LA VIE TUMULTUEUSE DE VICTORINE TONDU, épisode 15, l’Amant

De retour, la médiocrité de ma vie reprit son cours. Mais un mercredi que je me rendais au marché, je reconnus au loin une silhouette familière, était il possible qu’il soit revenu. Je rattrapais l’apparition et hurlait un Ernest bien peu discret.

Il se retourna et me reconnut, enfin une éclaircie dans la nuit de ma vie. Nous ne pouvions nous embrasser en pleine rue et nous convînmes de nous rencontrer dès le lendemain chez lui. Charles mon fils fut en charge de garder ses frères et je déposais le bébé chez ma voisine prétextant une course chez ma belle sœur à Mont Plaisir.

Effectivement c’était pour mon plaisir, je pénétrais dans l’antre de mon ouvrier , noire mansarde, d’une criante vétusté, une paillasse, une petite table avec une chaise en paille, une cuvette d’eau avec son broc et un vase de nuit. Le fruit de mon désir m’attendait, j’étais fébrile, tremblante. En amant expérimenté il me déshabilla, il couvrait de baisers chaque parcelle de chair qu’il dévoilait. Ma poitrine fut avalée,  j’étais comme folle. Puis mon ventre où il dessina des volutes avec ses doigts, puis la naissance de ma frisottante toison qu’il huma et respira. Sa bouche ensuite s’aventura en une région inexplorée, luxuriante, rieuse, chaude et humide, jungle qui s’ouvrait à lui, il me fit jouir. Puis tranquillement il se dévêtit également et en une douce pénétration fut en moi. Oublié les assauts endiablés de mon mari, les caresses d’ivrognes, les coups de rein furieux d’un hussard sans cheval, et les étreintes ou seule la satisfaction des sens masculins comptait. Doucement, sensuellement, amoureusement nous parvînmes ensemble à l’extase. On resta longtemps enchevêtrés, mêlés et nos odeurs mélangées. Mais le rêve devait prendre fin, mon mari, mes enfants , ma marmite à remplir. Je remis de l’ordre à ma tenue, me recoiffais et je dévalais le rude escalier.

Dans la rue j’avais l’impression que tout le monde savait, que l’on me voyait courir nue en hurlant le prénom de mon amant. Mais chez moi rien n’avait bougé, je récupérais mon petit et allait préparer le repas du soir pour mon homme et les garçons.

Le sur lendemain j’appris que des ouvriers avaient été arrêté pour opposition à l’empire, Ernest était du nombre, ils furent emmenés à Paris et sans doute condamnés.  Ils iraient surement  peupler la Nouvelle Calédonie.

Curieusement comme si Charles avait deviné mon aventure il devint un peu plus gentil et un peu plus sobre. La vie continuait toute fois à être difficile, un ouvrier agricole comme lui dépendait des saisons et lorsque l’activité aux champs diminuait et bien le bouillon se faisait moins gras. Il fallait de plus habiller les enfants, Charles voulait des souliers car on le moquait de marcher pieds nus, les vêtements faisaient plusieurs enfants et nous nous arrangions avec Élisabeth. Elle venait d’avoir sa sixième fille consécutivement et me donnait les habits de ses deux premiers garçons. Quand vraiment nous étions coincés nous avions quelques petites aides de la commune, mais moi avec mon passé d’indigente j’avais un peu honte et j’évitais.

Quand Élisabeth ne m’assistait pas en couche c’est moi qui m’occupais d’elle lorsqu’elle venait à mettre au monde les siens.

Elle portait son huitième, j’espère que mon corps m’interdira une telle performance, chez Prosper la situation matérielle s’améliorait car les deux aînés travaillaient avec leur père et ramenaient leurs gages intégralement pour le ménage.

Avec Élisabeth on se racontait tout en détail, je savais tout du Prosper et elle connaissait mon Charles par cœur, il n’y a que mon aventure avec Ernest que je lui avais cachée.

Alors que mon Émile entrait à l’école, je me retrouvais enceinte, forcément pour mon homme j’étais une de ses distractions favorites et il m’honorait comme un métronome.

En avril 1867 je donnais le jour à Charles, pas très original , notre aîné qui se nommait Charles Auguste se verra désormais prénommé Auguste c’est bien compliqué mais c’était encore une bizarrerie du père. En attendant il me fallait ressortir mes seins, Raphaël venait juste de les quitter et d’ailleurs ce dernier jaloux me fit des belles comédies, alors bonne pâte je lui cédais et me retrouvais avec un petit glouton et un gros glouton suspendu à ma généreuse poitrine qui bientôt allait me tomber sur le ventre.

Cinq enfants comment voulez vous que je travaille, pas d’anciens pour me les garder alors misère de misère on tirait la langue.

La vie de tous les jours était toutefois ponctuée de petit bonheur, au mois de juin 1867 il y eut une fête organisée dans la ville, en premier lieu un comice agricole, Charles en connaisseur n’en a pas perdu une miette, les enfants aussi, moi tous ces bestiaux à part me rappeler mon père qui était charretier cela me laissait de marbre. Ensuite on assista à une revue de pompier, ils firent une démonstration de leur habilité à déployer leur pompe à bras pour éteindre un départ d’incendie, les enfants étaient subjugués et en rentrant voulaient tous être pompier.

Plus tard sur la place du marché ils firent envoler des ballons grotesques, nous étions muet d’admiration, moi personnellement je n’en avais jamais vus.

Ensuite les pompiers distribuèrent des bonbons, mes enfants qui n’en avaient jamais se jetèrent dessus et se chamaillèrent, quelques taloches les calmèrent.

Puis grandiose attraction, l’envol d’un ballon dirigeable, la foule s’était massée et tapait des mains quand l’engin quitta le sol.

A la nuit, les autorités tirèrent un feu d’artifice, les enfants qui n’en avaient jamais vu furent à la fois émerveillés et apeurés par le spectacle , moi aussi d’ailleurs car figurez vous que je n’avais jamais été à pareille fête.

Le soir il y eut bal sur le boulevard des marronniers, une gamine de ma rue me garda les enfants et avec Prosper et Élisabeth nous allâmes danser. Au début tout se déroula merveilleusement bien , un vrai bonheur puis les deux frères se prirent de boisson et devinrent vindicatifs avec deux jeunes ouvriers qui nous avaient fait tournoyer. Cela faillit tourner au vinaigre et la soirée en fut un peu écourtée. Mais bon ne soyons pas trop exigeante la journée fut une belle parenthèse.

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