme, moi j’étais dans les vapes, j’avais l’impression d’avoir été déchirée jusqu’au nombril. La fièvre s’y mit et je restais entre la vie et la mort plusieurs semaines. Prosper et Élisabeth avaient prit tous les enfants chez eux qu’on s’imagine ,ils en avaient sept, dont un encore aux langes. Je leur en serais éternellement reconnaissante.

Puis la nature fit bien les choses, je me remis, mais Charles ne me toucha pas avant un bon moment, il tempêtait, gueulait, me menaçait d’aller voir ailleurs et buvait de plus en plus. Il y a des moments ou les enfants et moi appréhendions son retour, son ivresse servait de baromètre à sa gentillesse, mais il n’y avait guère de milieu, soit gros temps soit temps calme. C’est surtout l’aîné qui prenait les trempes, je le protégeais comme je pouvais et je m’efforçais de transformer la colère paternelle en une colère conjugale. Parfois je me prenais une gifle mais j’ hurlais si fort qu’il avait peur que j’alerte les patrouilles de la garde municipale, alors soit il repartait en claquant la porte ou bien il se couchait et dormait d’un sommeil d’ivrogne.

Le petit dernier Gabriel était vraiment chétif et je me mis à le couver comme jamais je n’avais fais avec les autres, malgré qu’il fut goulu j’avais l’impression qu’il ne grossissait guère et un jour je me suis décidée à consulter le médecin. Celui ci l’ausculta et le fit tousser,, ce qu’il entendit l’inquiéta vivement. Tu sais Victorine qu’il me dit , ton petit il ira pas loin, je pense qu’il a la tuberculose et il serait bien de l’éloigner de tes autres enfants.

Il en avait de bonne où je l’aurais mis mon petit malade. Non il resterait avec nous et de toute façon je n’avais rien dit à Charles.

Ce médecin bah il n’était pas gratuit alors oui j’y ai pensé, un jour que j’étais au marché et que je comptais et recomptais les quelques sous que j’avais, un homme m’aborda, haut de taille, corpulent, le visage rond et la face rougeaude, affublé d’un appendice nasal énorme. Il était vêtu avec élégance, d’un pantalon, d’un veston , d’une chemise à jabot et le chef couronné d’un chapeau haut de forme.

D’une voix claire et sans complexe il m’expliqua qu’un petit moment avec lui pourrait me permettre de ne pas me torturer avec mes finances. J’avais plusieurs possibilités, je pouvais faire un scandale et ameuter la populace sur les sales intentions du gros bourgeois, soit gentiment lui faire comprendre qu’une mère de famille ne se livrait pas ainsi ou soit le suivre. Je ne sais ce qui m’a pris, sa voix douce, ses yeux d’un gris pénétrant qui vous donnaient confiance ou simplement mon envie de transgresser ou de faire une pierre deux coups en m’évadant et en améliorant l’ordinaire des garçons.

Je suivis le bonhomme à distance et nous pénétrâmes dans un lieu qui s’avéra être un entrepôt de tissu car il était marchand.

Sur de lui et de son omnipotence il me demanda de me déshabiller, facile à dire mais point facile à faire, mon militaire m’avait dévêtue, mon valet avait entre aperçu la blancheur de mon corps, Ernest m’avait effeuillée et mon mari curieux voyeur m’avait maintes fois mise toute nue mais un étranger.

Il m’encouragea et commença à se dévêtir également, je pensais dans ma tête que mon gros bourgeois allait simplement baisser sa culotte et me remonter les jupons, non visiblement il attendait plus et prenait ses aises. Il alla plus vite que moi alors que seuls mes seins lui étaient dévoilés lui était déjà entièrement nu. Est ce la vision de ce sexe ridicule noyé dans une vaste masse graisseuse et qui peu à peu à la vue de ma poitrine devenait énorme monstruosité ou est ce la vision ancienne que je croyais enfouie du paysan qui jetait quelques pièces sur le ventre souillé de maman qui me fit réagir je ne sais. Avant que mon gros concupiscent ne comprenne j’avais attrapé mes vêtements et m’étais enfuie.

Comme une folle les seins à l’air je me retrouvais dans une ruelle heureusement parfaitement déserte, je me fis présentable et repartie à toutes jambes chez moi. Je revis plusieurs fois ce notable qui jamais plus ne me fit l’honneur de me montrer son attirail.

Une réflexion au sujet de « LA VIE TUMULTUEUSE DE VICTORINE TONDU, épisode 16, offrir son corps pour quelques sous »

  1. Mon dieu..que la vie était dure..pauvre Victorine..je l imagine cette petite…j attend toujours avec impatience la suite de votre recit qui est bouleversant tant la misère etait grande…merci.

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