LA VIE TUMULTUEUSE DE VICTORINE TONDU, Épisode 9, la tribu

Le samedi 23 octobre 1858 à midi nous étions devant la mairie de Mormant, c’est l’adjoint au maire Monsieur Vilpelle qui fit la cérémonie, échange des consentements et signatures, enfin pour moi car mon homme ne savait pas écrire.

J’étais maintenant madame Trameau devant la loi, il nous restait la formalité chrétienne, moi je m’en serais bien passé mais les unions uniquement civiles n ‘étaient pas tolérée dans notre société paysanne. J’avais eu somme toute une éducation religieuse mais mon passage comme écolière chez les bonnes sœurs avait un peu refroidi ma ferveur chrétienne.

Nous avions tous qu’une hâte,  rentrer pour manger et nous amuser, l’ensemble de la tribu Trameau était présente.

Il faut maintenant que je vous fasse la présentation de cette fratrie paysanne.

Commençons par le père, le vieux Jean Marie, celui qui a migré en Seine et Marne, il a encore son parler du Morvan et souvent on ne comprend rien à ce qu’il dit, il n’est pas cacochyme mais il ressemble à un vieillard, sa femme Agathe est une fille du pays elle est de Verneuil l’Etang, c’est tout proche, elle est au physique une petite bonne femme, les cheveux tirés en arrière cachés par un bonnet, pas beaucoup de rides, un port encore altier elle pourrait je pense encore attirer un homme si elle se retrouvait veuve.J’oubliais de vous dire dès demain je vivrais avec eux.

Passons aux frères et sœurs, Honorine domestique de ferme,  fille mère bien ancrée qui traine une gamine de quinze ans comme un forçat, un boulet.  Je crois qu’elle ne retrouvera jamais un bonhomme tant elle a le cul serré, elle a déjà trente six ans et fleur fanée à du mal à être mise en pot.

Ensuite il y a  Jean Louis, il est l’ainé des garçons, il vit à Guigne avec sa famille. Manouvrier comme tous les Trameau, il a deux enfants avec Victoire Racher. Comme souvent dans nos familles pauvres, ils partagent leur logis avec Virginie leur autre sœur. Cette dernière n’est pas seule car mariée à  Alexis Dufour dit le Paix.  Ils  ont également un enfant. Mais la nécessité économique du moment les obligent  pour l’instant  à se serrer encore plus en cohabitant  avec Ferdinand et sa femme. C’est celui  qui habitait Mormant et qui nous servait d’alibi. Il ressemble à mon mari et de dos on pourrait facilement les confondre, par contre je déteste sa femme Élisabeth, fière, hautaine, dédaigneuse et qui toujours pétait plus haut que son postérieur qu’elle avait de fort vilain.

Une telle accumulation de couples n’était pas faite pour durer et mets d’avis que l’orage gronderait bientôt.

Il y avait aussi  Prosper et Louise Brezillon sa femme qui  habitaient aussi à Guignes mais au hameau de Vitry,  je crois que c’était mes préférés, ils avaient déjà une petite fratrie  de quatre enfants.

Les trois derniers, Germain dix sept ans, Angélique quinze et Félicité quatorze vivaient encore à Argentières avec les parents et j’allais donc vivre avec eux. C’est important la famille surtout quand vous vivez confinée avec eux et que vous partagez absolument tout. Et quand je dis tout c’est vraiment tout.

Cela me changeait cette grande famille,  du coté des Tondu, il n’y avait que mon oncle Alexandre qui avait fait le déplacement de Lizines. Pour ce qui est des Beaumont mes oncles maternels, ma mère n’avait pas jugé bon de les prévenir. J’étais d’accord avec elle car ils ne nous avaient guère secourus lorsque nous crevions de faim.

Cette grande famille et nos quelques amis et connaissances nous coûta à nourrir nos faibles économies. Nous avions fait simple mais bon une noce est une noce et plutôt crever après que de passer pour des sans le sou ou des pingres.

Pour la nuit de noces on nous avait prêté une maison, nous n’allions quand même pas passer notre première nuit au milieu des beaux parents, du beau frère et des belles sœurs. Un peu de cérémonial pour une jeune pucelle comme moi ne serait pas superflu.

Bon je rigole je ne l’étais plus mais ce que puis dire c’est que nous étions bien fatigués pour cette symbolique nuit, Jean Charles avait bu plus que de raison et moi j’avais fais le service toute la journée, alors il me semble qu’il ne fut pas long à faire son devoir conjugal et à s’endormir.

Le lendemain j’étais dans mon nouveau chez moi, nous avions une chambre séparée du reste de la famille mais quand même au niveau de l’intimité on repassera, moi j’avais envie que d’une chose être libre comme l’air, pouvoir me laver tranquille, poser culotte sans risque de me faire surprendre, faire l’amour et hurler mon plaisir, cuisiner ce que je voulais et m’asseoir le long de la cheminée sans rien faire. Ce ne fut pas possible, j’avais choisi la mauvaise option.

De plus je dus abandonner mon travail de lingère et je devins journalière comme ma belle mère Agathe, mêmes tâches, mêmes problèmes. Nous apprenions à nous connaître, elle avait du caractère et menait son mari par le bout de la braguette, elle me fit comprendre les subtilités d’un ménage.

Selon elle, il nous fallait être docile en apparence et dominer en cachette, il nous fallait écarter les cuisses quand le seigneur de la maison le désirait pour pouvoir en obtenir ce qu’on voulait les rares fois ou l’on se refusait. Il fallait en outre se résigner à n’être qu’une femme et les laisser croire en leur infaillibilité masculine. En bref faire semblant de n’être rien pour pouvoir être tout, je décidais d’appliquer à la lettre les préceptes de Agathe Romain ma belle mère.

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